La Légion du Christ est-elle une oeuvre de Dieu... ou une secte? 2ème partie
Par Xavier le lundi 13 septembre 2010, - Documents clés - Lien permanent

Paul Lennon, et moi-même, lors du Congrès de l'ICSA, en juillet
2010
J'aimerais, dans la seconde partie de cet article, publier un document qui
est, je crois, l'analyse la plus brillante faite jusqu'à ce jour sur
les déviances structurelles au sein de la Légion du Christ. Il s'agit
d'une conférence de l'ancien légionnaire Paul Lennon, donnée le 18 octobre
2003, au cours du Congrès de l'American Family Foundation (AFF) - qui prendra
ensuite le nom d'International Cultic Studies Association (ICSA) - à Hartford,
dans le Connecticut.
Paul Lennon est un ancien Légionnaire, qui se dit volontiers irlandais de
naissance et mexicain de coeur. Après avoir passé 23 ans dans la congrégation,
et malgré ses nombreux succés missionnaires, Paul Lennon a progressivement
remis en cause certains aspects de la méthodologie apostolique légionnaire. Et
puis un jour, il s'est opposé publiquement au père Maciel. Une telle opposition
n'était pas admissible. Son départ fut immédiat.
Après avoir quitté la Légion du Christ, Paul Lennon a passé cinq ans au service de l'Eglise diocésaine de Washington. Pendant cette période de transition et de guérison, il a repris des études de psychologie. Comme Juan José Vaca, ce choix d'étude n'était certainement pas innocent: il avait besoin de clés d'interprétations pour comprendre, analyser et mettre des mots sur son expérience de vie à l'intérieur de la congrégation. C'est ainsi qu'il a ouvert les yeux sur une réalité qui s'imposait de plus en plus à lui comme une évidence: la Légion du Christ fonctionne comme une secte. A tous les points de vue.
Et c'est pourquoi, suivant la voix de sa conscience, Paul Lennon a décidé de
reprendre l'oeuvre amorcée par le père Cronin en fondant ReGAIN.
L'association ReGAIN a joué un rôle important, bien qu'indirect, dans le
dévoilement du scandale. Paul Lennon a été interrogé en 2005 par Mgr Scicluna,
lors de l'investigation qui avait précédée la mise à l'écart du père Maciel en
2006. Il a apporté sa caution morale pour les déclarations de Juan Jose Vaca,
ainsi que son témoignage personnel à propos du caractère et du comportement
habituel du père Maciel. ReGAIN a également été une source d'information
précieuse pour Jason Berry et Gerarld Renner, les deux journalistes qui avaient
fait éclater le scandale en 1997 dans le Hartford Courant. Leur
investigation de fond les a conduit à la rédaction d'un livre choc, très bien
documenté (Vows of Silence), ainsi qu'à un documentaire vidéo. Paul Lennon fait
donc bien parti de ces personnes héroïques que le Pape Benoît XVI remercie dans
le communiqué du 1er mai, pour son travail de longue haleine au service de la
vérité. Pourtant, les Légionnaires ne se sont jamais approchés de lui pour lui
présenter leurs excuses, et, encore aujourd'hui, Paul Lennon continue d'être
leur bête noire.
La conférence de Paul Lennon que vous pourrez lire plus bas ne se trouve
plus sur le site de ReGAIN, car la Légion du Christ a exigé qu'il soit supprimé
au cours du procès de 2007-2008. Elle est cependant encore en ligne sur le site
de l'ICSA. Ne pouvant attaquer un organisme aussi prestigieux, les Légionnaires
du Christ ont essayé, sans succès, de séduire son directeur, Michael Langone,
en invitant ce dernier à participer à un repas festif dans la communauté de
Cheshire.
Permettez-moi encore, en guise d'introduction, d'offrir deux considérations
qui me semblent importantes:
1.Le terme de secte est en soi assez problématique, car il désigne des
réalités très différentes, dont on ne voit pas toujours les rapports. La
plupart des études sur le sujet (voir pour cela les nombreux articles publiés
sur le site de l'ICSA) montrent que le
point central autour duquel s'articulent toutes les sectes, quelques soient
ensuite leurs apparences, c'est la question de l'emprise, c'est-à-dire du
contrôle de l'esprit des membres, par le moyen de manipulations psychologiques.
