George Weigel et le blanchiment de l'histoire
Par Xavier le mercredi 12 janvier 2011, - Jason Berry - Lien permanent
Par
Jason Berry
NDT. Voici la seconde partie de l'article de Jason Berry, dans lequel il
s'attaque aux raisons qui, du côté du Vatican, ont permis à Maciel et à
d'autres de prospérer en toute impunité. Cet article ne reflète pas forcément
les opinions des personnes investies dans ce blog, mais a l'avantage de
soulever un certain nombre de questions. Dans cette seconde partie, Jason Berry
dénonce l'attitude paradoxale de George Weigel, le grand biographe de Jean-Paul
II, lequel est devenu très critique vis-à-vis des évêques qu'il accuse d'avoir
manqué à leur devoir, dans le traitement des affaires de pédophilie... et
pourtant, apparait comme l'un des artisans de l'omerta sur ces questions
pendant des années... Vous pouvez lire la version originale en langue anglaise
de cet article sur le site du National
Catholic Reporter
Analyse
George Weigel, biographe du pape Jean-Paul II et chef de file conservateur
au Centre d'Ethique de Washington ainsi qu'au Centre de Politique Publique, est
devenu récemment un critique de la Légion du Christ, après l'avoir soutenu
pendant des années et avoir rejeté les plaintes et les accusations contre son
fondateur, le père Marcial Maciel Degollado.
Parmi les conservateurs catholiques américains les plus célèbres qui ont
défendu Maciel en dénigrant ses accusateurs, Weigel est le seul à avoir fait
volte-face et à avoir demandé que des réformes urgentes soient faites dans la
congrégation.
Cependant, il continue à sortir de son chemin, comme il l'a fait pendant des
années, pour excuser Jean-Paul II de toute faute dans le scandale de la Légion.
C'est Jean-Paul II, plus que n'importe qui d'autre, qui a soutenu Maciel et la
Légion, et a donné à cette dernière la place qu'elle occupe dorénavant dans
l'Eglise.
«J'ai été profondément impressionné par le travail de la Congrégation des
Légionnaires du Christ aux Etats-Unis, au Mexique et à Rome,» écrivait Weigel
sur l'un des sites Internet de la Légion en 2002. «Si le père Maciel et son
charisme de fondateur doivent être jugés par les fruits de son travail, ces
fruits sont en effet très impressionnants.» C'est en 1997 que pour la première
fois des accusations contre Maciel ont été publiées. Dans l'article co-écrit
par l'auteur de cet article dans le Hartford Courant, neuf hommes,
interrogés aux Etats-Unis et au Mexique, ont accusé Maciel de les avoir agressé
en Espagne et en Italie pendant les années 40, 50 et 60. Plusieurs d'entre eux
affirmèrent que Maciel leur racontait qu'il avait reçu une permission spéciale
du Pape Pie XII pour avoir des massages intimes afin de le soulager de ses
douleurs physiques.
Plusieurs conservateurs catholiques américains, dont William Donohue, le
président de la Ligue Catholique et Deal Hudson, un militant politique, ont
défendu Maciel à cette époque. D'autres conservateurs ont offert leur soutien
au fondateur de la Légion: le père Richard John Neuhaus, Mary Ann Glendon
(ancienne ambassadrice des Etats-Unis près le Saint-Siège) ou encore Bill
Bennett (chroniqueur politique à CNN). Glendon, aujourd'hui professeur de droit
à Harvard, avait alors ricané devant ces «vieilles calomnies» et, dans une
lettre datée du 23 mai 2002, avait affirmé que Maciel était un homme «d'une
sainteté rayonnante».
Un mois plus tard, Weigel apportait également son propre soutien. Ironie de
l'histoire: ces deux prises de positions sont arrivées juste après la rencontre
de Jean-Paul II avec les cardinaux américains à Rome, qui avaient été convoqués
pour discuter de la crise des abus sexuels. Avec la couverture médiatique
portée sur les abus sexuels de prêtres, les responsables de la Légion ont
essayé de défendre la réputation de Maciel au milieu de la tourmente
d'investigations.
