Mon Directeur Spirituel me conseilla un jour de formuler au père Maciel la demande d'être relevé de mes voeux. Ce dernier en verrait la pertinence. J'ai donc écrit au père Maciel, vers la fin du mois de Juillet. Après quoi, je demandais régulièrement au père Oscar s'il avait reçu la dispense. Mais chaque fois, il me répondait la même chose: «Soyez patient, et priez».

Une semaine avant les exercices spirituels - au cours desquels j'étais censé prononcer le renouvellement de mes voeux - je me suis risqué à dire au père Oscar que je n'étais pas l'aise avec l'idée de renouveler mes voeux. Je pensais qu'il n'était pas juste de les renouveler, si je n'avais plus l'intention de les vivre. Il m'a dit que si je n'obtenais pas la dispense, il fallait que je renouvelle mes voeux, quitte à recevoir la dispense par la suite. J'étais choqué. J'avais 24 ans, mais comme j'étais entré dans la Légion à 13 ans, et que depuis, j'avais toujours vécu «l'obéissance aveugle» demandée aux légionnaires... j'ai accepté. Je suis allé à la messe de renouvellement, mais je n'ai pas participé activement à celle-ci. C'était seulement un stratagème pour éviter de provoquer un «scandale» parmi les autres frères.

Revenons à la dernière fois que j'ai vu le père Maciel... J'étais en train de nettoyer les jardins qui entourent l'université Regina Apostolorum, quand j'ai découvert un de ces énormes crapauds qu'on trouve beaucoup dans la région. Si vous n'en avez jamais vu, ils ont facilement la taille d'une main. Ils sont gros, et vraiment dégoutants. Le père Maciel venait d'arriver à l'Atheneum. J'ai attrapé le crapaud, et je l'ai amené avec moi vers le père Maciel. Je lui ai dit: «Hé, Nuestro Padre, comment allez-vous?». Et puis j'ai ajouté: «Regardez ce que je viens de trouver...» Je lui ai présenté le crapaud dans mes mains. Ce crapaud faisait facilement la taille des deux mains ensemble. Je trouvais que ma découverte est assez cool, mais le père Maciel réagit immédiatement en me montrant son dégout et son mécontentement. Il se retourna et s'en alla, d'un trait.

J'ai reçu ma dispense quelques jours plus tard! Le père Oscar m'a appelé à son bureau et m'a dit que le père Maciel était d'accord avec moi sur le fait que je n'avais pas la vocation... Mais que je ne devais en parler à personne, et garder cela pour moi. Je n'en avais plus rien à faire: je l'ai dit à tous ceux que j'ai pu.

On m'a dit, environ une semaine plus tard, que je devais faire mes valises et les apporter au milieu de la nuit dans le sous-sol du séminaire, là où sont garées les voitures, et les mettre dans le coffre d'une voiture (la vieille Ford Orion métallisée). Le jour suivant, alors que la communauté était à la messe (on m'avait dit de m'habiller avec mon clergyman), on m'a conduit à l'aéroport. Le frère Marcelo Cecato est celui qui m'a conduit. Sur la route, on a assisté à un grave accident, juste devant nous. Il y avait des gens blessés, allongés sur l'autoroute, mais nous avons continué...

Finalement, quand nous sommes arrivés à l'aéroport de Fiumicino, on m'a donné mes affaires et on m'a demandé d'aller me changer dans les toilettes de l'aéroport, pour ôter le clergyman.

Après avoir pris un café avec le frère Marcelo, et n'avoir en fait parlé de rien, j'ai embarqué dans mon avion de la ligne TWA, à la fois excité et anxieux, devant la nouvelle vie qui m'attendait!

J'ai récolté de l'argent pour une secte; J'ai cherché des vocations; J'ai toujours souri et je n'ai jamais partagé mes souffrances ou mes véritables sentiments, ni à ma famille, ni à des amis, parce que cela nous était interdit.

Il y a de bonnes personnes dans la Légion, mais ils sont pris dans les chaînes d'une «méthodologie» inhumaine, qui fait d'eux des robots, sans esprit et sans scrupules.

C'est pourquoi, demain, j'ai l'intention de m'assoir, de déclarer une «Primerissima» et de boire quelques bières pour célébrer la disparition de l'odieuse imposture du «guide efficace pour la jeunesse».