Permettez-moi de commencer cet exposé avec un extrait du roman Le Petit Prince de Saint Exupéry:

« Qu'est-ce que signifie 'apprivoiser'? » demanda le Petit Prince.
« C'est une chose trop oublié », dit le renard. « Ça signifie créer des liens. »
« Créer des liens? »
« Bien sûr », dit le renard. « Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons, et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... »

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Le renard enseigne au petit prince que toute relation est le fruit d'une longue période d'apprivoisement. Apprivoiser, d'après le renard, signifie créer des liens, construire une relation, faire que l'autre devienne unique. En d'autres termes, cela signifie que les relations humaines prennent du temps pour s'élaborer, qu'elles nécessitent certaines étapes, parce qu'on a besoin d'apprendre à se connaître pour s'apprécier. Nous faisons tous cette expérience dans nos vies.

Mais ce qui est vrai pour les personnes est également vrai pour notre relation avec Dieu. Les plus grands mystiques de l'histoire de l'Eglise ont enseigné cela. Saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d'Avila, et tant d'autres sont tous d'accord sur ce point: la vie spirituelle est avant tout un cheminement. Autrement dit, cela signifie que nous allons d'un endroit... à un autre endroit. Et ce cheminement conduit à une rencontre progressive avec Dieu, lequel se laisse découvrir à travers les Ecritures, les sacrements, la prière et les personnes que nous rencontrons tout au long de ce parcours.

L'image qui est souvent utilisée par ces mystiques est celle de l'épouse qui recherche son bien-aimé. Dieu creuse un désir dans le coeur de l'homme. Il ne s'impose jamais, car sinon, cela signifierait qu'il se contredit lui-même, en niant la liberté qu'il a confié à l'homme. Il y a des verbes, en effet, qui ne supporte pas l'impératif: on ne peut pas dire « aime! », parce que l'acte d'amour n'est pas tant créé par un effort de la volonté, que par la bonté de son objet.

Avec cette idée, nous touchons aux fondations mêmes de l'anthropologie chrétienne, laquelle s'enracine en grande partie dans la tradition philosophique aristotélicienne. Mais c'est une idée qui trouve également de nombreuses occurrences dans les Saintes Ecritures. De nombreux exégètes ont travaillé sur cette question, montrant par exemple comment Dieu a construit, à travers les siècles, une relation sponsale avec le peuple hébreu et comment l'histoire de la Révélation n'est autre qu'une longue période d'apprivoisement.

Ce qui est important de comprendre, c'est que la tradition biblique, comme la tradition philosophique, aboutissent clairement à la même idée, à savoir que la vie spirituelle est un cheminement, qui implique un acte de liberté de la part du sujet. Ce cheminement, qui est infiniment respectable, est en effet la véritable raison d'être de la vie religieuse.

Cependant, il apparaît aujourd'hui que dans un certain nombre de groupes religieux dans l'Eglise, ce processus d'apprivoisement a été complètement éliminé. Or, si vous supprimez ce processus, la vie religieuse perd tout son sens, et c'est là que se trouve la menace des déviances sectaires. Lorsque la vie religieuse perd ses propres moteurs, certains fondateurs avec des véléités de gourou, utilisent d'autres moyens pour maintenir leurs membres loyaux, et pour faire grandir leurs communautés, à savoir:

  • Un usage abusif de la culpabilité pour créer une atmosphère de contrainte et de coercition.
  • Un usage abusif de la foi chrétienne, laquelle devient en fait une forme d'idéologie coercitive.

Culpabilité et idéologie: voici les deux moteurs de substitution qui se trouvent derrière les déviances sectaires de ces faux groupes religieux.

Quelques mots sur la culpabilité

Permettez-moi d'illustrer rapidement la conférence précédente, avec quelques exemples provenant de mon expérience personnelle:

- En six ans de vie dans la Légion du Christ, je n'ai jamais entendu parler de discernement, amis seulement de « persévérance finale »

- A travers les conférences, les retraites, les homélies, les enseignements, on vous assène l'idée que Dieu vous a choisi de toute éternité pour accomplir cette mission particulière, que bien sûr vous êtes le seul à pouvoir accomplir. Si vous décidez de ne pas accomplir cette mission, alors vous mettez en jeu votre salut éternel.