La défense de Maciel par des conservateurs catholiques a apporté une
couverture précieuse à Maciel, alors que la Légion se retournait contre ces
hommes mexicains et espagnols qui s'étaient avancés pour raconter qu'ils
avaient été abusés sexuellement par Maciel, alors qu'ils étaient
adolescents.
Dire que Weigel, Glendon et Neuhaus – qui ont tous affirmé que l'innocence
de Maciel était une «certitude morale» - ont été trompés, c'est aujourd'hui une
évidence. Ils ont tous été influencés par le soutien personnel de Jean-Paul II
à l'égard de Maciel.
Mais on peut quand même se demander pourquoi aucun de ces supporters n'a
pris la peine de rencontrer les hommes qui ont accusé Maciel, et notamment Juan
Vaca, le premier à sortir de l'ombre avec un document accablant qu'il avait
envoyé à Paul VI en 1976, ou bien le père Felix Alarcon, ou encore l'un des six
autres survivants, pour écouter ce qu'ils avaient à dire.
En 2006, le Pape Benoît XVI a banni Maciel de tout ministère
actif.
Peu de temps après l'annonce de la double vie de Maciel (2 février 2009) et
après le départ de la congrégation de plusieurs prêtres, Weigel a posé un
certain nombre de questions à propos de la Légion dans un article publié sur le
site Internet First Things, un journal conservateur appartenant à
l'Institute on Religion and Public Life, basé à Washington.
Beaucoup de gens qui ont des amis parmi «les prêtres légionnaires savent
depuis des années qu'il y a beaucoup de bien ici, comme il y en a parmi les
membres fidèles du Regnum Christi», écrit Weigel. «Que faut-il faire pour
sauver tout ce bien?» Il en appelle à faire «un examen minutieux des racines
jusqu'aux branches» ainsi «qu'une analyse très honnête de la culture de
l'institution» par le Vatican. «La Légion pourra-t-elle se réformer de
l'intérieur, après que les complices de la bande de Maciel aient été
renvoyés?»
Désinfecter le passé
Aujourd'hui, Weigel est devenu le principal porte-parole conservateur
exigeant que la Légion se réforme. Pourtant, son désir de voir le Vatican
intransigeant dans cette affaire est précédée par une longue liste d'excuses
pour laver les erreurs de Jean-Paul II dans la crise des abus sexuels. Dans ses
deux biographies du précédent pape, ainsi que dans un livre publié en 2002 «Le
Courage d'être catholique: crises, réformes et avenir de l'Eglise», la façon
par laquelle Weigel traite la crise des abus sexuel est gâchée par son
aveuglement devant l'abondance des articles et des livres sur ce que le prêtre
et sociologue Andrew M. Greeley appelait en 1992: «le plus grand scandale dans
l'histoire de la religion en Amérique.» Le premier volume de la biographie du
pape, en 1999, évitait purement et simplement la question. Lorsque le scandale
de Boston a obligé Jean-Paul II à s'intéresser à la question, Weigel a été
appelé immédiatement à Rome, comme expert auprès du pape.
Weigel est l'un des rares écrivains ne travaillant pas pour la Légion à
avoir pu s'entretenir avec Maciel. Après l'article de 1997, dans le
Hartford Courant, Maciel évitait les journalistes et a même annulé un
discours qu'il devait donner à Chicago, par peur de devoir affronter des
journalistes. Dans le livre qu'il a publié en 2010 «Jean-Paul II: La fin et le
commencement. La victoire de la liberté, les dernières années, son héritage.»
Weigel affirme avoir interrogé Maciel le 19 février 1998, mais reste très
silencieux quant au contenu de l'interview. Seul élément de cette entrevue: le
fait que Jean-Paul II a été celui qui a sorti la Légion de l'impasse, en 1983,
en approuvant les Constitutions de la Légion.