En ce sens, on peut dire que dès qu'une personne cherche à avoir de l'emprise
sur son prochain, on est devant un «embryon» de secte. Le harcèlement morale,
que ce soit au sein d'une entreprise ou d'une famille, participe donc à cette
même réalité. Cependant, il n'y a véritablement «secte» que lorsque cette
emprise s'applique dans la sphère spirituelle ou religieuse. Le
gourou-fondateur met en place une structure lui permettant d'assouvir son
besoin de toute-puissance, en obtenant de ses membres qu'ils se soumettent à
lui, le vénèrent et accomplissent ses moindres désirs. A travers sa secte, le
gourou, que l'on définie généralement en psychologie comme un «pervers
narcissique» s'approprie les autres – lesquels n'existent plus pour eux-mêmes –
pour son autoglorification personnelle. La secte peut survivre au
gourou-fondateur si la structure en place le permet... La secte - qui, au sein
de l'Eglise s'apparente à une forme de virus - peut également muter et se
développer, comme le remarquait Paul Lennon dans un
billet récent.
2. Dénoncer les dérives sectaires de la Légion du Christ est une opération
difficile et coûteuse émotionnellement, pour plusieurs raisons:
- D'abord parce que, comme le faisait récemment remarquer Geneviève Keneke au
cours d'une interview pour un journal
irlandais : «Ce mot (secte) nous fait horreur, comme si les seules
personnes à se faire entraîner dans des sectes étaient des rebuts de la société
ou des personnes écervellées.»
- Ensuite parce que la Légion du Christ est une congrégation
religieuse, reconnue par l'Eglise Catholique, et qui a bénéficié
pendant plusieurs décénies du soutien inconditionnel des plus hautes autorités
de l'Eglise... Remettre en cause le système de fonctionnement de la Légion
conduit ainsi naturellement à contredire, d'une façon ou d'une autre, certains
jugements de l'Eglise.
- Ensuite, parce que le principe de toute secte repose sur l'emprise que
celle-ci a sur l'individu, parfois plusieurs années après l'avoir quitté.
Aussi, pour poser un tel jugement, il faut sortir du halo de
culpabilité que la secte a créé dans toute la psychologie propre de l'ancien
membre. Cette purification est rendue encore plus difficile à cause
des liens affectifs qui ont été tissés, ici et là, avec d'autres
membres.
- Enfin, parce que la plupart des membres sont entrés très jeunes dans la
congrégation et ont vu le père Maciel et leurs supérieurs immédiats prendre
progressivement la place de leurs parents. Si bien que, pour la plupart
des anciens légionnaires, toute remise en cause de la congrégation revêt un
caractère extrêmement violent qui s'apparente à un
paricide.
ICSA
E-Newsletter, Vol. 5, No. 2, July 2006
Quelques points inquiétants relatifs aux techniques de manipulations
mentales au sein de la Congrégation des Légionnaires du Christ, à travers ses
Règles, ses Normes ainsi que les témoignages d'anciens membres.
Par J. Paul Lennon, STL, MA
Résumé
Cet article analyse la vie quotidienne des Légionnaires du Christ à la lumière de certaines caractéristiques propres aux groupes usant de techniques de manipulation mentale. L’étouffement de la réflexion critique, l'utilisation abusive de techniques de méditations lénifiantes, la multiplication de règles scrutant chaque aspect de la vie quotidienne, le contrôle des informations entrantes et sortantes, le tout successivement analysé par l'auteur, étaye la thèse selon laquelle la Légion du Christ exerce une emprise excessive sur la pensée, les émotions et les comportements de ses membres.
Savoir par expérience ou simple réflexion que la doctrine et les pratiques
de la Légion du Christ contiennent des « éléments inquiétants » est
une chose. Ecrire à propos de ces préoccupations de façon objective et
« scientifique » en est une autre.
L’appararition d'une littérature relative aux sectes, aux mouvements
sectaires et aux nouvelles religiosités a été pour moi, et pour d'autres
anciens légionnaires, une grande révélation.
En 2003, la Fondation Famille Américaine (devenue aujourd'hui l'ICSA:
International Cultic Studies Association / Association Internationale d'Etudes
sur les Sectes) m'a invité, avec mon collègue Juan Vaca, à discuter de nos
expériences dans la Légion du Christ, au cours de leur Congrès, le 18 octobre
2003, à Hartford, dans le Connecticut (Cf. l'introduction du Dr. Michael
Langone (i)). Cette opportunité m'a encouragé, avec quelques autres membres de
REGAIN, un jeune organisme d'écoute et de soutien pour anciens membres de la
Légion du Christ et du mouvement Regnum Christi, à explorer plus profondément
les effets que cette congrégation a pu avoir sur nous, de façon plus objective
encore et avec plus de recul que j’ai pu le faire à travers les témoignages,
les réflexions et les essais que j'ai écrits au cours des quinze dernières
années. Le résultat en est cet essai, au vrai sens du terme c’est à dire
laissant prévoir ultérieurement des études plus approfondies, plus affûtées en
la matière.