- Quatre fois par jour, un légionnaire doit faire un examen de conscience: le premier durant les prières du matin, pour réviser ses engagements de réforme de vie humaine et spirituelle. Le second, après la méditation du matin, pour examiner sa prière. Le troisième, avant le déjeuner, afin d'examiner combien de péchés il a commit depuis son dernier examen de conscience. Et le quatrième, pendant les prières du soir.

- Tous les dimanches, le légionnaire doit faire un examen de conscience par écrit, qui dure une demi-heure. Voici un exemple des questions que l'on peut trouver dans le manuel des examens de conscience:

« Ai-je eu des doutes sérieux sur ma vocation? Sont-ils fréquents? Quand cela arrive, en suis-je arrivé à me dire que je n'avais pas la vocation? Ai-je consenti à cette pensée? »

Comme vous pouvez les voir, dans la Légion du Christ, le simple fait de s'interroger ou d'avoir des doutes... est déjà un péché.

- Quand un religieux prend la décision de quitter la Légion, il doit quitter sans dire au revoir à ses compagnons, même s'il a passé 20 ou 30 ans dans la congrégation. Il s'en va un jour où la communauté est sortie, si bien que lorsque la communauté revient au centre, les autres membres découvrent que le frère untel a disparu... Personne ne vous donnera aucune information officielle. Et bien sûr, vous n'êtes pas autorisés à parler du départ d'un confrère.

Ainsi – et je peux le dire pour être passé à travers cette humiliation quand j'ai quitté la Légion – le halo de terreur, de phobie et de honte qui entoure cette décision est tellement violente, que vous finissez par vous mentir à vous-même, et que vous finissez par vous accrocher maladroitement à n'importe quel argument pour vous auto-justifier.

Le second moteur: Quand la foi devient une idéologie

Dans l'atmosphère des groupes religieux catholiques, l'utilisation abusive de la culpabilité provoque un nombre incalculable de traumatismes dans la psychologie des adeptes: anxiété, phobies, blessures spirituelles, frustrations... Aussi, c'est sans doute l'aspect de la déviance qui est la plus visible.

Mais la culpabilité ne suffit pas, parce qu'elle est aveugle. Le second moteur procède d'une idéologisation de la foi, laquelle agit sur la volonté, en la fanatisant.

Permettez-moi de poser immédiatement une distinction fondamentale: la foi chrétienne n'est précisément pas une idéologie, mais une adhésion du coeur et de l'esprit à une personne, et non à une idée. Une adhésion qui implique une forme d'abandon, de lâcher prise.

Maintenant, j'aimerais vous montrer comment, dans la Légion du Christ, la spiritualité et la discipline religieuse, non seulement ne laisse aucune place pour un cheminement personnel, mais va même jusqu'à détruire finalement les aspirations spirituelles des croyants.

  • Dans un premier temps, je vais analyser le problème de l'idéologie en tant que telle: comment une idéologie peut-elle exister au sein de l'Eglise Catholique?
  • Ensuite, je vais expliquer comment cette idéologie est appliquée dans les centres de la Légion.
  • Enfin, je traiterai des conséquences de ces abus: l'impact d'une idéologie destructrice sur la vie spirituelle.

1- L'idéologie en tant que telle: comment une idéologie peut-elle exister à l'intérieur de l'Eglise Catholique?

Par idéologie, je veux dire une façon de pensée simpliste, qui a réponse à tout et qui sépare le monde en deux camps: les bons, d'un côté (nous); Les ennemies de l'Eglise, de l'autre. Un discours sans aucune nuance, écrit à la tronçonneuse.

Dans la Légion, l'objet de la foi est désincarné et devient un sorte d'idéal menaçant: il s'agit « d'établir le Royaume du Christ ». Voici quelques extraits de lettres du père Maciel, qui vous permettront de percevoir le genre de sémantique littéraire dans lequel baigne les légionnaires toute la journée.