«Jean-Paul II a peut-être été mal servi par certains de ses associés et
subordonnés qui auraient dû être plus vigilants sur les conséquences du culte
de la personnalité de Maciel», écrit Weigel. «Les raisons pour lesquelles ces
associés et subordonnées étaient sceptiques quant aux accusations feront
l'objet d'investigations et de débats pendant des années.» Cela provient d'un
écrivain qui a eu une dizaine d'interviews avec Jean-Paul II pour réaliser son
livre de 1999, et qui a eu accès aux «associés» de la curie, plus que la
plupart des journalistes travaillant au Vatican.
«Malgré les conséquences négatives sur la réputation de Jean-Paul II tirés
un peu rapidement par quelques-uns de ses critiques», écrit Weigel, «ce qui
s'est joué dans cette affaire scandaleuse, c'est une tromperie au service du
mysterium iniquitatis» - le mystère du mal.
Et ainsi, nous sommes amenés à devoir croire que la plus grande autorité
morale du siècle dernier a été trompée par «le mystère du mal.»
La politique du Vatican
Weigel efface toute référence au Secrétaire d'Etat du Vatican, le cardinal
Angelo Sodano, faisant pression sur le cardinal Joseph Ratzinger, pour cesser
les poursuites contre Maciel de 1998 à 2004, ainsi que les sommes
substantielles d'argent versées aussi bien à Sodano qu'au secrétaire du pape,
l'archevêque Stanislaw Dziwisz. A propos de Dziwisz, l'un des défenseurs clés
de Maciel, Weigel signale seulement que le prélat polonais «a pu se tromper sur
certaines personnalités.» (Dziwisz a refusé de répondre aux questions du
National Catholic Reporter).
Comment se fait-il que Jean-Paul II ait continué à faire les éloges de
Maciel, pendant des années, après la plainte de 1998 déposée par les anciennes
victimes légionnaires, auprès de la congrégation de la doctrine de la foi?
L'article de John L. Allen publié dans ce journal en 2004, rapportait que
Jean-Paul II et ses proches conseillers ne croyaient tout simplement pas aux
accusations. Et cependant, aucun des membres de ce groupe de personnes du
Vatican n'a senti le devoir moral de parler à Vaca ou à l'un ou l'autre des
sept autres anciens légionnaires mentionnés dans l'affaire.
Reporter la faute sur Maciel est facile aujourd'hui: il est mort. Pourquoi
l'appareil juridique du Vatican a-t-il échoué? Pourquoi Jean-Paul II n'a-t-il
pas exigé une enquête sur Maciel? Et l'autre question, plus mystérieuse:
pourquoi ne s'est-il jamais confronté à cette crise, que Maciel
personnifiait.
En 1999, une année après son interview avec Maciel, Weigel a publié une
biographie du pape de 992 pages. Le livre «Témoin de l'espérance» raconte en
détail la vie de Jean-Paul II: son enfance et son sacerdoce en Pologne, les
heures sombres de l'occupation nazi, puis du communisme. Il retrace les
évènements marquants de ce pontificat avec une analyse lucide, à la lumière de
ses réflexions philosophiques, théologiques et politiques. Weigel attribue à
Maciel d'avoir réussi à convaincre le président du Mexique d'accueillir
Jean-Paul II à sa descente d'avion lors de son premier voyage en Amérique
Latine, en 1979. Pas un seul mot quant aux accusations portées contre Maciel en
1997. Le livre ignore largement les affaires d'abus sexuels de prêtres qui ont
ébranlé l'Amérique et l'Irlande dans les années 90: les accusations qui ont
fait tomber le père Bruce Ritter, fondateur de la Maison de l'Engagement (une
oeuvre de charité); la démission de l'Archevêque Robert Sanchez, de Santa Fe
(New Mexico) accablé par les accusations de plusieurs jeunes femmes; les 119
millions de dollars exigés par la justice américaine au diocèse de Dallas, en
1997, lequel a pourtant été un sujet de grandes discussions au sein de la
Congrégation pour le Clergé, d'après l'ancien prêtre Christopher Kunze, qui
travaillait à cette époque dans ce bureau. Tout cela ne constituait-il pas
pourtant de réels sujets de préoccupation pour le pape?
