La Légion du Christ peut-elle être rénovée?
Par Xavier le mercredi 9 février 2011, - Lien permanent
par Richard Gill
Une lettre très intéressante du père Richard Gill vient d'être publiée
sur le site de Sandro
Magister. Ce prêtre, qui a servi pendant 29 ans dans la LC, et qui a eu
notamment des responsabilités importantes aux Etats-Unis, a quitté l'année
dernière la congrégation. Il expliquait les motivations de sa décision dans une
lettre que nous avions publié
sur ce blog en janvier 2010.
La nouvelle analyse du père Gill a les avantages et les défauts de sa
sortie récente: d'un côté, il est très informé de la situation exacte et donne
quelques éléments concrets qui en disent long sur la véritable volonté de
réforme des supérieurs actuels de la congrégation. De l'autre, comme le
faisaient remarquer quelques internautes sur le blog life-after-rc, ses
suggestions dénotent peut-être une certaine naïveté, comme s'il n'avait pas
encore pris conscience de toute la perversité du système. Le temps fera son
travail.
Il y a un peu plus d’un an, j’ai décidé que je ne pouvais plus, en
conscience, continuer à faire partie des Légionnaires du Christ et j’ai
entrepris des démarches pour être incardiné dans le diocèse de New-York en tant
que prêtre diocésain. Les révélations concernant la sordide double vie de
l’homme qui avait créé la Légion du Christ, feu le P. Marcial Maciel, sont bien
connues. Sa vie marquée par un comportement sexuel déviant, par de la
corruption, par de mauvais traitements, par l’abus de la confiance de plusieurs
papes, a fait naître de sérieux doutes quant au fait qu’un authentique charisme
ait pu être transmis par un tel homme. Ces questions sont encore largement sans
réponses à l’heure actuelle. Bien que le Saint-Siège ait fait un effort
extraordinaire et impliqué un grand nombre de gens dans la réforme la Légion au
cours des années à venir avec l’espoir de la sauver, un groupe d’enquêteurs du
Vatican a parlé de Maciel comme d’un “homme dépourvu de sentiment religieux” et
le Saint Père lui-même l’a qualifié de “faux prophète”. Il n’est pas
exagéré de dire que Marcial Maciel a été, de loin, le personnage le plus
méprisable de l’Église catholique au vingtième siècle et qu’il a fait plus de
tort à la réputation de celle-ci et à sa mission d’évangélisation que n’importe
quel autre dirigeant de l’Église pris individuellement.
Mais ce qui pesait sur moi encore plus que les scandales dont le P.
Maciel s’était rendu coupable, c’est le fait que les actuels dirigeants de la
Légion, une fois qu’ils en ont été informés, n’ont pas agi ou qu’ils ont agi
d’une manière telle qu’ils ont constamment induit les Légionnaires en erreur.
Ils ont cherché à maintenir une unité extérieure au détriment de la confiance,
de l’honnêteté, des réformes nécessaires et de la transparence. À la suite des
révélations à propos de Maciel, ils se sont systématiquement efforcés de nier
et de minimiser les faits relatifs au P. Maciel, manifestant ainsi une attitude
profondément troublante de paternalisme vis-à-vis de leurs propres religieux.
C’était comme si les prêtres et religieux n’avaient pas eu le droit d’être
informés d’affaires graves ayant un impact sur leur avenir, leur liberté et le
don de leur vie à la Congrégation. J’en suis venu à admettre que ce type de
comportement était le fruit d’une culture interne créée par le P. Maciel et
extrêmement difficile à changer, même avec l’assistance du
Saint-Siège.
J’écris maintenant comme quelqu’un qui est à l’extérieur et observe ce qui
se passe, mais, bien évidemment, je continue à m’intéresser vivement aux
Légionnaires parmi lesquels j’ai servi pendant 29 ans. Les Légionnaires de ma
génération et de celle qui a suivi étaient des jeunes gens idéalistes qui
voyaient dans la Légion une grande force capable de contribuer au
renouvellement de l’Église et de collaborer avec le pape Jean-Paul II au
nouveau printemps de l’évangélisation. Ce dans quoi nous nous étions engagés,
motivés par un zèle authentique et par une espérance juvénile, s’est avéré une
accablante démonstration du côté humain de l’Église, qui a laissé beaucoup
d’entre nous très profondément désabusés. J’espère sincèrement que le projet de
réforme va réussir, parce que je sais par expérience que la Légion compte un
grand nombre de prêtres pleins de talent, intelligents, actifs et saints, qui
ont beaucoup à apporter à l’Eglise s’ils sont correctement dirigés.