(Au passage, je fais une parenthèse: il y a encore un débat pour savoir si les lettres du père Maciel peuvent être encore lues, certains affirmant que malgré ses faiblesses, ses oeuvres sont « miraculeusement » bonnes. Pour votre information, nous savons aujourd'hui que le père Maciel était un pervers narcissique, psychopathe, violeur, pédophile, bisexuel, incestueux, criminel, morphinomane, plagiaire, intriguant, manipulateur, charlatan, escroc, voleur, sacrilège et apostat. D'autres adjectifs apparaitront peut-être plus tard.)

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« Je l’ai toujours rêvée ainsi : comme un instrument fort, invincible devant les ennemis de Dieu. » (CNP 24 décembre 1957)

« Là se trouve l’originalité et l’apport de la Légion à la spiritualité religieuse et sacerdotale (...) : UN NOUVEAU TYPE d’homme, de religieux, de prêtre et d’apôtre. Le légionnaire, tel que je l’ai toujours conçu, homme qui s’oppose à l’orgueil, à l’avarice et à la luxure, homme qui vit polarisé par la mission que le Père céleste lui a confiée : établir le Règne du Christ dans le monde » (CNP 3 janvier 1976)

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Ce qui est étrange, c'est que ce genre de discours ne correspond pas du tout à l'enseignement traditionnel de la foi chrétienne. Jésus n'a jamais appelé ses disciples à conquérir un Royaume sur la terre. Au contraire: lorsque le peuple a essayé, un jour, de se saisir de lui pour en faire son roi, il s'est échappé! (Jn 6,15) Quand Pilate l'interroge à propos de son royaume, il répond: « Mon royaume n'est pas de ce monde. » (Jn 18,36). Jésus n'a pas parlé d'un royaume terrestre, mais du royaume des cieux. Il compare le ce royaume des cieux à un grain de moutarde qui devient un arbre immense, pour montrer que, sur terre, ce royaume n'est qu'une graine qui commence à peine à germer, et qui ne trouvera sa plénitude qu'au ciel.

La spiritualité de la Légion du Christ ne laisse aucune place pour le discernemnet spirituel. C'est une spiritualité binaire, noire ou blanche. Aucune nuance de gris n'est acceptée. Vous devez accepter Jésus comme votre Seigneur, et ensuite vous écraser devant sa divine volonté (que la Légion, bien sûr, représente pour vous sur Terre). Point barre.

2- Comment cette idéologie est-elle appliquée dans les centres de la Légion?

La vie dans la Légion est la projection d'un fantasme que Maciel avait rêvé de créer sur terre. Après avoir personnellement établi les principes de la vie parfaite, Maciel a enseigné ses disciples que leur cheminement vers la sainteté consistait à vivre dans ce monde parfait. Il n'y a pas de place pour le doute. Pas de place pour le discernement. Pas de place pour penser différemment. Pas de place pour respirer à part. Selon cette vision, la sainteté ne consiste pas dans l'expression d'une décision personnelle, et conduit même au contraire: le déni de soi, valeur suprême, afin de se soumettre jusque dans les moindres détails au mode de vie du groupe.

Plus vous renoncez à vous-même, plus vous êtes saint.

Mais nous ne pouvons pas vivre sur terre, comme si nous étions déjà au ciel. En fait, cette tentative d'avoir une vie parfaite pourrait être une bonne image de l'enfer. Le Centre d'Etudes Supérieures de la Légion du Christ est l'incarnation de la vie parfaite imaginée par Maciel: tout est parfait. C'est un monde en soi, où tout est propre, beau, en ordre. Il n'y a pas besoin de sortir, puisque vous avez tout ce dont vous avez besoin à l'intérieur: même deux piscines, un cabinet de dentiste et une station d'essence. La vie dans la Légion est pensée comme le mécanisme d'une horloge...

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C'est comme si on utilisait l'échelle de Jacob pour construire la tour de Babel! (Macha Chmakoff, Le Divin et le divan)

Si un jour, vous avez l'occasion de visiter un centre de la Légion du Christ, vous risquez d'être très surpris, et impressionnés par la beauté du lieu, la gentillesse des membres et le sentiment que tout est propre et bien rangé.

Mais derrière la scène, ce monde merveilleux n'est rendu possible que grâce à des milliers de normes et de règles, ainsi que grâce à un système répressif, encourageant la surveillance mutuelle et la délation.

