Voilà la question que devraient se poser précisément les autorités légionnaires. Les blessures n'ont pas cicatrisé, parce qu'on n'a jamais rien fait pour les soigner. Les souffrances des victimes, les cris de ceux qui ont été abusés par le plus grand déprédateur de l'histoire de l'Eglise, sont encore là, comme des plaies béantes, et elles seront toujours là. D'autres plaies seront ouvertes, des nouvelles fissures dans la coque du navire légionnaire, qui les conduira tôt ou tard à sombrer sous le coup de leur propre mesquinerie.

Oscar Nader prétend rédiger ce billet afin que les légionnaires soient mis au courant de ce qui se passe par la Légion, et non par d'autres personnes de l'extérieur.

Mais la vérité, c'est que les dissimulations et les mensonges accumulées finissent enfin par briser les barrages derrière lesquels ils ont été trop longtemps contenus.

Garza et Nader se disent tous les deux tristes et meurtris par cette nouvelle. C'est compréhensible. Mais ce qui est difficile à comprendre, c'est que ce sont eux, précisément, les Directeurs passés maîtres dans l'art du simulacre et du mensonge, qui prétendent donner des leçons en matière de transparence. Et une fois de plus, nous revenons à la situation habituelle : pas le moindre mot de compréhension à l'égard des victimes. Rien...

Une fois de plus, la Légion procède de la même façon qu'avec son faux prophète de fondateur : en envoyant le prêtre vers une vie de prière et de pénitence, comme cela avait été fait avec le père fondateur, ils veulent mystifier tout le monde.

La cerise sur ce gâteau d'hypocrisie, cependant, c'est la déclaration du père Alvaro Corcuera. Corcuera commence en expliquant comment les choses se sont déroulées : alors qu'il était recteur, il a entendu certaines rumeurs... et bien sûr, il a interrogé le père Williams, qui a nié.

Cela n'est pas sans rappeler les autres «rumeurs», qui pèsent aujourd'hui sur certains légionnaires en activité, accusés d'avoir abusé sexuellement d'enfants... ces derniers nient évidemment les accusations – comment en serait-il autrement ? - et donc, la direction de la Légion refuse d'enquêter.

Depuis 2005, le père Alvaro est au courant de la véracité des «rumeurs».

Le 21 mai 2012, le secrétaire territorial Joseph Caminal, lc, a envoyé une note interne, avec la lettre du père Alvaro, dans laquelle il s'excuse pour ce qui est arrivé et pour les erreurs commises. Un commentaire du père Caminal a attiré mon attention : «Notre directeur territorial vous transmet ces informations pour votre gouverne. Si quelqu'un vous pose des questions, vous pouvez le renvoyer aux pages Internet déjà mentionnées. En plus, aux Etats-Unis, une lettre du père Thomas Williams a été distribuée, et je vous envoie celle-ci en annexe.»

Mais, qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce que les Légionnaires n'ont pas le droit de se faire leur propres opinions? N'ont-ils pas les capacités intellectuelles pour émettre des jugements personnels, qu'il faille encore leur donner des instructions sur comment répondre?

Bien. Regardons maintenant les faits :

  1. Bien qu'ayant un enfant sur les épaules, et alors que les supérieurs déjà mentionnés étaient au courant, le père Williams a été nommé Doyen de la faculté de théologie, puis professeur de théologie morale.
  2. Le père Thomas Williams a été le porte-parole de la Légion et, en tant que tel, il a donné des interviews publiques lorsque le scandale Maciel a éclaté (il est notamment apparu à la télévision en 2009 pour parler de la fille de Maciel).
  3. Le dernier livre du père Thomas Williams a été publié en octobre 2011.
  4. Le père Thomas Williams a donné sa dernière conférence publique, lors d'une activité nationale du Regnum Christi aux Etats-Unis, le 21 avril 2012. Une autre conférence, organisée par la section du Regnum Christi du Michigan, était programmée pour le mois d'octobre. Dans La Red, du 7 mai 2012 (n°287) on peut lire la chose suivante : Le père Thomas Williams, lc, a été invité pour donner une conférence au cours du congrès Ignite 2012, pour le diocèse de Syracuse. La plus grande partie de l'équipe organisatrice est composée de membres du Regnum Christi. Un peu plus de mille personnes ont assisté à cet événement.
  5. Le père Thomas Williams a poursuivi son enseignement jusqu'au mois de février de cette année, date à laquelle il a mis un terme brusquement à ses cours, alors que des étudiants étaient en train de s'inscrire pour suivre ses prochains cours.

En fait, il apparaît que le père Williams ne s'est retiré du ministère et de l'enseignement que quand, DEPUIS L'EXTERIEUR, une pression médiatique a été exercée sur lui.