La biographie de Jonathan Kwitney «L'homme du siècle: la vie du pape
Jean-Paul II», publié deux ans avant celle de Weigel, examine la question du
scandale des abus d'une façon assez directe, reprochant le déni de Jean-Paul
II. Ancien correspondant du journal Wall Street, maintenant décédé, Kwitney ne
tarissait pas d'éloge pour décrire les réussites géopolitiques et le talent
pastoral de Jean-Paul II, tout en gardant une attitude critique modérée
concernant les positions du pape sur certaines questions internes à l'Eglise,
comme le célibat ou l'ordination des femmes.
Weigel écrit en 1999, à propos de l'affaire des abus:
«Le recrutement pour les séminaires s'est effondré dans les pays développés,
et les séminaires eux-mêmes ont souffert des conséquences désastreuses de
l'après-concile Vatican II. La discipline au sein du clergé s'est affaiblie, et
alors que des évidences statistiques ont démontré que les exactions de prêtres
catholiques n'étaient pas plus graves que dans d'autres églises chrétiennes, ou
dans le reste de la société, les scandales impliquant des prêtres ont été des
maux en soi, et un nouvel obstacle pour recruter et réformer de l'intérieur le
presbyterium.»
La question de savoir s'il y avait dans la prêtrise une plus grande
proportion d'agresseurs d'enfants que dans d'autres églises chrétiennes ne
faisait pas l'unanimité à cette époque. Comme d'ailleurs elle ne le fait
toujours pas aujourd'hui. La source de «l'évidence» de Weigel provenait du
livre de Philip Jenkins «Pédophiles et prêtres: anatomie d'une crise
contemporaine», un ouvrage s'appuyant sur des sources secondaires plutôt que
sur des documents de l'Eglise déterrés à l'occasion d'investigations. Jenkins
soutenait que les scandales des années 90 était une construction médiatique,
encouragée par des catholiques libéraux, notamment le père Tom Doyle, op, qui
est devenu l'avocat des victimes d'abus sexuels de prêtres, et le père Andrew
Greeley. La théorie de Jenkins s'est effondré avec la couverture médiatique qui
a révélé en 2002 que des évêques avaient protégé des prêtres pédophiles dans
plusieurs diocèses. Jenkins travaille comme un expert au service de diocèses
confrontés à des cas d'abus sexuels. Selon son propre témoignage, il a avoué
qu'il facturait ses services 450$ par heure.
Weigel insinue que Jean-Paul II n'aurait pas été correctement informé dans
les années 90. Les nonces apostoliques basés à Washington et à Dublin
auraient-ils censuré leurs propres messages diplomatiques? En mars 1985, Doyle
travaillait comme expert en Droit Canonique à l'ambassade du Vatican. «J'ai
préparé un rapport détaillé de 42 pages, utilisant même des graphiques pour
expliquer le problème», a-t-il affirmé au National Catholic Reporter.
«Mon patron, le nonce apostolique, Mgr Pio Laghi, l'a signé. Le document a été
transmis personnellement au pape par le cardinal John Krol, de Philadelphie. Je
me souviens parfaitement de Laghi me disant à plusieurs reprises que «mes
supérieurs à Rome» lui avaient ceci ou cela en réponse. Il y avait de nombreux
échanges téléphoniques à ce sujet également.»
En 1989, les évêques américains ont envoyé des experts en droit canonique à
Rome, afin d'obtenir des autorités la possibilité de défroquer des pédophiles
sans avoir à passer par une longue procédure exigeant l'accord du pape.
Jean-Paul II a refusé. Jonathan Kwitney explique que Jean-Paul II était mal à
l'aise avec l'idée de juger des prêtres.
En avril 2002, alors que les articles du Boston Globe enflammaient
la presse internationale avec des révélations dommageables pour le Vatican,
Weigel était cité dans la presse comme étant un conseiller de Jean-Paul II.