Mon point de départ est le document, désormais classique, développé par le Dr Michael Langone et récemment étoffé par le Dr. Janja Lalich, qui s’intitule: «Liste de vérification des caractéristiques sectaires» (Checklist of Cult Characteristics). Je vais me concentrer sur trois de ces caractéristiques, et tenter de montrer comment elles interviennent dans la Pensée et l’Action de la Légion du Christ. Une quatrième caractéristique, tirée des écrits de Steven Hassan, viendra compléter cette étude. L'article affirme que la combinaison et interaction de ces quatre facteurs permet de conclure à un degré alarmant d’emprise sur les esprits des adeptes. (ii)
Première caractéristique
Les réflexions critiques, les doutes et toute forme de
dissidence, sont découragées, voire punis
Dans la version originale d'un témoignage que j'ai écrit il y a quelques
années, intitulé «Moi et Maciel» pour le site Internet de Unity Publishing
(iii), je me suis décrit comme quelqu'un «curieux de nature». Ce trait de
caractère, dont je n’étais pas encore conscient quand je suis entré dans la
Légion du Christ, vouait ma carrière de légionnaire à l'échec, dès le départ.
Si j'avais été informé de la clause interdisant de poser des questions dans la
doctrine légionnaire, je me serais peut-être épargné (à moi-même et à d’autres)
bien des peines. Par «poser des questions», je veux simplement dire que
j'aurais voulu avoir la possibilité de demander: «Pourquoi telle chose»,
«Pourquoi la Légion le veut-elle ainsi», «Pourquoi nous ne pouvons écrire à
notre famille qu'une seule fois par mois»? etc… Après avoir rejoint la
Congrégation, j'ai réalisé progressivement que la Légion avait un «style» bien
à elle, qui impliquait une obéissance aveugle aux Supérieurs, une interdiction
de douter de sa doctrine, de sa méthodologie, supposant une pleine adhésion au
concept de légionnaire...«unique façon d'être» tirée des Constitutions, des
Règles et Normes, des Instructions et nombreux autres préceptes contenus dans
ce que nous appelions à l'origine, les Épitomés et Traditions de la Légion
du Christ.
Le voeu de faire taire toute forme d'esprit critique
Outre les règles écrites, la Légion du Christ applique un certain nombre de
principes implicites et sous-jacents, tels que:
- Ne jamais mettre en cause les façons de faire de la Légion et ce que vos supérieurs vous demandent;
- Ne jamais exprimer des doutes de façon publique ou privée;
- Ne jamais autoriser des dissensions.
Ces principes, qui mis ensemble représentent le style de vie de la Légion,
sont minutieusement exprimés et renforcés par les Voeux Privés (Los Votos
Privados): «Ne jamais remettre en cause la personne ou les actions du
Supérieur, et prévenir le Supérieur dès que vous avez remarqué quelqu’un
faisant cela» (iv). Ces voeux privés (au pluriel) parce qu'il y en a un autre:
celui de ne jamais chercher à obtenir de poste de gouvernance, sont prononcés
dans un endroit privé, juste après que le religieux ait prononcé ses voeux de
Pauvreté, de Chasteté et d'Obéissance. Cette interdiction de facto supprime
d'un seul coup toute forme de remise en cause, de questionnement, et,
ultimement, l'exercice même de ses facultés critiques. Selon l'esprit de ce
voeu, le fait d'exprimer des doutes sur les ordres d'un Supérieur ou sur la
Légion elle-même, est une transgression inacceptable. Alors que je réfléchis
sur mon expérience personnelle dans la Légion du Christ, me souvenant des
combats que je menais contre mes doutes et mes questions, me demandant pourquoi
le fait d'avoir des doutes et de poser des questions était quelque chose de
tabou, j'ai fini par comprendre que la Légion possède une sorte de dogme
sous-jacent, qui pourrait être résumé de cette façon (en mes
termes):
Le chef a été choisi par Dieu comme instrument pour fonder cette institution qui est le meilleur moyen de salut éternel possible aujourd'hui sur Terre. Directement inspirés par Dieu, ni le chef fondateur, ni l'institution elle-même, ne peuvent se tromper. Ils ont toujours raison, et savent toujours ce qui est bon pour les Légionnaires et les membres du Regnum Christi, dans toutes les circonstances de leur vie et ce, jusque dans les moindres détails. En douter équivaudrait à manquer de foi, offenser Dieu Lui-même, qui a inspiré le fondateur et son œuvre divine.