En dépit des efforts faits pour aller de l’avant comme si tout était normal,
la situation au sein de la Légion est compliquée et divisée. Environ 70 prêtres
sur plus de 800 ont quitté la Congrégation. Parmi ceux qui sont restés,
certains espèrent de manière passive que le Vatican va simplement dicter à la
Légion le chemin à suivre. D’autres désirent sincèrement une réforme, mais ils
ne font aucunement confiance aux supérieurs actuels. Les supérieurs ont
découragé la discussion ouverte sur les questions à débattre en se référant à
la nécessité d’être charitables et miséricordieux envers Maciel. Il
reste beaucoup d’ignorance à propos de ce qui s’est passé et des raisons pour
lesquelles le scandale a perduré pendant tant de décennies. L’obéissance,
fondée sur l’idée que pour les Légionnaires un supérieur représentait la
volonté de Dieu, est devenue pour beaucoup d’entre eux une tension et un
malaise. Beaucoup ont fini par se rendre compte que la direction spirituelle
dynamique qui est nécessaire dans une telle crise a fait et continue à faire
gravement défaut.
Les vocations ont chuté vertigineusement dans des endroits comme les
États-Unis. Les opérations de collecte de fonds ont été gravement affectées, ce
qui a conduit à la décision de vendre un certain nombre de biens d’une grande
valeur et de se décharger d’apostolats importants afin que la Légion puisse
assurer le remboursement de ses lourdes dettes. La situation est très semblable
en Espagne, où les vocations sont très peu nombreuses depuis plusieurs années
et où, actuellement, la Légion est également aux prises avec de graves
difficultés financières et se trouve contrainte de vendre des écoles et
d’autres biens pour financer ses activités.
Le cardinal De Paolis, nommé délégué du Saint Père en juillet dernier, a
jusqu’à maintenant avancé avec lenteur dans le processus de réforme, qui en est
encore à ses étapes initiales. Dans une conférence qu’il a donnée aux
Légionnaires à Rome le 3 janvier, il a présenté les grandes lignes d’un
processus de révision des constitutions de la Légion élaboré par une commission
composée de ses assistants et de plusieurs prêtres Légionnaires. De Paolis a
insisté sur le fait que ce travail serait fait à un rythme mesuré et
s’étendrait sur trois années, couvrant en 2011 “l’identité et la spiritualité”
de la Légion, puis en 2012 le système de formation, et enfin en 2013 le
gouvernement et l’administration de la Légion. Après cela viendra probablement
le temps de la rédaction des nouvelles constitutions, de leur approbation par un Chapitre Général spécial
convoqué à cet effet et de l’approbation finale par le Saint-Siège. Il semble
que ce processus va durer jusqu’en 2014 ou 2015 au moins.
Le 1er février, la Légion a annoncé la constitution d’une “Commission
d’Assistance” de cinq personnes chargées de recevoir les plaintes des victimes
de Maciel et de faire des recommandations au cardinal De Paolis. Il y aura
bientôt une autre commission chargée d’étudier les finances de la Légion. Un
quatrième champ de travail est celui de la Visite Apostolique aux hommes et
femmes consacrés de Regnum Christi, qui est actuellement en cours avec l’évêque
espagnol Ricardo Blasquez.
