L'archive “Legionarios de Cristo”

Quelques jours après son élection sur le trône de Pierre, le pape Benoît XVI a pris une mesure exceptionnelle: il a fait ouvrir les archives secrètes du Vatican, afin de réunir tous les dossiers relatifs au père Maciel et aux légionnaires du Christ: 212 documents ont ainsi été découverts.
Les prélats qui ont travaillé sur ces documents ont découvert avec horreur la triste vérité: depuis la fin des années 40, de nombreuses accusations ont été faites contre le père Maciel. Parmi ces documents, ils ont trouvé des lettres datant de la fin des années 40 écrit par les supérieurs de l'université de Comillas, dénonçant l'emprise malsaine du père Maciel sur ses disciples, et sa propension au mensonge. Il y avait également des lettres de professeurs dénonçant l'habilité du père Maciel à manipuler les gens; des lettres des plus hautes autorités ecclésiales du Mexique dénonçant des “actes de sodomie sur de jeunes membres de la congrégation” et de “consommation de drogues”. Les pires documents étant certainement les témoignages de quelques membres de la congrégation, donnant de nombreux détails sur les crimes du fondateur.
Ces lettres, rapports, mémos, faxs et articles de presse sont réunis dans un même dossier, puis étudiés, résumés et classés. Ce que tous ces documents révèlent particulièrement, c'est l'incroyable capacité du père Maciel à mettre en échec le système immunitaire de l’Église Catholique.
Les personnes qui effectuent ces investigations ont des sueurs froides. Les documents leur brûlent les doigts. Une vérité leur apparaît de plus en plus évidente: Maciel est un monstre inspiré par des desseins diaboliques. C'est un séducteur qui a su échapper à la vigilance du Vatican durant toute sa vie. Ce qui est le plus pathétique, c'est que le scénario se répète inlassablement de la même façon: Le père Maciel est accusé - les autorités s'inquiètent – le père Maciel joue à la victime et fait jouer ses réseaux d'influence dans la curie - les autorités de l’Église décident de “sauver la Légion”, et se font bien sûr bernées - On enterre le dossier - le temps passe jusqu'à de nouvelles accusations - et le même scénario se répète, encore et encore...
Quand il est devenu évident que le pape Benoît XVI cherchait à étouffer le scandale, les prélats qui avaient accès à ces archives ont eu d'énormes problèmes de conscience: devaient-elles transmettre ces documents à des personnes capables de les utiliser intelligemment afin de faire connaitre la vérité... ou bien devaient elles cautionner un terrible mensonge risquant de précipiter l’Église entière dans les ténèbres?
Faire sortir tous ces documents secrets était un acte de haute trahison, mais qu'importe: leur choix était fait. Et c'est ainsi qu'ils ont apporté les facsimilés de ces 212 documents à Fernando Gonzalez, un grand universitaire mexicain qui a ensuite écrit plusieurs livres à partir de ces documents, dont “Marcial Maciel, les légionnaires du Christ, témoignages et documents inédits” et “la volonté de en pas savoir”.
Environ un tiers de ces 212 documents sont des lettres de dénonciations ou des rapports alarmants sur le père Maciel et la situation de la Légion du Christ. Alors, pourquoi l’Église n'est-elle pas intervenue?
Les responsables de l’Église entretiennent une relation passionnée avec la Légion du Christ. Ils sont fascinés par cette jeune congrégation qui a tant de vocations. Lorsque tout semble s'écrouler, lorsque la Chrétienté disparait progressivement en occident... La Légion du Christ – comme la plupart des communautés dont nous parlons dans ce congrès – apparait comme une solution miracle à tous nos problèmes.
Quand tout va mal, vous êtes vulnérable, et vous encouragez aveuglément tout ce qui donne l'impression de donner des solutions. Et vous vous justifier en disant: “ce sont les signes des temps”, ou bien “il faut avoir confiance en l’œuvre de Dieu”. Et c'est tout.