Il n’est pas permis de douter et de poser des questions. Découragé par la
direction, tout dissentiment peut être un motif de mise à l'écart immédiate,
d'exil ou d'exclusion. L’injonction: «Ne pose pas de questions, n'aie pas de
doutes et renonce à toute forme de désaccord» fait partie intégrante de la vie
du légionnaire. L'acceptation de ce principe fait partie intégrante de
l’entière «allégeance» à la Légion, but ultime du processus de formation. On ne
devient pas Supérieur sans cette marque d’intégration.
Réprimer les doutes
Un membre doit être sur ses gardes contre toute forme de doute, que ce soit
à propos de son appel, de la Légion, ou des jugements ou actes de ses
Supérieurs. Il doit en bannir l’éventualité même, comme il devrait le faire
avec des pensées mauvaises ou «impures». S'il permettait à de telles questions
de rester dans son esprit, le doute pourrait s’insinuer et le conduire à
critiquer ouvertement. Ce sont les questionnements intérieurs qui conduisent à
des questionnements exprimés et forment de potentiels désaccords.
Dans ses relations interpersonnelles, un membre ne doit jamais partager ses
doutes avec d'autres membres, car cela pourrait devenir contagieux et entrainer
d'autres membres dans cette voie. Il serait alors coupable de «scandaliser» ses
frères, péché gravissime entre tous.
Obéissance et confiance
En tant que co-fondateurs, les membres avaient également le «privilège»
d'entretenir une correspondance régulière avec le Fondateur, Supérieur Général
et Directeur Spirituel Général. Cela signifiait qu'il fallait lui écrire
personnellement au moins une fois par mois. Ainsi, le légionnaire observant des
règles, devait avouer ses doutes à son Directeur Spirituel (qui, au cours de
mon expérience de vie à la Légion, était également le Supérieur). Le
directeur/supérieur devait alors, en son temps, aider le membre à chasser ces
tentations.
Quand le Père Maciel avait le temps, il se faisait fort de dissuader de ces
doutes par le biais d’une lettre personnelle et/ou demandait aux Supérieurs de
prendre certaines mesures: changement de poste, déménagement, nouvelles
responsabilités... afin de résoudre ce problème. Le sujet était rarement
conscient du sens de ces recommandations.
Humiliations
Une caractéristique propre à la Légion consiste dans le fait que, dès le
début, les supérieurs et les directeurs spirituels assurent aux nouveaux
membres que leur vocation ou appel à la Légion est voulue par Dieu. En raison
de cela, il est même arrivé que «Nuestro Padre», le père Maciel, considère
l'humiliation comme le remède adéquat pour aider un membre doutant de sa
vocation à la Légion:
Au cours d'une randonnée, tandis que l'un de mes camarades de classe s'entretenait avec le père Maciel, le recteur s’interposa dans la conversation et dit en espagnol: «Nuestro Padre, ce candidat potentiel a des doutes au sujet de sa vocation.» Le père Maciel répéta aussitôt à mon camarade ce que le recteur venait de lui dire. Imaginez alors la gêne ressentie par ce garçon qui sortait d’une conférence expliquant combien le fait de douter de sa vocation était mal. «Vous n'avez pas de doutes sur votre vocation, n'est-ce pas?» enchaîna le père Maciel en espagnol, traduit par le recteur. «Ne savez vous pas que le Christ a besoin de vous?» (v)
Il semble même que la peur du doute et de la remise en question soit si
forte au sein de la Congrégation, que le fondateur en est venu à censurer non
seulement les questions relatives à sa doctrine mais également certaines
demandes d'informations. Voici le témoignage de l'un des premiers membres
américains:
Nuestro Padre m'avait surnommé «El Preguntón» (terme péjoratif, signifiant “celui qui pose des questions”). J'avais essayé, autant que possible, de lui poser des questions, à lui, qui était le Fondateur, afin de saisir au mieux le véritable “esprit” de la Légion, pensant qu'il risquait de mourir à tout moment... je me souviens avoir un jour posé une question lors de la première rencontre des Légionnaires et membres du Regnum Christi d'Espagne et du Mexique, qui avait lieu dans les environs de Madrid en 1973 ou 74. J'ai dit que, dans la Légion, nos méthodes donnaient parfois l'impression que la fin justifiait les moyens. Inutile de dire que cette question impliquant une forme de plainte «una pregunta tipo queja» (une forme de critique) n’a pas du tout plu à «Nuestro Padre». Après, ce fut la disgrâce. On me mit à l'écart. Quoique je dise au père D., à Rome, c'était considéré comme mauvais (vi)
Fuite, mise à l'écart, exil
Le témoin dit encore:
«Ils m'ont envoyé de Madrid, Espagne à Tlalpan, Mexico City, pour le motif que j'avais des «problèmes psychologiques», ce qui signifiait que je n'étais pas suffisamment intégré dans la Légion.» L'auteur interprète ce changement de programme subit comme une sorte de punition, d’exil l’écartant du gros de sa formation à la Légion. Mes bagages ont été volés à la douane. J'ai pris cela comme un signe de Dieu. Tout ce que je désirais depuis un an et demi, ou plus, était de trouver quelqu'un qui me dirait que je n'avais pas la vocation. J'ai attendu Nuestro Padre pendant deux nuits de suite, sous la pluie, jusqu'après minuit. Il ne voulait pas me voir. Mais j'ai pu m'en aller.