Les Légionnaires suivent un rythme de vie complètement fou, et toutes leurs activités quotidiennes font l'objet d'une législation allant jusque dans les moindres détails:

Comment s'assoir, se tenir, marcher, sourire, saluer un invité... Tout est réglé par des normes, petites, nombreuses et précises. Ainsi, les légionnaires n'ont pas le droit de monter des marches deux par deux; Ils n'ont pas le droit de courir avec leur soutane; Quand ils se mettent à table, ils doivent s'assoir par la gauche, et se lever par la droite; Ils n'ont pas le droit de piquer les frites avec la fourchette; Ils n'ont pas le droit d'enrouler les spaghettis autour de la fourchette, ni de peler une orange avec leurs doigts. Toutes, toutes, toutes leurs actions sont prédéfinies par des milliers de règles.

La vie quotidienne dans la Légion du Christ est tellement exigeante, et l'atmosphère de surveillance si contraignante, que les relations entre les légionnaires deviennent très vite purement formelles. Vous savez très bien que ce frère souriant avec qui vous discutez pendant un temps de récréation... peut être celui qui vous dénoncera si vous faites la moindre erreur ou si vous faites la moindre critique sur la Légion ou sur l'un de vos supérieurs.

Permettez-moi de vous raconter cette petite anecdote (parmi tant d'autres!): après mon noviciat, je me suis rendu en Espagne pour faire mes Humanités Classiques. Je n'avais pas vu de film depuis que j'étais entré dans la Légion, deux ans plus tôt. C'est pourquoi je me suis beaucoup réjouis lorsqu'on nous a annoncé qu'on allait voir notre premier film, car j'aimais beaucoup le cinéma. Mais le film était un navet, un film commercial avec des dialogues plats et sans intérêt. Bref, j'étais très déçu... et même un peu agacé d'avoir été obligé de regarder ce mauvais film jusqu'au bout. Dans la soirée, lors d'une conversation avec quelques frères, j'ai pris la parole pour leur partager ma déception. Le jour suivant, j'étais convoqué par le recteur du centre, car en critiquant le film, j'avais remis en cause le jugement d'un supérieur. Et le cher frère avec qui j'avais discuté avait eu la bonté de me dénoncer. Pour mon bien, bien sûr.

Dans tous les cas, les Légionnaires ne sont pas autorisés à avoir des amitiés particulières entre eux, et encore moins à partager leurs problèmes personnels avec leurs confrères.

Quand je me suis rendu à Rome, dans l'énorme centre d'Etudes Supérieures, entouré par plusieurs centaines de frères, je ne me suis senti perdu et seul, désespérément seul.

J'étais entré dans la vie religieuse avec l'illusion de créer des liens avec Dieu, et avec mes frères... Mais la Légion m'a conduit dans un processus d'isolement, éliminant toutes formes de liens, y compris d'avec Dieu.

3- L'impact d'une idéologie destructrice sur la vie spirituelle

Le système totalitaire légionnaire, tellement séduisant et fascinant de l'extérieur, n'est rien d'autre qu'une machine à broyer les personnalités et à générer des frustrations. La perversité du système est évidente dans le fait que plus vous priez, plus vous vous éloignez de Dieu – une étrange contradiction que j'ai observé à travers de nombreux témoignages.

Mais comment une telle chose est-elle possible? Comment une congrégation religieuse peut-elle vous éloigner de Dieu?

La vision de Dieu et de sa miséricorde est détournée par le fait que le système de la Légion vous induit à devoir admettre que Dieu a un chemin de vie tracé à l'avance pour vous, qui ne souffre aucune alternative. Une telle chose signifie, en fait, que Dieu ne s'intéresse pas vraiment à vous, ni ne vous aime « pour vous-même ». D'une certaine façon, vous n'êtes qu'un moyen, un simple instrument entre ses mains. Et son amour est conditionné au fait que vous acceptiez ce modèle de vie coercitive et inhumaine.