De Paolis a insisté pour que chaque Légionnaire prenne part au processus de
révision des constitutions et qu’il le fasse dans un esprit de dialogue et de
respect fraternels. Il est difficile d’exagérer l’énorme changement de modèle
que cela représente pour les Légionnaires, puisqu’il était admis que la
constitution de Maciel exprimait la volonté de Dieu en détail. Le cardinal De
Paolis a renversé cette croyance des Légionnaires et il leur demande de prendre
la responsabilité de remodeler la Légion sous sa direction. Le P. Maciel étant
complètement discrédité aux yeux de De Paolis et ne constituant en aucune
manière un point de référence pour l’avenir, personne ne peut prédire avec
certitude quelle nouvelle forme va prendre la Légion.
La manière dont le cardinal De Paolis aborde le problème montre que le
Vatican a beaucoup réfléchi au processus. L'an dernier une tentative
des supérieurs de la Légion pour qu’il donne très rapidement son approbation à
une version révisée de la constitution a été immédiatement rejetée. Il
y a beaucoup à dire en faveur d’un délai plus long pour réaliser les réformes
nécessaires, dans la mesure où le
cardinal ne s’occupe pas simplement de détails techniques juridiques
permettant à la Légion de mieux se conformer au droit canon, mais d’un
changement complet de culture interne. Un tel changement, dans n’importe quelle
organisation existant depuis soixante-dix ans et comptant des milliers de
membres, demande du temps, de la réflexion et de l’assimilation.
En dépit de ces signes positifs, plusieurs difficultés se manifestent dans
la manière dont le cardinal aborde actuellement le problème, à savoir
:
1. La Légion comme “œuvre de Dieu”
Dans sa lette du 19 octobre 2010 aux Légionnaires qui a marqué le début de
son travail en concertation, le
cardinal a écrit que la Légion était une “œuvre de Dieu”. Il n’a
pas expliqué en quel sens c’était une œuvre de Dieu, ni comment Dieu avait
utilisé un homme comme Maciel. Apparemment il s’agissait pour lui d’un point
acquis. L’une des principales difficultés créées par cette concession
est que, pour les “macielistes” loyaux, cette expression est riche de sens.
Parce que, pour Maciel lui-même, qui appelait sans cesse la Légion une “œuvre
de Dieu”, elle signifiait que chaque détail des constitutions et des règles
était inspiré par le Saint-Esprit et ne pouvait pas être remis en question.
Une telle concession de langage prématurée a été une grave erreur, à
cause de laquelle les Légionnaires ont plus de difficultés à comprendre qu’il
existe des points gravement défectueux dans la structure et dans la
spiritualité que Maciel a laissées derrière lui comme son
héritage.
Un tel langage élude également ce qui constitue un gros problème au cœur du
scandale : en quel sens y a-t-il un authentique “charisme” à la Légion du
Christ ? Affirmer simplement qu’elle est œuvre de Dieu ne la rend
pas telle, même si c’est le Délégué Pontifical qui le dit. Ce qu’il
faut, c’est expliquer comment un charisme valable, approuvé, peut exister à la
Légion malgré le P. Maciel.
Ce qu’il faudrait également éclaircir, c’est en quoi consiste précisément ce
charisme. Pendant la vie du P. Maciel il y a eu différentes versions à
différents moments, à cause du changement des expressions utilisées par Maciel
lui-même, comme “formation des leaders”, “ action très efficace”, “charité
évangélique”. Les Légionnaires étaient toujours passablement embarrassés de ne
jamais pouvoir être vraiment d’accord sur ce qu’était leur charisme, et encore
moins de l’expliquer aux autres. Pour dire les choses avec modération, la
Légion doit reconnaître qu’elle a vécu dans une grande ambigüité à ce
sujet.
On peut espérer que ce sujet sera, de la part des Légionnaires, l’objet de
longues prières mais aussi de discussions et d’efforts de discernement ouverts
et honnêtes. Il faudra consulter abondamment des experts en histoire de
l’Église, en théologie et en droit canon.
