Lettre ouverte de Juan Jose Vaca au Pape Benoît XVI
Par Xavier le dimanche 1 avril 2012, - Lien permanent
Je trouve qu'il y a beaucoup de
noblesse dans la très belle lettre qui suit. Elle me fait penser à certains
textes de l'Ancien Testament, notamment Isaïe 63-64, qui exprime les
gémissements d'un peuple qui se sent abandonné par Yahvé. Merci à l'aimable
personne qui m'a offert la traduction de cette lettre.
Votre Sainteté,
Depuis le jour où vous avez rendu public votre désir de venir au Mexique,
j'ai pensé et espéré que les démarches habituelles seraient faites pour que les
victimes-survivantes mexicaines d'abus sexuels perpétrés par le clergé
catholique soient prévues dans l'agenda des événements que Votre Sainteté
tiendrait au Mexique -ce Mexique qui Vous accueille en ces jours les bras
ouverts, Vous offrant les marques d'une haute estime et d'une grande
considération.
Mon espoir s'est évanoui quand, tandis que Vous étiez déjà sur le sol
mexicain, Votre comité responsable ne fit rien pour que nous,
victimes-survivantes, eussions l'opportunité de recevoir les mêmes marques
d'approche, de compréhension et de réparation que celles que Vous avez
manifestées à de semblables victimes en chacun des pays que votre Sainteté a
visités.
Saint Père : pourquoi nous a-t-on ignorées, nous, les victimes mexicaines ?
Elles sont pourtant très récentes et n'ont pas cicatrisé, les graves
blessures causées par les horribles abus, les crimes abominables de Marcial
Maciel, que vous avez très bien connu et très tard reconnu comme « un faux
prophète, un homme sans scrupules, dont la vie a manqué de tout sentiment
religieux et moral » (ce sont Vos propres termes).
J'ai espéré en vain qu'en ces jours, mue par Son actuelle proximité
géographique du lieu où Marcial Maciel est né et est enterré (à seulement cent
quarante milles de la ville de Léon, qui Vous accueille si chaleureusement),
Votre Sainteté s'approcherait des victimes que cet homme criminel, ce prêtre
exécrable a laissées cruellement blessées, leur jeunesse détruite et leurs vies
impunément atteintes.
A plusieurs reprises j'ai sollicité Votre Nonce Apostolique, Christophe
Pierre, pour qu'il fasse son possible pour que les victimes que nous sommes
soient retenues quelques minutes dans l'agenda de Votre Sainteté, hors de tout
protocole, pendant votre visite au Mexique. Ma demande a été ignorée et ne me
fut pas même offerte la courtoisie d'une réponse.
Aujourd'hui même, Votre Sainteté rend hommage au Cubilete à la mémoire
héroïque de quelques hommes qui donnèrent leurs vies pour la défense de leur
foi et pour la liberté religieuse dans leur patrie : les Cristeros.
(Permettez-moi de Vous dire que j'ai la fierté filiale de compter parmi eux mon
propre père). En revanche, pour nous, victimes et survivants d'autres
atrocités, pas une seule parole. Pourquoi, Saint-Père, exclut-on d'une juste
marque de Votre sollicitude ces autres victimes mexicaines, nous, qui fûmes
outragés par le prêtre criminel mexicain Marcial Maciel ? Ce prêtre
catholique tellement indigne, qui fait la honte de notre nation mexicaine et
qui compromet gravement la crédibilité de cette même Eglise
Catholique.
Pourquoi au Mexique, Saint-Père, n'avez-vous pas fait ce que vous avez
noblement fait en Allemagne, au Royaume-Uni, à Malte, en Australie, affirmant
que Vous vouliez « être proche de ces victimes » ? Pourquoi
maintenant, au Mexique, n'avez-vous pas voulu « être proche des
victimes » survivantes de l'ignominieux prêtre mexicain, Marcial
Maciel ? Pourquoi pas au Mexique ?
Avec toute mon attention et mon respect,
Juan J. Vaca (victime survivante).