Jean-Paul II, dont la santé se détériorait à cause de la maladie de Parkinson,
appela les cardinaux américains pour discuter avec eux de la crise. Plusieurs
cardinaux haut-placés et experts en droit canonique défendaient l'attitude de
discrétion de l'Eglise, accusant les médias pour leur anti-catholicisme. Plus
tard au cours de l'année, Weigel publiait «Le Courage d'être catholique», et
écrivait avec mépris à propos d'une bévue du cardinal Dario Castrillon Hoyos
lors d'une conférence de presse: «Certains suggèrent que l'attitude rigide du
cardinal pourrait être liée à ses ambitions papales.» Cependant, alors que
Weigel réprimandait la curie, il remplissait les trous de sa biographie de
1999. Weigel accusait la bureaucratie du Vatican de ne pas avoir informé le
pape. Bien que le Saint Siège possède un site web sophistiqué et un organe de
presse diffusant quotidiennement les activités du pape par emails, Weigel
écrit:
«L'Eglise aux Etats-Unis s'attendait à ce que le Vatican suive en temps réel
la crise de 2002, à travers les informations que lui envoyait la nonciature de
Washington. Mais ce n'était pas le cas. Tout simplement parce que le Vatican
n'appartient pas à la culture Internet, et la transmission des informations de
Washington était insuffisante. Cela a créé un fossé qui s'est élargi et
approfondi pendant les trois premiers mois de la crise.»
Mais ce fossé n'avait rien à voir avec Internet; Ce fossé n'avait cessé de
se former depuis le moment où les évêques américains n'avaient pas obtenu la
permission de Jean-Paul II de reconduire des prêtres pédophiles à l'état laïc.
Pendant la dizaine de scandales qui ont suivi, Jean-Paul II est resté très
silencieux, particulièrement au sujet de la démission du cardinal Hans Hermann
Groër de Vienne, dont les transgressions sexuelles avec des jeunes avaient
provoqué un scandale en Autriche. Jean-Paul II avait sorti Groër de l'obscurité
pour en faire un archevêque.
Pour Weigel, «la crise» commence en 2002, une position très cohérente avec
sa biographie de Jean-Paul II paru en 1999. Le livre de 2002 énumère une
litanie de scandales, incluant même le cas de séminaristes gays dansant dans le
séminaire nord-américain de Rome. Weigel dénonce la perte des repères
traditionnels. Il n'épargne pas les évêques: «La mauvaise gouvernance des
évêques est arrivé de plusieurs manières: des évêques trop indulgents à l'égard
des abus sexuels; des évêques qui ont sciemment déplacé des prêtres pédophiles
d'une paroisse à l'autre... qui ont induit en erreur d'autres évêques au sujet
de pédophiles reconnus; des évêques qui ont d'abord vu la crise des abus sur
les plans juridiques et financiers... des évêques qui n'ont pas été capables de
nettoyer leurs séminaires.»
Jean-Paul II avait nommé la plupart de ces évêques. Le processus de
vérification, auquel des laïcs ne pouvaient pas participer, éliminaient tous
les candidats à l'épiscopat ayant pris position pour un assouplissement du
célibat des prêtres ou pour l'ordination des femmes. La sous-culture gay - que
Weigel méprise - avait conduit plusieurs milliers de prêtres à quitter le
sacerdoce pour se marier, après l'Encyclique du Pape Paul VI de 1967, dans
laquelle il avait décrit le célibat comme «le joyau étincelant» de
l'Eglise.
Weigel fait fi de l'ensemble des travaux sur la vie sacerdotale qui ont été
réalisés dans les années 70 et 80, par le père Greeley, le psychologue Eugene
Kennedy, l'écrivain A.W. Richard Sipe, et le psychiatre Conrad Baars, lequel
avait délivré un rapport au Vatican en 1971 intitulé: «Le rôle de l'Eglise dans
l'origine, le traitement et la prévention des crises dans le
sacerdoce.»
Weigel ignore l'ensemble des travaux scientifiques sur les symptômes de
crise, voire les pathologies, dans la culture cléricale. «La racine la plus
profonde de la mauvaise gouvernance épiscopale» écrit Weigel, «est théologique.
(…) De trop nombreux évêques aux Etats-Unis ont vendu leur énorme patrimoine
évangélique, pastoral et sacramentel pour le plat de lentille que représente
les théories modernes de management.»
Commentaires
Il faut savoir que Weigel est le beau frère du Père Thomas William une huile LC... un GRAND Légionnaire selon le jargon interne ...