2. Enquête sur les origines et l’histoire du scandale
Une autre difficulté provoquée par le cardinal De Paolis est qu’il
semble avoir décidé de ne pas répondre positivement à ceux qui demandent, à
propos de l’ensemble du scandale Maciel, une enquête plus approfondie que celle
qui a été menée par les visiteurs apostoliques en 2009-10. Cette enquête a
largement consisté en interviews de Légionnaires actuels et a été concentrée
sur la détection d’irrégularités dans le mode de vie de la Légion. Elle n’a pas
abordé directement les faits relatifs au P. Maciel, ni le récit des abus
sexuels commis par lui sur des mineurs, ni le fait qu’il a entretenu au moins
deux maîtresses et trois enfants, ni les irrégularités financières dues à son
mode de vie. À plusieurs reprises le cardinal a indiqué clairement que sa tâche
était de superviser les efforts de réforme plutôt que de faire un travail
judiciaire supplémentaire.
La question plus générale qui se pose est celle de la nécessité de faire
toute la lumière sur l’histoire de la Légion et de Maciel. Ni la Légion ni le
Vatican n’ont fait une enquête approfondie qui apporte des réponses à des
questions comme celles qui suivent :
Comment le P. Maciel a-t-il pu être reconduit comme supérieur
général en 1959, après avoir été suspendu pendant les 2 ans et demi que dura
une enquête menée par le Vatican à propos de sa conduite ? Les accusations
lancées contre lui à cette époque se sont toutes révélées vraies. Il fut
autorisé à revenir, s’adonna de nouveau à des abus sexuels et continua à mener
une vie immorale, allant jusqu’à devenir père d’enfants, tout en restant
supérieur général jusqu’en 2005.
Comment a-t-il réussi à obtenir du pape Paul VI, en 1965, un Décret
de Louange pour sa congrégation ?
Qu’y a-t-il derrière la disparition matérielle de Maciel de la
Congrégation pendant près d’un an à la fin des années 70 ? Pourquoi les
autres dirigeants de la Légion n’ont-ils rien fait ? On a découvert que
l’un de ses enfants était né pendant cette période. Maciel disparaissait
régulièrement pendant des semaines ou un mois sans que personne ne pose de
questions.
Comment a-t-il pu mener une double vie pendant plusieurs décennies,
avoir au moins trois enfants de deux maîtresses sans que personne ne remarque
rien ou ne devienne son complice ?
Puisque les supérieurs de la Légion savaient en général qu’il était
rare que Maciel dise la Messe, récite le bréviaire ou prenne part à des
retraites, comment se fait-il que personne n’ait pris garde à ces signaux
d’alarme ? Comment se fait-il que personne n’y ait vu le signe d’une vie
spirituelle faible, comme on l’aurait fait pour n’importe qui d’autre
?
Comment les constitutions de la Légion - dont on reconnaît
aujourd’hui les graves défauts et les contradictions avec le droit canon et qui
sont en cours de révision - ont-elles pu être approuvées en 1983 sous la
direction du cardinal Pironio, ancien préfet de la congrégation pour les
religieux ?
Comment un homme tel que Maciel a-t-il pu entrer en contact avec le
pape Jean-Paul II et le tromper pendant de nombreuses années
?
Comment peut-on expliquer que les cardinaux Angelo Sodano, ancien
secrétaire d’état du Vatican, et Franc Rodé, ancien préfet de la congrégation
pour les religieux, aient constamment défendu Maciel et qu’ils aient encouragé
les Légionnaires à le tenir en haute estime, même après que la congrégation
pour la Doctrine de la Foi l’eut blâmé avec l’approbation du Saint Père en 2006
?
Que penser de la culture interne du Vatican quand on apprend qu’en
2004, à l’occasion de ses 60 ans de sacerdoce, Maciel reçut les félicitations
du cardinal Sodano alors même qu’il faisait l’objet d’une enquête de la
congrégation pour la doctrine de la foi dirigée par le cardinal Josef Ratzinger
?
Comment se fait-il que les supérieurs de la Légion aient pu
promulguer à l’usage des Légionnaires une version des statuts de Regnum Christi
différente de celle qui avait été approuvée en 2004 par le cardinal Rodé
?