L'arbre et les fruits

L'argument principal mis en avant par les autorités de l’Église est qu'on juge l'arbre à ses fruits.
En 1958, toutes les accusations les plus graves contre le père Maciel avait été balayées à cause de cette seule raison. “Il y a ces fruits”, et donc le fondateur d'une communauté si belle en peut pas être un pervers. Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin: les critiques doivent être des calomnies et des médisances.
Cinquante ans plus tard, fin 2008, les membres de la congrégation ont été informés de quelques aspects sur la double vie de leur fondateur. Les supérieurs ne pouvaient plus continuer à étouffer le scandale comme ils l'avaient fait pendant des années: les enfants du père Maciel étaient sur le point de révéler la vérité aux médias.
Ainsi, en novembre 2008, afin d'empêcher les membres de quitter la congrégation ou de vouloir trop en savoir sur leur fondateur, trois cardinaux très importants de la curie romaine sont venus chez les légionnaires et leur ont donné une conférence. Grâce à des fuites récentes au Mexique, nous avons obtenu les enregistrements de ces interventions. Et je voudrais partager avec vous quelques extraits:
Franc Rodé, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique :

« La tolérance zéro ? Non, non... dans l'Eglise, nous ne sommes pas comme ça. Cela, nous le laissons aux puritains. Et j'irais jusqu'au fond de ce que nous enseigne Matthieu au chapitre 7 : Tout arbre bon donne de bons fruits, et l'arbre mauvais donne des mauvais fruits. Un arbre bon ne peut produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits. Or le fruit est bon, le fruit est extraordinairement bon... Il est excellent, magnifique... Alors peut-on dire que l'arbre est mauvais ? En pure logique, je dirais que non, et je l'absous, j’absous le père Maciel ! »

Cardinal Angelo Sodano, Doyen du Collège Cardinalice de l’Église Catholique, ancien Secrétaire d’État du Vatican :

« Si un diamant ou un anneau en or tombe dans la boue, il se salit. Mais ensuite, il suffit de le nettoyer pour le faire briller à nouveau. Il ne faut pas rester sur l'image du bijou lorsqu'il est couvert de boue. C'est pourquoi, il me semble que le plan de Dieu sur la Légion nous indique que la Légion doit continuer. Et il me semble que c'est la volonté des souverains pontifes. »

Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei et ancien préfet de la Congrégation pour le clergé :

« Parce qu'un homme choisi par Dieu, Marcial Maciel, a recueilli la lumière divine et a fait ce que Dieu attendait de lui ! Comme le Christ l'a voulu, il a eu parmi ses ancêtres un certain nombre de femmes de peu de vertus. Ainsi, celui qui n'avait aucun péché, s'est entouré génétiquement du péché, pourrions-nous dire. Hosanna au fils de David ! Gloire à la Légion, même si elle est victime de la faiblesse humaine, victime de la force du mal ! Il fallait que cet homme, choisi par Dieu, paye lui aussi son tribut au mal! Personne ne savait qu'il menait une double vie... pourquoi ? Parce qu'il a été prudent. Voilà une grande et importante vertu chrétienne ! Ainsi, quand il vous formait, la providence divine n'a pas voulu que se perde la force du message qu'il transmettait à cette Légion de Jésus-Christ. Et c'est pour cela que la plus grande partie des légionnaires n'a jamais rien su. Et ainsi, ils ont pu recevoir le message, dans la simplicité et dans le calme. »

Lors du congrès de l'ICSA à Montréal, l'année dernière, la problématique des fruits et de l'arbre a déjà été largement discutée. J'aimerais cependant ajouter quelques réflexions personnelles.
Mais commençons par relire le passage de l’Évangile:

« Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l'arbre gâté produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre gâté porter de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » (Mt 7, 15-20)

Notez que la parabole de Jésus est composée de deux parties:
Dans un premier temps, le Christ affirme que « tout arbre bon produit de bons fruits », et son corollaire « l'arbre mauvais produit de mauvais fruits. »
Mais ensuite, comme s'il sentait le besoin d'éviter toute ambiguïté, le Christ ajoute que « un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruit, ni un mauvais arbre porter de bons fruits ».
Un logicien dirait que dans la première partie, le Christ pose une “condition suffisante” :

Si l'arbre est bon, il doit porter de bons fruits

Et dans la seconde partie, il pose une “condition nécessaire” :

Si et seulement si l'arbre est bon, il porte de bons fruits.