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Notre représentation de Dieu est ternie à cause de cela. Qui est ce Dieu qui veut que je souffre comme cela? Qui est ce Dieu qui veut que je prie trois heures par jours, alors que je manque de sommeil et que j'ai une terrible migraine? (Si vous avez une migraine, dans la Légion, on vous invitera à « offrir votre souffrance », plutôt que d'aller vous reposer). Qui est ce Dieu qui veut que je suive, jour après jour, cette méthodologie de prière tellement arride, dans laquelle je ne me retrouve pas? Pourquoi, alors que je ne vois rien de bon dans cette vie religieuse, mes supérieurs m'assurent-ils, parfois sous le ton de la menace, que j'ai une vocation aussi grosse qu'une cathédrale?

La prière, qui est le lieu de la rencontre avec Dieu, devient le lieu d'un amour forcé. En d'autres termes, on peut parler d'un viol.

Vous savez que quand une femme est victime d'un viol, elle souffre ensuite tout le reste de sa vie avec cette blessure psychologique, car le simple fait d'avoir une relation sexuelle ravive en elle le souvenir de son agression. Le lieu même de l'amour et du don de soi, devient le lieu de la haine et de la destruction de soi.

Il y a quelque chose d'obscène dans la méthodologie de prière de la Légion du Christ, car il n'y a aucune place pour quelque forme d'originalité ou de spontanéité. Tout est déjà écrit dans le manuel de prières. Alors que la prière est le lieu de la rencontre avec Dieu, un telle méthodologie, aussi sèche et précise, efface toute forme de poésie. C'est un peu comme si, avant de faire l'amour avec une femme, vous deviez suivre point par point un manuel vous expliquant comment accomplir correctement la relation sexuelle. Je pense que vous serez d'accord avec moi pour dire que ce n'est pas très excitant.

Conclusion

Après avoir été apprivoisé par le petit prince, le renard lui transmet un secret. J'aimerais partager avec vous ce très beau passage:

Le petit prince s'en fut revoir les roses, comprit que la sienne était unique au monde, puis il revint vers le renard.
« Adieu » dit le Petit Prince
« Adieu » répondit le renard. « Voici mon secret. Il est très simple : On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux. »
« On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux » répéta le petit prince, pour être sur de s'en souvenir.
« C'est le temps que tu as passé avec ta rose qui rend ta rose si importante »
« C'est le temps que j'ai passé avec ma rose » dit le petit prince, pour être sur de s'en souvenir.
« Les hommes ont oublié cette vérité », ajouta le renard. « Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable, pour toujours, de la rose que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose... »
« Je suis responsable de ma rose », répéta le petit prince pour être sûr de s'en souvenir.

Le secret du renard est peut-être la véritable solution au problème. Depuis le début de son histoire, la Légion du Christ, tel un mauvais virus, a toujours réussi à mettre en échec le système immunitaire de l'Eglise. Aujourd'hui, la Légion est devenue omni-présente au Vatican. Certains postes de la plus haute importance ont été confiés à des légionnaires du Christ. Pensez par exemple qu'aujourd'hui l'information au Vatican est pratiquement entièrement contrôlée par la Légion du Christ.

Depuis 2001, chaque année, la Congrégation pour les Evêques organise une semaine de formation pour tous les nouveaux évêques du monde entier. Le cardinal Giovanni Battista Re voulait que cette session ait lieu dans le centre des légionnaires « pour qu'ils voient! ». Voilà ce que les plus hautes autorités de l'Eglise catholique ont décidé de mettre en avant: « Regardez la Légion: voilà ce que nous voulons pour l'Eglise! ».

Comment en sommes-nous arrivé là? Pourquoi l'Eglise continue-t-elle aujourd'hui, à refuser d'ouvrir les yeux sur les gravissimes déviances sectaires de la Légion du Christ?

Une Visite Apostolique a été entreprise il y a maintenant deux ans, et nous avons tous espéré que cela mettrait fin au cauchemar. Mais encore une fois, nous avons découvert que les conclusions de la Visites avaient été décidées avant la visite elle-même. Et nous pouvons prouver cela.

Le piège de la Légion, c'est qu'elle a été pensée par son fondateur pour être une machine à séduire, à mettre de la poudre aux yeux, à impressionner. Mais ce n'est qu'une façade trop décorée... sans rien derrière.

Si vous voulez comprendre le vrai problème de la Légion du Christ, il vous faudra fermer les yeux, et vous souvenir du conseil du renard: « On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux ». 1998__Visite_de_JPII_au_CES_Via_Aurelia_Antica.gif