Tant que le mystère du P. Maciel, de ce qu’il a fait et comment, n’aura pas
été convenablement éclairci, beaucoup de gens douteront de la pertinence de
quelque réforme que ce soit. On continuera à se demander comment les
Légionnaires et les dirigeants du Saint-Siège ont pu être conquis à un tel
point par cet homme, pourquoi personne au sein de la congrégation n’a jamais
fait d’objections ou, si quelqu’un en faisait, pourquoi on n’en tenait pas
compte. Qu’y avait-il dans la culture interne de la Légion pour que des hommes
par ailleurs très intelligents aient pu être ainsi trompés ? Et l’on ne
voit pas très bien comment le Vatican va pouvoir tirer de la débâcle de Maciel
les leçons nécessaires afin de se réformer lui-même à l’intérieur et d’éviter
que d’autres drames du même genre ne se produisent à l’avenir.
3. La question de la responsabilité
Une troisième point faible de l’actuelle façon de procéder est
qu’apparemment on ne se préoccupe pas de demander aux individus des comptes en
ce qui concerne leur rôle dans la dissimulation aux autorités de l’Église de ce
qu’ils savaient du comportement de Maciel, ou même en ce qui concerne leur
collaboration avec Maciel par une coopération formelle à ces crimes.
Il s’agit certainement d’un domaine complexe, en raison du pouvoir
psychologique et spirituel que Maciel exerçait sur beaucoup de gens. Le
communiqué publié le 1er mai par le Vatican affirme que la grande majorité des
Légionnaires n’était pas au courant de la double vie de Maciel, parce que
celle-ci était bien cachée. Mais certains Légionnaires qui étaient
membres de la Congrégation dès les années 40 et 50 ont reconnu qu’ils étaient
informés des abus sexuels commis par Maciel ou de sa toxicomanie et pourtant
ils ont inculqué le culte du fondateur aux jeunes Légionnaires qui croyaient
comme parole d’évangile leurs histoires relatives à l’héroïsme de
Maciel. Maintenant on sait que ces histoires étaient en grande partie
inventées par Maciel et par d’autres. Il y a un besoin urgent de mettre
au jour la véritable histoire de la Légion et de faire apparaître la
responsabilité de ceux qui ont déformé la vérité et induit en erreur des
générations de jeunes Légionnaires, sans parler du Saint Père et de l’ensemble
de l’Église.
Il y a par ailleurs un groupe de secrétaires privés et de
collaborateurs personnels qui, pendant des années, ont voyagé avec Maciel,
organisant ses déplacements et lui fournissant les fonds nécessaires pour ses
activités. Ce groupe doit certainement avoir une part de responsabilité dans la
dissimulation de la vie perverse de Maciel aux autres Légionnaires et aux
autorités de l’Église. Il ne faut pas se hâter d’adresser des blâmes, mais il
est tout à fait raisonnable de procéder à une enquête approfondie et de définir
les responsabilités personnelles.
4. Le besoin de nouveaux dirigeants
Le cardinal De Paolis, qui est maintenant délégué pontifical depuis
plus de huit mois, n’a pas encore démis de ses fonctions un seul supérieur de
la Légion. Pour la plupart d’entre eux, les mêmes supérieurs qui avaient été
nommés par Maciel et qui ont dirigé les tentatives visant à le couvrir après sa
condamnation par le Saint-Siège en 2006 sont toujours aux commandes.
Bien entendu, la culpabilité de chacun d’eux diffère de celle des autres et il
ne faut pas se livrer à trop de généralisations à leur sujet.
Toutefois, tant que ce groupe conservera le pouvoir, peu de membres de la
hiérarchie feront vraiment confiance à la Légion. Une objection de bon sens à
leur maintien au pouvoir est simplement que certains d’entre eux étaient
nécessairement informés, ou auraient dû être informés, du mode de vie du P.
Maciel. S’ils sont coupables sur le premier point, ils doivent être destitués
pour fraude. S’ils le sont sur le second point, ils devraient être écartés au
moins pour incompétence.
Des destitutions seront nécessaires pour rétablir une certaine confiance
dans la Légion. On peut en dire autant du rétablissement de la confiance chez
les Légionnaires qui y sont restés et qui espèrent des réformes. Pour la
plupart de ceux qui ont quitté la congrégation, la perte de confiance envers
les dirigeants a été la cause principale de leur départ.