Merci à Xavier pour cette traduction magistrale bien nécessaire pour comprendre en finesse la situation ... Berri ne mentionne pas, semble-t-il, le travail acharné du père Doyle, dominicain américain qui a passé des années à alerter Rome sur les scandales de la pédophilie aux USA... sans succès ! On pourrait parler pour la France du père docminicain, le Père Garrigues dont les démarches ont été entrerrées soigneusement ... Tout cela sortira un jour car la vérité est IMPUTRESCIBLE, UNE, et INDIVISIBLE !!!!
Je crois qu il faut rappeller une chose: le Pere Maciel etait un très fin manipulateur. Chez les legionaires on parlait souvent de complot contre l'Eglise et on mentionait abondemment les infiltrations du parti communiste espagnol dans les seminaires. Les accusateurs pedophiles etaient tout simplement assimilé aux "liberaux" qui voulaient detruire la derniere institution fidèle a l 'eglise et a son enseignement. L 'option des Jésuite pour les pauvres avait crée un immense vide d'évangélisation dans les élites tandis que de nombreux jesuites infligeaient un tort enorme au corps de l eglise avec les idees de la theologie de la liberation.
Devant la montee du liberalisme a l interieur de l eglise et son triomphe dans le monde, Maciel savait habilement jouer avec les peurs des chretiens sinceres cherchant a vivre selon la verite de l'evangile.
Pour un article si fouillé de Berry aurait pu mentioner egalement que Jean Paul II quand il etait eveque sous le rideau de fer a vu beaucoup de ses pretres terminer dans les prisons communistes graces a de fausse accusation de pedophilie. Goebbels et les Nazi avait ete les premiers a user du stratageme pour envoyer des pretres a Dachau . Par consequent Jean Paul II etait tres mefiant par rapport a des accusations de pedophilie relayée par la presse. Pour lui comme pour la majorite des Legionaires et membres du Regnum Christi il paraissait completement improbable que Marcial Maciel pouvait etre pedophile. Cela avait plutot l'air d'un complot perfide. En lisant en 2006 le site de Regain qu'en tant que membre du RC je decouvrais j ai trouve le style trop radical et ai cru qu'il s'agissait tout simplement d'un groupe d'ennemi de la Legion particulierement perfides.
Maciel avait donc trompe saint Jean Paul II comme Sainte Therese de Lisieux avait egalement ete trompee par un faux converti pour lequel elle avait beaucoup prie.
Le role de certain eveques qui avait sciemment couvert des pretres pedophiles est par contre une chose qui sort de l'entendemment.
@ Alexandre
"L 'option des Jésuite pour les pauvres avait crée un immense vide d'évangélisation dans les élites tandis que de nombreux jesuites infligeaient un tort enorme au corps de l eglise avec les idees de la theologie de la liberation."
Ce sont des affirmations graves, qu'il serait intéressant d'étayer quelque peu. L'Amérique Latine est complètement ravagée aujourd'hui par la corruption, la drogue, la prostitution, etc. Même le Saint Père en parle dans son interview récente "Lumière du monde". Or, tous les sociologues vous le diront: ce sont les inégalités sociales trop grandes qui génèrent naturellement ces structures de péché. Le problème, ce n'est pas la pauvreté, mais la pauvreté A COTE DE LA RICHESSE.
Les Jésuites - mais ce ne sont pas les seuls - ont perçu, à un certain moment de leur histoire, que l'ancien système (éducation des élites), qui avait été bon pendant un certain nombre de siècles, avait des effets secondaires que la morale chrétienne ne pouvait pas accepter.
L'Eglise avait le devoir de se mettre, à ce moment là, du côté des pauvres. Oui, c'est vrai. Elle avait le devoir de servir de "médiateur" social, pour une plus juste répartition des richesses. Il ne s'agissait pas de marxisme, mais de la plus élémentaire morale chrétienne. Et oui, les choses avaient commencé à évoluer, grâce à certains personnages charismatiques, qui avaient écouté leur conscience et qui dont les positions n'ont pas été compris... ou déformées adroitement par quelques personnes bien pensantes de la curie, ou par l'un ou l'autre de ces groupes de pressions d'écervelés qui confondent foi et idéologie, et phagocytent le Vatican sans trop se poser de problèmes de conscience.