Autrement dit, il n'est pas possible de dire qu'un très mauvais fondateur pourrait porter de bons fruits sans tordre le cou aux enseignements du Christ, lequel a anticipé nos doutes en établissant une règle explicite et nécessaire, qui ne supporte aucune exception. Donc, l'explication doit être cherchée sur côté des fruits. Ces fameux fruits qui fascinent autant les autorités de l’Église... sont-ils aussi bons qu'ils en ont l'air? En effet, le Christ n'a jamais dit que le mal en portait pas de fruit. Bien au contraire! Le mal porte aussi des fruits, et même de nombreux et magnifiques fruits. Mais il a dit que les fruits du mauvais arbre n'étaient pas bons.
C'est là le point important: nous devons distinguer les fruits réels des fruits apparents.
Un mauvais arbre produit de nombreux fruits qui semblent très bons au premier regard, mais qui sont en fait extrêmement nocifs. Rappelez vous du passage de la tentation d'Eve, au livre de la Genèse au chapitre 3: le démon ne tente jamais ses proies avec des fruits moches et pourris !
Certaines personnes prétendent que nous devrions regarder les signes des temps. Mais si le pape Jean Paul II parlait d'un nouveau printemps de l’Église, moi, je parlerais plutôt d'un automne de l’Église, parce que les vrais statistiques en sont pas vraiment glorieuses: le nombre de jeunes jeunes qui quittent ces communautés, souvent très abîmés, est effrayant. La plupart des mes anciens compagnons ont déjà quitté la congrégation. Certains avec des dépressions nerveuses ou des comportements suicidaires. L'un d'entre eux a même du faire plusieurs séjours dans un hôpital psychiatrique.
En fait, ces communautés font de nombreux dégâts. Je crois que beaucoup de ces jeunes garçons auraient pu devenir de bons prêtres dans d'autres conditions. Mais ils ont abandonné ce projet, parfois complètement dégoûtés de l’Église.
C'est si difficile de continuer à aimer, quand vous avez été abusé.

Manque d'intérêt pour les études sur le phénomène sectaire

Cela ne suffit pour répondre à notre question.
Un partie du problème concernant l’Église Catholique, ainsi que d'autres dénominations, c'est la tendance de certains représentants de l’Église à définir la secte d'un point de vue théologique. C'est ainsi que le cardinal Schönborn a pu dire qu'il ne peut pas y avoir de secte, par définition, dans l’Église car les croyances des sectes sont hérétiques. Or, si un groupe est hérétique, il se place lui-même en dehors de l’Église.
L’Église néglige les études sur le phénomène sectaire. Elle cultive l'idée que les sectes, ce sont les autres. Elle pense même que certaines associations travaillant sur le problème des sectes cherchent en fait à attaquer la religion. Je sais que c'est un sujet très discuté, qui soulève de nombreux arguments, mais il me semble important de répéter une chose: les sectes concerne les pratiques, pas les croyances! Bien sûr, certaines croyances peuvent induire certaines pratiques. Mais ce lien n'est pas nécessaire.
L'approche psychologique sur le phénomène sectaire révèle l'incroyable capacité de la psychologie humaine à assumer des énormes contradictions :
Oui, vous pouvez prétendre être un grand défenseur de l’Évangile, tout en contredisant les enseignants de l’Évangile à longueur de journée par vos actions !
Oui, vous pouvez prétendre être un grand défenseur de la liberté de conscience, tout en tolérant des moyens coercitifs à l'intérieur de votre groupe, afin de d'empêcher les dissensions !
La difficulté tient au fait que le phénomène sectaire génère des mécanismes extraordinaires d'auto-suggestion. Dans une secte, les adeptes apprennent à nier leur propre identité et à mentir, non seulement au monde, non seulement à leurs parents et à leur amis, mais également à eux-mêmes.
Ainsi, une personne qui est sous l'influence d'une secte... prétendra toujours être parfaitement heureuse et libre, même si elle ne l'est pas du tout. Et c'est pourquoi nous devons être très vigilant avec les témoignages des personnes qui sont sous emprise, parce qu'elles sont un besoin compulsif et irrationnel de défendre leur vocation, leur groupe, et leur gourou.
Je connais bien cela: moi aussi, j'ai porté ce masque.