5. Les entraves à un véritable dialogue
Le cardinal De Paolis a exprimé son souhait qu’il y ait des discussions
sincères et franches entre Légionnaires au sujet des problèmes auxquels ils
sont confrontés. Il existe des signes qui montrent que de telles discussions
commencent à avoir lieu et un porte-parole de la Légion a récemment déclaré
qu’elles commenceraient pour de bon en février et mars au niveau local et au
niveau territorial.
Cependant, les vieilles cultures ont du mal à mourir et tout le
monde sait à la Légion que des voix qui expriment de profonds désaccords sont
encore régulièrement marginalisées. Certains membres de la Congrégation ont été
mutés dans des postes lointains, d’autres on été menacés. Les supérieurs se
préoccupent encore d’empêcher les dissidents de s’organiser.
Parmi les pratiques de la Légion, l’une des plus controversées a été
le contrôle très étendu, par les supérieurs, de toutes les correspondances
écrites, qu’elles soient envoyées par la poste ou électroniquement. La Légion a
récemment commencé à installer sur tous ses ordinateurs des logiciels espions
très efficaces pour contrôler tous les e-mails et toutes les connexions
internet des Légionnaires.
Il est difficile de dire jusqu’à quel point le cardinal est conscient de ces
agissements, mais en plus d’une occasion il est intervenu pour empêcher les
supérieurs de déplacer de manière injuste certains Légionnaires qui avaient
exprimé leur désaccord. Cependant, sa récente lettre a montré clairement qu’il
ne voulait pas se laisser entraîner à contrôler tous les faits et gestes des
actuels dirigeants et qu’il demandait aux religieux ayant des plaintes à
formuler de les adresser aux supérieurs de la Légion plutôt qu’à lui. Mais
beaucoup de Légionnaires, n’ayant pas un accès plus facile au cardinal ou à ses
quatre assistants, vont se sentir désarmés face à d’éventuels abus de pouvoir
et ils n’oseront pas parler.
Une autre action à envisager serait de faire participer au dialogue ceux qui
ont quitté la Légion à cause des scandales. Leur point de vue de Légionnaires
qui ont été longtemps loyaux mais se sont sentis obligés de partir ces
dernières années pourrait ajouter de l’objectivité et éviter à la Légion
d’avoir une vision trop limitée des problèmes.
6. La difficile question de la culture
Enfin il y a une question difficile, qui est bien perçue par la plupart des
Légionnaires qui ne sont pas originaires de pays latino-américains. C’est de
savoir jusqu’à quel point une “mentalité latino”, faute d’un terme plus adapté,
imprègne la Légion. Cette mentalité fait apparaître des points de friction avec
la manière européenne ou anglo-saxonne de vivre la foi catholique. La plupart
des congrégations internationales acceptent une bonne dose de diversité dans
l’expression et les coutumes. Mais, en raison du goût obsessionnel de Maciel
pour l’uniformité et l’unité partout dans le monde et pour un seul ensemble de
règles pour tous, les différences nationales et culturelles étaient réduites au
minimum. Les frictions existantes n’ont jamais été sérieusement affrontées, ni
même reconnues.
Cependant, les erreurs tragiques et la tromperie qui se sont
manifestées dans la manière de faire face au scandale démontrent que l’équipe
dirigeante, largement mexicaine, se souciait beaucoup moins de connaître les
faits, de les révéler, de faire connaître simplement la vérité et d’affronter
les conséquences. Culturellement, les Latinos ont tendance à être plus
tolérants vis-à-vis de l’inconduite, de la corruption et de la malhonnêteté. Il
est maintenant clair que les dirigeants n’ont pas jugé que les membres de la
congrégation eussent effectivement le droit de connaître la vérité à propos du
mode de vie du fondateur et qu’ils l’ont tenue cachée. Tant que Maciel a été au
pouvoir, cette attitude était simplement considérée comme un sous-produit d’un
système strictement hiérarchique ; maintenant elle irrite beaucoup de gens
qui y voient une forme grossière de paternalisme.