Le document « Sapientia christiana » affirme :

Art 26, §1. Tous les enseignants, de quelques catégories, doivent se distinguer par leur honnêteté de vie, l'intégrité de leur doctrine et leur dévouement à leur tâche, afin de contribuer à la réussite des finalités propres des Facultés ecclésiastiques.

Les Statuts de l'Athénée Regina Apostolorum, à l'article 16, 2 redisent pratiquement la même chose, faisant référence au texte précédent et ajoutant un paragraphe supplémentaire sur la communion avec le Magistère.

Il y a des faits qui sont inconcevable et inacceptable : comme par exemple le fait qu'une consacrée du Regnum Christi qui est allé passer un weekend avec les nouvelles consacrées du mouvement Totus Tuus (le groupe qui s'est récemment séparé du Regnum Christi) se voit à son retour dans son centre interdite d'y séjourner, et même pas pour y passer la nuit. Ou encore, ce qui est arrivé au père Santiago Oriol, à qui le directeur territorial d'Espagne a explicitement interdit d'entrer dans le collège Everest et dans le centre d'apostolat de la Cota, après sa sortie de la Légion (après avoir été supérieur de ce centre et directeur de ce collège pendant de nombreuses années !). Et encore qu'un légionnaire qui a conçu un enfant (peut-être plus?) il y a quelques années, se voit juste dire : «Eloignez vous petit à petit du publique», tenant en compte les faits mentionnés précédemment. Dans les règles de Congrégation pour le clergé, il est dit clairement que celui qui a un enfant doit assumer ses responsabilités de père et quitter le ministère. Et si, après un certain temps, et selon l'ordre naturel des choses, il a effectivement accompli ses obligations naturelles de père, il peut éventuellement reprendre son ministère. Mais dans tous les cas, il est évident qu'il ne pourra pas subvenir correctement aux besoins de son fils en restant dans le ministère, et encore moins utilisant l'argent des fidèles.

A la suite des paragraphes déjà cités, dans la lettre du père Corcuera, apparaît ceci : «Je dois admettre cependant avec peine que, au milieu de tout ce qui était en train de se passer dans la Légion au cours de ces dernières années, je n'ai pas été suffisamment diligent pour imposer des restrictions adéquates et m'assurer que celles-ci soient accomplies.»

Alors, on est en droit de se poser la question suivante : A quoi sert l'autorité dans la Légion, alors ? Parce que, pourtant, les supérieurs se donnent un mal de fou pour contrôler les religieux et prêtres « inquiets » qui commencent à remettre en cause le système et qu'ils vont même dénigrer en les accusant d'être « dés-intrégrés » ! Et les directeurs des centres de formation, ne passent-ils pas environ huit heures par semaine juste pour réviser les correspondances électroniques de leurs sujets et de l'équipe de travail de leur centre (prêtres inclus) ?... et voilà que le Directeur Général de la Légion du Christ s'excuse « de ne pas avoir été assez diligent » pour traiter un cas aussi grave ?

Heureusement, le père Corcuera prétend que les choses, maintenant, sont mieux gérées.

Voici une nouvelle strophe dans cet hymne d'hypocrisie que les trois supérieurs légionnaires entonnent d'une seule voix.

Voyons : ils prétendent qu'il y a 7 affaires qui ont été transmises à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Si nous ajoutons les 10 autres affaires qui ont été transmises il y a un mois et les 14 qui ont été transmises il y a une semaine... combien cela fait à votre avis?

Don Alvaro Corcuera, vous aimeriez que les choses soient autrement, mais elles continuent toujours pareillement. Vous continuez avec vos mensonges. Et nous, avec notre devoir de dire la vérité. Vous affirmez qu'il y a un légionnaire qui, en ce moment, fait l'objet d'une enquête. Est-ce qu'il s'agit du légionnaire qui est en train de prêcher, en ce moment même, une retraite aux dames du Regnum Christi ? S'agit-il du légionnaire qui, au cours de la dernière heure eucharistique, la semaine dernière, a fait une remarquable exhortation à ses frères, et cela, devant le Saint Sacrement, pour dénigrer ceux qui ont eu le courage de démasquer des criminels ?

Messieurs de la direction, il y a quelques temps, l'un des vôtres reprenait cette citation extraite d'une chanson qui plaisait beaucoup à votre fondateur : «La vie continue pareillement...». Je suis soulagé d'apprendre que vous agissez ainsi et toujours «pour le plus grand bien de l'Eglise et des âmes».

Vous évoquez, à la fin de votre lettre, votre engagement à continuer sur le chemin de guérison, de renouvellement et de réparation. Vous ajoutez même que vous voulez réparer les injustices du passé : je ne peux espérer mieux, pères Alvaro, Luis et Nader... je ne peux espérer mieux...

Je dois cependant noter l'absence des voix des autres Directeurs Territoriaux, qui ont également un devoir de réparation à l'égard de certaines injustices commises récemment, et dont les blessures sont elles aussi encore vives dans le coeur des victimes.
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