Le silence

Mais ce n'est pas encore suffisant. Un autre élément essentiel s'avère nécessaire: le silence.
Le silence est l'un des éléments clés du système pervers.
Dans cette affaire, le silence apparait dans trois contextes:
  • à l'intérieur du groupe
  • à l'intérieur de l'institution ecclésiale
  • parmi les anciens membres
J'aimerais développer un peu cette idée:

1- Le silence à l'intérieur du groupe:
A l'intérieur des communautés, le silence peut être obtenu par différents moyens:
  • Une règle, une promesse ou même un voeu, qui est imposé au nom de la charité ;
  • Une mauvaise compréhension de l'obéissance, qui doit être “aveugle” et “héroïque” ;
  • Un système de dénonciation: lorsqu'un membre commence à critiquer, il est immédiatement exclus ou envoyé aux missions ;
  • Le fait qu'à l'intérieur du groupe, tout est cloisonné de sorte que chaque religieux ignore ce que son frère sait. Chaque religieux connait seulement une toute petite partie du problème ;
  • Et enfin, un contrôle absolu de l'information.
Le silence est nécessaire pour maintenir les gens dans l'ignorance.
A ce jour, les membres de la Légion du Christ ne savent pratiquement rien sur la véritable histoire de leur fondateur. En avril 2010, les supérieurs de la congrégation avaient pourtant pris une belle résolution en s'engageant, dans une déclaration officielle, à “honorer la vérité sur notre histoire”. Mais quelques semaines plus tard, le Vatican a nommé un délégué pontifical, le cardinal Velasio de Paolis, qui a décidé assez vite que le temps était venu de tourner la page. Dans un conférence donnée aux femmes consacrées début 2012, il a même menacé celles et ceux qui voudraient connaître toute la vérité sur leur fondateur:

« Nous devons laisser le jugement sur le fondateur dans les mains de Dieu. La question maintenant être fermée. Nous ne pouvons pas passer notre temps à revenir sans cesse sur ces choses et les remuer tout le temps. »


Hélas, tout cela est très grave. Pourquoi? Parce que les études critiques sur la véritable histoire du père Maciel montrent clairement que ce dernier a passé sa vie à ré-écrire son histoire, de façon à toujours apparaitre comme un héros. Et certains de ses disciples les plus zélés, pour des raisons obscures, ont même accentué ce phénomène en ajoutant encore quelques mensonges supplémentaires. Et c'est ainsi que toute l'histoire de la fondation de la Légion du Christ est fausse.
Si les légionnaires apprenaient qui était véritablement leur fondateur, il est probable que la Légion s'effondrerait sur elle-même. Et c'est sans doute la raison pour laquelle le pape a stoppé toutes les recherches sur le sujet. Aujourd'hui, les légionnaires ne disent plus « Le père Maciel a fondé la Légion du Christ en 1941 », mais « la Légion du Christ a été fondée en 1941 ». La figure du fondateur a disparu. C'est comme un trou noir sur le sol que vous évitez de regarder... parce que si vous commencez à regarder, vous comprenez très vite que toute cette congrégation religieuse est fondée sur des mensonges.

2- Le silence de l'institution ecclésiale
Un second aspect du silence est le silence de l’Église
. Je en vais pas m'attarder sur ce vaste sujet. J'aimerais juste dire, parce qu'il me semble que c'est important, que nous trouvons ce besoin compulsif de secret non seulement dans les communautés religieuses sectaires, mais également dans l’Église elle-même.
Ce goût du secret apparait à presque toutes les pages des 212 documents de l'archive que j'ai mentionné tout à l'heure. Quand on étudie ces documents, on réalise combien l’Église elle-même vit dans une sorte de paranoïa à l'égard du monde.
Le secret de l’Église était l'un des meilleurs alliés du père Maciel. Grâce à celui-ci, très peu de personnes étaient au courant de la gravité et de l'ampleur de ses crimes.