Ce n’est pas un hasard si les Légionnaires les plus indignés par les
dirigeants sont plutôt les Américains et les Espagnols, les deux nationalités
qui comptent le plus de membres après les Mexicains. Les vocations ont
chuté fortement dans les deux pays, comme dans le reste de l’Europe. En ce qui
concerne les départs pour rejoindre le clergé diocésain, la grande majorité a
été le fait d’Américains et d’Espagnols. La Légion, qui était naguère fière de
son caractère international, est aujourd’hui confrontée au risque très réel de
n’être plus qu’un ordre principalement mexicain.
Il est temps de prendre acte du fait qu’une bonne partie de ce que
Maciel présentait comme “inspiré par Dieu” était plutôt le fruit des limites et
des défauts de sa culture.
Trouver moyen de donner de l’autonomie aux divers territoires, moins
insister sur la notion d’“unité monolithique” tellement défendue par Maciel et
introduire une saine volonté de vérité et de responsabilité : autant
d’objectifs qui peuvent paraître évidents mais qui, s’ils sont possibles,
impliqueront des changements spectaculaires dans la vie et la culture de la
Légion du Christ.
Une autre possibilité serait la création d’une forme radicalement différente
de la congrégation, moins centralisée et plus autonome en ce qui concerne les
États-Unis, où elle pourrait adopter un style plus américain d’ouverture et de
transparence. Cela aurait été impensable tant que l’état d’esprit de Maciel
prédominait au sein de la congrégation, mais ce ne serait sûrement pas la
première fois que le Saint-Siège reconnaîtrait le besoin de flexibilité et
d’autonomie dans un ordre religieux qui doit travailler de différentes manières
dans différents pays.
Une telle solution pourrait permettre à la Légion américaine de regagner la
confiance de l’Église et de lui offrir un apport de valeur, ce que le Saint
Père souhaite de manière évidente.
Conclusion
Personne ne sait, pour le moment, si les interventions extraordinaires du
Saint-Siège vont amener un fort renouveau de la Légion. La plupart des ordres
religieux qui parviennent à se réformer eux-mêmes le font après une période de
déclin, en revenant au charisme d’origine et aux principes du fondateur
inspiré. Dans le cas de la Légion, le fondateur a été un “faux prophète” ;
on ne peut donc pas procéder de la sorte.
L’avenir de la Légion, si elle est destinée à survivre et à prospérer,
dépendra de sa capacité à trouver en elle-même des dirigeants spirituels
d’exception qui parviennent, avec l’aide du Saint-Siège et l’inspiration du
Saint-Esprit, à prendre ce qu’il y a de très bon dans la Légion et à exprimer
un nouveau charisme et une nouvelle vision pour l’avenir.
Il est tristement ironique que Maciel lui-même ait fait de ce point un thème
majeur de ses écrits et conférences destinés aux Légionnaires, à savoir, que
l’avenir de la Légion dépendait du leadership spirituel de ses cofondateurs.
Les Légionnaires disaient régulièrement une prière spéciale pour
“l’authenticité et la fidélité des cofondateurs”. Maciel voulait que les futurs
leaders spirituels soient scrupuleusement fidèles à son “inspiration” et à sa
constitution. Mais ces leaders spirituels doivent maintenant se manifester et
créer une Légion bien différente de celle qu’imaginait Maciel.
Si une telle direction ne se manifeste pas, la Légion court le risque d’un grave déclin et d’une disparition, ou d’une longue période de dérive sans perception claire de sa mission et sans grande influence. Ce dont elle a besoin, c’est de dirigeants courageux qui sachent se libérer de Maciel et créer un nouveau chemin pour aller de l’avant.
Commentaires
"La Légion du Christ peut-elle être rénovée?"
Mais comment voulez-vous que des gens parfaits puissent être encore plus parfaits? On ne peut pas faire plus parfait que ce qui est déjà parfait!
Donc, la Légion va simplement continuer à mentir à tout le monde, changer trois virgules dans ses Constitutions, tout en communiquant en interne que de toute façon, les changements ne changent rien à la spiritualité légionnaire, qui est parfaite et ne peut souffrir aucun changement.
Ah heureusement que la Légion existe pour sauver l'Eglise en ces temps de décadence morale!