J’avais déjà fait cette expérience. A une question adressée en toute
innocence, en public, à propos de l'orthodoxie théologique de Teilhard de
Chardin, j’avais obtenu la réponse suivante: «Nous ne permettrons pas de
dissensions théologiques dans la Légion. Si vous voulez vous en allez, la porte
est grande ouverte!». Ainsi, ce qui commençait comme une simple requête
s'achevait par une menace d'exclusion de la congrégation.
Un autre questionnement sur l'attitude d'un Supérieur – qui avait sourit
avec mépris en refusant ma demande de visite à ma famille – me valut ma
première affectation dans les territoires de mission de Quintana Roo, peu après
mon ordination, en 1969. J'avais révélé à Nuestro Padre, dans ma lettre
périodique de Direction Spirituelle, que j’étais en désaccord avec lui. Bien
que j'étais sur le point d'obtenir un diplôme universitaire en Administration
de l'Education, je me voyais contraint d'accepter mon changement d'affectation
contre mon gré, mes opinions et mon jugement personnel. L’étonnant dans la
stratégie subtile du père Maciel, est qu'il donna une autre raison pour
justifier ce changement d'affectation.
Il peut y avoir des punitions plus sévères de la part de la Légion, qu'une
simple humiliation ou mise à l'écart pour une opposition manifestée
publiquement. L'histoire suivante est l'un des nombreux évènements «publiques»
dans l'histoire de la Légion, qui a été effacé ou ré-écrit. Par respect pour
mon ancien confrère, je n'ai pas mentionné son nom.
Dans le témoignage auquel j’ai fait allusion je raconte comment, vers 1980,
un éminent légionnaire, jadis provincial du Mexique, avait perdu son poste de
Chancelier de l'Université Anahuac, après avoir exprimé une divergence
d'opinion avec le père Maciel au sujet du recrutement à l'Université pour le
Regnum Christi. En y repensant, je me rends compte que toute cette affaire
déployée en présence d'un important groupe de prêtres et d'autres religieux,
pouvait bien avoir été un coup monté pour piéger le chancelier imprudent. Le
père Maciel avait préparé le terrain de la confrontation en se joignant aux
recruteurs de façon à présenter le chancelier sous un mauvais jour: sentant que
ses compétences étaient menacées, il mordit à l'hameçon et se mit à se disputer
avec le fondateur. Peu de temps après, il perdit son poste et n'obtint plus
jamais de poste important dans l'organisation. Il vécu le reste de sa vie en
exil, dans une petite maison à Mexico, accompagné de quelques autres prêtres de
son époque.
La culpabilité, et si nécessaire, une «flagellation verbale»
La technique visant à faire disparaître les doutes en tout genre, la
suppression des questionnements, et le rejet de toute ambiguïté ne se cantonne
pas au Père Maciel, comme il ressort du témoignage d'Andrew Boyd. Lorsqu'Andrew
s'est rendu compte que la Légion n'était pas sa voie, le Supérieur de la maison
a réagi en essayant de le culpabiliser. Voici ce qu'Andrew raconte:
Je m'en souviens très bien. Alors que j'étais en train de dîner, le Recteur a franchi la porte et me désignant, m’a fait signe de le rejoindre dehors.
«Alors, Andrew, comment allez vous?» dit-il de sa voix forte.
«Bien, père. Pourquoi cette question?»
«Eh bien, c'est juste que l'un de vos frères semble un peu préoccupé pour vous, parce que vous semblez ne pas vouloir aller de l'avant dans votre vocation. Est-ce vrai?»
«Oui, père, j'ai compris que je n'étais vraiment pas en paix ici, et je ne pense pas...» Il m'a coupé.
