La logique de la chape de plomb

Dans cet établissement qui scolarise des enfants en recherche de la foi, de la 6ème à la terminale, les premiers faits ont été révélés par un petit garçon de 9 ans qui s'est confié à ses parents. Ces derniers ont averti l’école mais le recteur de l'école n'a pas donné suite et a même fait modifier une lettre des parents en changeant les termes d'agression sexuelle par des expressions plus «tempérées» afin de ne pas porter préjudice à l'école.

Mais c'est en 2007, lorsqu'un autre enfant a fait sa confirmation, qu'il s'est confié à l'évêque de Chartres.

Ce dernier a immédiatement porté l'affaire devant la justice. C'est à ce moment-là que certaines langues se sont déliées.

Des auteurs qui se posent en victimes

C'est également à cette époque-là que le Pape Benoît XVI a décidé de faire le ménage dans les congrégations soupçonnées d'actes pédophiles. En effet, son fondateur, dans les années cinquante, s'était adonné à cette perversion et c'est en 2007 que ses agissements ont été révélés.

A la barre, un religieux s'est présenté, le père Thomas Brenti, assistant du Provincial de la congrégation française. Il veut se porter partie civile pour l'atteinte à la réputation que subissent les Légionnaires du Christ.

Mais les parents présents dans la salle sont mal à l'aise. Comment, en effet, cette congrégation qui a appliqué la loi du silence, protégé les agresseurs en les mutant dans d'autres structures de l'ordre ose-t-elle maintenant se positionner en victime ?

Le père Thomas, qui dirige également le bureau de communication du mouvement Regnum Christi, branche laïque des Légionnaires du Christ, a soutenu que, jusqu'en 2007, la congrégation ignorait que de tels agissements relevaient de la justice! Spécialiste du langage de communication, il est lisse, presque convaincant.

Nettoyer les écuries d'Augias

Maître Libelle, l'avocat d'une des victimes, la seule qui a subit les assauts des deux frères prévenus, aura les mots les plus durs : «Cette école était pathogène! Le secret, le respect absolu de la hiérarchie... C'est à se demander si, tel !e comportement de leur fondateur, ce n'est pas le chemin normal de cette école d'engendrer de tels agissements I Non, les Légionnaires ne sont jamais venus prévenir les parents de l'enfant que je défends. Quand on croise le père B. (recteur de l'école), on se sent trahi par ceux qui n'assument pas leurs responsabilités. Pie Xll vous a sanctionné, après, vous avez bénéficié de protections. Sans Benoît XVl qui a nettoyé les écuries d'Augias, vous n'auriez pas changé I Ne mélangez pas tout. La congrégation n'est pas l’Église! Et vous venez aujourd'hui la main sur le cœur? C'est trop facile! Vous avez renvoyé le deuxième agresseur au Mexique. Vous êtes complice de sa fuite. Que la congrégation ne vienne pas se moquer des victimes une seconde fois!»

Maître Giordana est en charge de la délicate défense du frère Éric...: «Élevé dans une famille catholique traditionaliste, il faisait la fierté de ses parents! Il vous demande de le juger pour ce qu'il a fait. c'est l'objectivité qu'il demande au tribunal... Il sait le mal qu'il a fait au enfants.

Quant aux Légionnaires, oui leur démarche est osée... Venir se poser en victimes ? Alors qu'ils ont tout fait pour faire signer aux parents, un «protocole» pour ne pas éclabousser la congrégation!... Oui, c'est osé. Ils ont tout fait pour cacher, pour dissimuler! C'est la logique de la chape de plomb!»

La substitut du procureur a requis 2 ans de prison dont 10 mois avec sursis mise à l'épreuve, obligation de soins, interdiction d'activité avec des mineurs pendant 10 ans et inscription au fichier des agresseurs sexuels contre le frère Éric... Deux ans de prison avec mandat d'arrêt contre le frère Trinidad José.

Délibéré le 2 mai 2013.

Bruce de Saint-Sernin