3- Le silence des anciens membres
Pendant de nombreuses années, très peu de victimes ont osé faire des accusations publiques contre leur anciennes communautés et leurs anciens supérieurs. Il faut savoir que les anciens membres de communautés sectaires se trouvent souvent dans des situations très complexes qui les obligent à garder le silence:
  1. Certains ont trop souffert. Cette partie de leur passé est une zone d’ombre dont la seule évocation est tellement douloureuse, qu’ils ont décidé de ne plus jamais en parler.
  2. D’autres « ne veulent pas avoir de problèmes », ou pensent que c’est une cause perdue d’avance. Parfois, avec quelques amis très proches, ils osent quelques critiques. Mais par crainte des représailles, ils préfèrent ne pas s’exposer en public.
  3. Certains ont encore un frère, une sœur ou un autre membre de leur famille dans leur ancienne communauté. Ils savent que s’ils parlent, ils risqueraient de perdre tout contact et préfèrent donc ne pas prendre ce risque.
  4. Il y a tous ceux qui sont devenus dépressifs. Ils n’ont ni la force ni les capacités de dénoncer les abus dont ils ont été victimes. Certains sombrent d’ailleurs dans l’alcoolisme, et parfois même dans la drogue.
  5. Omerta encore chez ceux qui ont commis des fautes graves, voire des crimes, quand ils étaient dans leur communauté : escroqueries, malversations, abus sexuels. Ils sont alors tenus par un « pacte de silence » pervers : mon silence contre votre silence.
  6. Ceux qui sont entrés très jeunes ou ont été élevés dans une communauté, ont vu les supérieurs de leur communauté prendre la place de leurs propres parents. Pour eux, un travail de relecture critique est une expérience traumatisante, une sorte de parricide.
  7. Il y a tous ceux à qui leur ancienne communauté avait autrefois demandé de raconter leur témoignage vocationnel, sur une page Internet ou dans une revue chrétienne. Poussés par les pressions du système, ils ont enjolivé leur histoire à l’excès et leurs témoignages ont été publiés avec des titres ronflants comme « Choisi de toute éternité ! » ou « J’ai été saisi par l’appel de Dieu ! ». Difficile, après de telles déclarations pleines de lyrisme et d’emphase, de remettre en cause leur précédente communauté, bien entendu.
  8. Certains sont issus de familles très catholiques, dans lesquelles il est impensable d’émettre la moindre critique sur une congrégation religieuse reconnue et appréciée par le Vatican.
  9. D’autres anciens se taisent pour de simples raisons économiques : après avoir passé dix, vingt ou trente ans dans une communauté, ils ont pris un retard considérable dans la vie active. Quand on commence sa vie professionnelle à 35 ou 45 ans, il est difficile de perdre du temps, de l’énergie et de l’argent pour se battre contre sa précédente communauté.
  10. Après avoir quitté leur congrégation, certains continuent à travailler dans une école ou un centre de formation qui appartient à cette même congrégation. Difficile d’imaginer qu’ils vont scier la branche sur laquelle ils sont encore assis.
  11. Certains ont voulu parler, mais ils ont vite été dissuadés par les bons conseils de leurs proches : « Laisse cela dans les mains de l’Église ! », « Tu n’as donc pas confiance dans le jugement de l’Église ? », « Tourne la page ! », « Tu manques certainement d’humilité pour critiquer une congrégation reconnue par le Vatican ! », « Ne vois-tu pas que le démon va t’utiliser pour faire du mal à l’Église ? ».
  12. Il y a tous ceux qui se rappellent, avec frayeur, de la façon dont on parlait des « traîtres » dans leur précédente communauté. La seule pensée de faire partie de cette liste noire, d’être considéré comme un infâme « Judas », les terrorise et les dissuade à tout jamais d’accomplir un quelconque devoir de conscience.
  13. Il y a également ceux qui ont rejoint le clergé diocésain et qui reçoivent, de façon plus ou moins explicite, la consigne de se taire.
  14. Et enfin, il y a tous ceux qui sont restés sous l’emprise de leur précédente communauté. Ce sont des personnes dangereuses : Minées intérieurement par la culpabilité, ces gens sont prêts à tout pour protéger le groupe de l'extérieur.