«Alors, rentrez chez vous!» cria-t-il, jetant le ballon de football à bas le sol. «Partez en vacances, et ne revenez plus! Si vous continuez à douter, vous ne pourrez jamais être légionnaire! Et maintenant, récupérez cela!» dit-il en pointant le ballon de football qu'il venait de jeter. «Le père X. m'avait bien dit de ne pas vous laisser entrer dans la congrégation. Il m'avait dit: «Non, père, ne le laissez pas entrer, c'est un jeune trop orgueilleux.». Mais moi, j'ai cru en vous, Andrew; je voulais vous laisser votre chance. Comment avez vous pu me manquer autant de respect? Me mentir, à moi? Y-a-t-il une seule personne dans votre vie, à part votre famille, qui a essayé de vous aider autant que je ne l'ai fait? Je suis très blessé de voir que vous m'avez menti pendant tout ce temps.»
La discussion dura pendant des heures, l’un criant plus fort que l'autre. La
communauté, qui était dehors, en train de faire le Chemin de Croix, entendait
tout. J'ai essayé de lui expliquer que le problème ne venait pas de moi, mais
il refusait de m'écouter. Il finit par abandonner, et je me suis senti gêné
pour lui. Je peux dire qu'il était bouleversé. Je sais qu'il voulait que je
reste, surtout depuis qu'il avait réussi à me faire entrer au
noviciat...
Deuxième caractéristique
Des pratiques psychodysleptiques altérant l’état de conscience
(comme la méditation, les chants, le «parler en langues», les séances de
dénonciation et les travaux habituels) pratiqués à l'excès, servent à éliminer
les doutes subsistants sur le groupe et sur ses
responsables.
Quand j'ai lu pour la première fois cette caractéristique, prenant pour
exemples le fait de «chanter ou de parler en langues, les séances de
dénonciation, le travail quotidien habituel», de prime abord, je l'ai récusée,
pensant que cela allait trop loin. Pourtant dans un second temps en y
réfléchissant, il m’a semblé qu'une brève analyse pourrait bien s’avérer
nécessaire.
Une méthode de méditation clairement définie pour tous les
membres
Curieusement, le problème de la Légion avec la méditation n'est pas ce qu’un
américain d’aujourd’hui pourrait imaginer et même un écrivain, fût-il aussi
perspicace et expérimenté que Margaret Singer, serait totalement hors sujet.
Dans la discussion intitulée «La méditation n'est peut-être pas bonne pour
vous» (Cults in Our Midst (viii)) elle mentionne certaines techniques de
méditation qui, pour un ancien légionnaire ont quelque chose d'exotique, de
passionnant et de moderne. Les anciens légionnaires en effet, se plaignent
paradoxalement de la rigidité répétitive infligée à une méthode de méditation
unique, prescrite pour tous. Les plus grands dangers que les légionnaires de ma
génération ont expérimenté à travers la méditation n'était pas, comme le
stipule M. Singer: «des étourdissements, des pertes de repères sensoriels, des
crises d'angoisse, des états de conscience modifiés, des pertes de mémoire, la
sensation de dépasser les limites, des rafales d'émotions inappropriés, des
convulsions ou des hallucinations visuelles.» L'ennui et l'abêtissement peuvent
produire les mêmes effets de prostration. La Légion prescrit à ses membres une
méthode uniforme de méditation «discursivo-affective».
Le déroulement de la prière peut être discursivo-affectif. Cette forme cérébrale de prière consiste à pénétrer, avec l’intelligence («desentrenar con la inteligencia»), au cœur d’une idée ou d’un principe fondamental de la vie, pour l'approfondir et se l’approprier. Ce n'est pas un pur exercice intellectuel. C'est une réflexion ressentie jusqu’au tréfonds à la lumière de la foi, sur le mystère de sa vie personnelle dans la perspective divine. Cet approfondissement volontaire doit mettre en mouvement la volonté qui permet à l'âme de s'unir à Dieu et lui exprimer son amour, le remercier de ses bienfaits, lui demander de l'aide, reconnaître sa condition de créature pécheresse, se donner avec confiance, jusqu'à culminer dans la conversion du cœur ou dans la décision de vivre dorénavant en accord avec la vérité contemplée dans la lumière de Dieu. (ix)
Voilà ce que le Père Maciel – ou son scribe – écrit dans les Principes et
Normes de la Légion du Christ. Notez la façon typiquement légionnaire de nier
l'évidence, ou de dire le contraire de ce qui vient d’être signifié, à savoir
que «ce n'est pas une activité purement intellectuelle.»