Maciel, c'est vrai, était un manipulateur. Mais il n'a pas répondu "au vide d'évangélisation dans les élites", comme si finalement la Légion avait fait beaucoup de bien à l'Eglise en Amérique Latine: il a permis à un système, qui était devenu inique et générait de la corruption, de perdurer. Il a permis à une élite qui était devenue trop puissante et trop riche d'avoir la bénédiction du vicaire du Christ. Rien d'étonnant à ce que les plus riches familles mexicaines - dont Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde - ait appuyé une congrégation qui, en fait, leur permettait de sauver leurs intérêts.
C''était l'inverse qu'il fallait faire!!! C'est la Légion qui était un système totalitaire inhumain, broyant les personnalités et violant les âmes. C'est elle - et ses autres frères et soeurs du même modèle - qu'il fallait condamner et détruire. Car ce faisant, ces communautés ONT DONNÉ RAISON aux théories marxistes, qui accusaient les églises de se mettre toujours du côté du pouvoir pour donner à ce pouvoir une valeur divine et endormir le peuple, à travers de pieux discours.
Vous parlez d'évangélisation... d'accord. Mais n'avez vous pas lu dans l'Evangile que le Seigneur nous invite à régler nos problèmes de justice avant d'aller le louer dans son temple? La véritable évangélisation, de tout un continent, n'aurait-elle pas été plus grande et plus forte, si ces pays avaient réussi à mettre une société plus juste et plus équitable? Et si, en plus, l'Eglise avait pu jouer ce rôle de médiateur?
Je ne sais pas. Mais l'histoire le dira.
Jean-Philippe, votre commentaire est lumineux et pertinent.
J'aimerais rajouter un point qui corrobore votre analyse: la Légion a mis en place tout un réseau d'école pour les pauvres: les écoles "mano amiga", qui sont des écoles gratuites, financées par les écoles destinées aux enfants des familles de l'élite de la nation mexicaine. Une lecture simpliste nous conduirait à nous enthousiasmer de cette générosité... Mais n'est-ce pas là, en fait, une simple astuce "pour faire passer la pilule"? Pour se donner bonne conscience? Pour jouer aux grands seigneurs devant la société? Au final, s'agit-il vraiment de générosité... ou d'une façon de défendre ses intérêts de façon très calculée?
"Ne filtrez pas le moustique, quand vous engloutissez le chameau!" (Mt 23, 24)
Les trois précédents commentateurs me semblent connaître la Légion de l'intérieur. Ce n'est pas mon cas et je les lis avec grand intérêt et profit. Il me semble néanmoins que la vérité se trouve quelque part entre l'analyse d'Alexandre d'une part, celle de Jean-Philippe et de Christian de l'autre. L'option préférentielle pour les pauvres s'est accompagnée le plus souvent d'une sécularisation, d'une idéologisation et d'un désacralisation, lesquelles, en détruisant la religiosité et même la foi populaire au lieu de l'éclairer progressivement, a ouvert la porte aux sectes protestantes et aux dérives sectaires hypercatholiques comme celles des Légionnaires. Permettez aussi à un homme de la génération (mais non de l'idéologie) 68 à la fois d'admirer vos exigences de vérité et de justice, ainsi que votre intelligence et plus encore celle de Xavier, mais aussi d'espérer que vos dons humains puissent servir encore le Seigneur et son Église."Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père" et "La moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux". Que Dieu donne, le moment venu, à d'anciens Légionnaires de votre valeur de savoir tourner cette page si sombre de leur vie et d'aller offrir ailleurs la belle vitalité de leur intelligence et de leur foi. Le Christ a promis la vie éternelle non pas à tel institut ou communauté, mais à l'Église comme telle et à elle seule. Blessée et comme à l'agonie, elle est toujours là, l'Épouse du Christ notre Mère avec ses martyrs et ses saints d'hier et d'aujourd'hui.