Conclusion


Comme toujours, les gens diront: « Vous êtes trop négatif. Vous parlez seulement à partir de votre expérience personnelle. Et vous êtes aigri... C'est pourquoi vous êtes aussi critique. »
Peut-être. Mais s'il vous plait, s'il en est ainsi, répondez aux questions suivantes :
Pourquoi le pape a-t-il dit, dans le livre “Lumière du monde”, qu'il n'a commencé à recevoir des éléments sérieux sur le père Maciel qu'en l'an 2000? Pourquoi a-t-il encore une fois insulté les victimes qui ont dénoncé depuis tant d'années les crimes du père Maciel?
Pourquoi a-t-il autorisé des milliers de gens à continuer de vénérer leur fondateur comme un vrai saint jusqu'en 2009? Pourquoi a-t-il cautionné un tel mensonge pendant au moins 10 ans... Combien de vies auraient pu être épargnées de la Légion du Christ s'il avait dit la vérité?
Comment expliquez vous qu'après avoir redécouvert tous ces documents sur le père Maciel, on lui ait seulement demandé de se retirer de tout ministère publique en 2006, alors que le pape avait toutes les preuves de la perversité de cet homme? Pourquoi n'a-t-on pas offert au père Maciel une dernière chance de se confronter à la justice... et peut-être de sauver son âme?
Comment expliquez vous que des prélats ait envoyé des documents archi confidentiels à un universitaire mexicain?
Comment expliquez vous que c'est seulement lorsque les enfants du père Maciel se sont approchés de la Légion, avec des preuves ADN et des avocats, afin de demander leur héritage, que la Légion a finalement reconnu la double vie de son fondateur? Alors que nous savons de façon certaine que de nombreux supérieurs savaient la vérité depuis des années? Et s'il n'y avait pas eu cette satanée descendance menaçant de tout révéler à la presse... est-ce que l’Église aurait entretenu l'imposture? Est-ce qu'on continuerait encore aujourd'hui à vénérer le saint fondateur des Légionnaires du Christ?
Comment expliquez vous que, en dépit de la gravité des accusations, le pape Benoît XVI n'a pas eu le bon sens d'arrêter les ordinations et le recrutement dans la Légion... au moins le temps de l'enquête? Lorsque vous découvrez que le fondateur de l'une des congrégations les plus influentes de l'Eglise est un violeur, un pervers, un pédophile, bisexuel, incestueux, polygame, psychopathe, criminel, morphinomane, intriguant, manipulateur, charlatan, voleur, escroc, plagiaire, usurpateur d'identité, sacrilège et apostat... Est-ce que vous ne pensez pas qu'il y a peut-être un problème? Ne vous dites-vous pas: « On s'est peut-être trompé. Arrêtons tout et faisons une véritable enquête afin de s'assurer que la congrégation est sainte. »
Comment expliquez vous que les visiteurs apostoliques soient allés presque exclusivement à la rencontre de légionnaires... et qu'ils n'ont pratiquement pas rencontré d'anciens légionnaires? Comment expliquez vous l'attitude des visiteurs durant la visite apostolique, essayant d'empêcher certains légionnaires de quitter la congrégation? Comment expliquez vous qu'un seul visiteur soit allé à la rencontre des victimes d'abus sexuel du père Maciel: or ce visiteur était un vieil homme malade, qui écoutait d'une oreille distraite, sans prendre de note et qui allait mourir quelques mois après la visite?
Pourquoi le pape Benoît n'a-t-il pas accepter de recevoir les victimes du père Maciel lors de son séjour au Mexique, en 2012?
S'il vous plait, répondez-moi: j'ai besoin de comprendre.
Je voudrais conclure par une citation de l’Évangile de Jean:

« Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu. » Jean 3, 20-21


No comment.