Pour les Légionnaires, la méthode dite «discursivo-affective» est nettement
plus discursive qu'affective. En fait, elle apparaît plus comme un effort
éreintant que la volonté impose à l'intellect, aux émotions et à l'imagination,
et qui annihile en définitive, toute créativité personnelle. Un légionnaire
voit la prière comme un moyen de plus de se forcer à accomplir la Volonté de
Dieu, qui est manifestée de façon infaillible dans les Règles Légionnaires et à
travers les ordres de ses «Supérieurs légitimes»
La prière est une pratique routinière pour ancrer dans mon esprit la
mystique de la Légion à savoir que Dieu a choisi le Père Maciel de toute
éternité pour fonder cet ordre, appelé plus tard «mouvement». La volonté de
Dieu se manifeste de façon infaillible à travers les ordres et même les désirs
de mes Supérieurs légitimes. La méditation est le moyen par lequel le Saint
Esprit me convainc de cette vérité, indubitable. Mon expérience personnelle de
la méditation s'est avérée transformée en un exercice sans vie, une source de
confusion, sonnant le glas de ma vie de prière. Aucun de mes Directeurs
Spirituels ne m'a jamais suggéré d'essayer d'autres façons de prier. Et si j'ai
appris d’autres méthodes, ce fût à titre purement abstrait.
Un flux constant d'activités, de rituels et de prières
Le rythme de vie quotidienne du Légionnaire consiste en un flux incessant
d'activités de prières et de rituels, destinés à le maintenir dans un état
constant d'enthousiasme vis-à-vis de sa vocation à la Légion. Il commence sa
journée en se levant au cri de ralliement: «Christ, notre Roi!», auquel il
répond automatiquement à moitié endormi: «Que ton Règne vienne!» Il se
précipite sous la douche et doit se dépêcher pour arriver aussi tôt que
possible à la chapelle, pour commencer les prières du matin, qui sont récitées
en chœur avec le directeur de chapelle. Il retourne ensuite dans sa cellule ou
sa chambre, s’abîmer dans une méditation assoupissante de cinquante minutes qui
se termine par un examen de la méditation de dix minutes. Ensuite, il est temps
d'aller à la messe, observant encore toute une série de réponses rituelles
récitées en chœur.
Un Légionnaire doit être tout le temps occupé, et jamais oisif
(«desocupado»); Il ne doit jamais laisser son esprit, son cœur ou ses mains,
vides selon l'adage: «des mains oisives font le travail du démon». Le monde, la
chair et le démon sont tout le temps en train d'assaillir le Légionnaire...
c'est pourquoi il doit toujours être sur ses gardes, occupé soit à travailler
ou à prier – ce qui revient à dire «à réciter des prières». Le Légionnaire doit
accomplir de nombreux «actes de piété» pendant la journée, qui l'aident à
rester occupé mentalement. Les dix-sept «moyens quotidiens pour cultiver la vie
spirituelle», déjà ébauchés dans les Constitutions (x), sont développés ensuite
dans les Principes et Normes de la Légion du Christ (PNLC) (xi). Chaque
semaine, le Légionnaire doit également utiliser dix autres moyens, qui
culminent avec la Direction Spirituelle (xii). D'autres exercices encore, des
examens de conscience et des prières sont prescrits mensuellement ou
annuellement. Il faut ajouter à cela, le fait que la formation légionnaire et
que la vie apostolique supposent un rythme effréné, une pression constante en
sus du travail de routine. C'est ainsi qu'il ne reste pratiquement aucune place
pour une vie spirituelle personnelle, aucune place pour le doute non
plus.
Dans le cycle hebdomadaire, trois activités contiennent d’éventuels éléments
de «dénonciation»: le bilan d'équipe, la «rencontre avec le Christ», et la
Direction spirituelle. Le premier est une version remaniée de la tradition
monastique de «correction fraternelle». Dans les maisons et les communautés
légionnaires dans lesquels se trouvent suffisamment de membres, la communauté
est divisée en «équipes» pour différentes activités. Une fois par semaine,
chaque équipe se retrouve pendant une heure pour accomplir son «bilan»: «les
membres s'accusent les uns les autres des défauts respectifs qu'ils ont
observés (pendant la semaine), et analysent l'état spirituel et apostolique de
l'équipe.» (xiii) Bien que les Principes et Normes soulignent la nature
charitable de cet exercice, «les membres doivent accepter les observations
faites par d'autres, sans chercher à se justifier ou à donner des explications,
à moins qu'ils aient des raisons sérieuses.» (xiv)
La "Rencontre avec le Christ", une sorte de réflexion en équipe sur
l'Evangile, avec un aspect pratique dirigé vers l'apostolat, contient également
des éléments d'accusation publique. A un certain moment, en effet, les membres
de l'équipe sont invités à réviser leur «feuille d'engagement» (xv) (Hoja de
compromiso – c'est-à-dire: liste d'engagements spirituels) et ensuite, sans
faire d'autres commentaires, avouer devant les autres s'ils ont ou non,
accompli chaque point.
Il n'y a jamais de place pour des questions, une discussion éclairée, une critique positive sur les règles ou la structure de l'ordre.
Quel type de Direction Spirituelle?
On pourrait penser que la Direction Spirituelle donnerait aux membres le
moyen de surmonter le problème existant de la rigidité de la prière ainsi que
celui du sentiment d’urgence et de stress permanent, grâce à un échange en
confiance avec le guide spirituel… Si les numéros d'introduction de la partie
concernant la Direction Spirituelle mettent bien l'action de l'Esprit Saint au
centre de la scène, (xvi) le choix même du terme de direction, plutôt que
d'accompagnement en dit long. Les normes, qui deviennent rapidement concrètes
et pratiques, donnent au directeur un grand pouvoir pour «diriger» le «dirigé»,
considéré idéalement comme une personne docile. Le dirigé n'est pas supposé
poser des questions. Il n'y a pas de place pour parler de ses doutes, ses goûts
personnels, ses désirs, ses idées ou autres choses ambigües. Tout est
clairement exposé dans les Constitutions, ainsi que dans les lettres et
conférences de Nuestro Padre: la Direction Spirituelle est un moyen
supplémentaire pour mettre en oeuvre le plan de Dieu sur la vie des
légionnaires.
D'après les Principes et Normes de la Légion du Christ, «une bonne direction
spirituelle présuppose, en outre, de la part du dirigé:
1. Une docilité prompte et simple, pour écouter et suivre les conseils du Directeur, sans chercher à le conduire subtilement à lui faire prendre des décisions selon ses propres désirs et ses goûts personnels. 2. La persévérance sur le chemin indiqué par le Directeur. 3. La discrétion: le dirigé ne doit parler ni de ses problèmes aux autres, ni des conseils particuliers qu'il aurait reçu.
Il est nécessaire de bien se préparer pour la direction spirituelle afin que celle-ci soit fructueuse. En partant de votre programme de réforme de vie et des résolutions prises lors de votre direction précédente, assurez-vous de présenter: 1. La situation générale de votre âme. 2. Le progrès de votre vie d'union avec Dieu à travers: la vie intérieure, la vie de piété – à savoir : principalement la prière mentale, la vie eucharistique et l'examen de conscience, la vie sacramentelle, la pratique des voeux, la fidélité aux moyens de persévérance prescrits par la Légion. 3. Votre expérience de vie en adhésion avec la spiritualité et méthodologie de la Légion. 4. Vos problèmes personnels et demandes de conseils. 5. Vos résolutions jusqu'à la prochaine direction spirituelle.
Malgré le fait de prétendre placer l'Esprit Saint au centre du déroulement
de la Direction Spirituelle, un Légionnaire d'aujourd'hui est amené à faire
exactement ce qu'un séminariste espagnol du 17ème siècle devait faire à son
époque, à savoir: «rendre compte de sa conscience.» Notez aussi que la relation
du Légionnaire avec son directeur spirituel («une docilité prompte et simple»),
est étrangement similaire à l'obéissance «qu'il doit» à son Supérieur
religieux. (xviii)
D'une façon ou d’une autre, la direction spirituelle légionnaire ne fournit
aucun moyen qui permette de sortir de l'emprise asphyxiante des milliers de
prescriptions de la vie quotidienne: le dirigé est obligé de rester à
l'intérieur de cette structure légionnaire où il apprend à ne pas poser
certaines questions et à ne pas utiliser ses facultés critiques. L'esprit,
ainsi refoulé, se sclérose.
Dévotion aux lettres de Nuestro Padre
Note du traducteur: Ce paragraphe aujourd’hui n’est plus actuel.
Néanmoins il demeure important pour comprendre à quel point ce dernier
constituait un objet de culte et était pris comme référence spirituelle au même
titre que les Saints ou les Saintes Ecritures. Cela permet aussi de supposer
les effets et répercussions que cette dévotion idolâtre, cette paternité
spirituelle reçue avec ferveur, ont pu avoir sur la vie des
légionnaires.
Un autre facteur d’endoctrinement est la dévotion légionnaire aux Lettres de
Nuestro Padre (cartas de Nuestro Padre en Espagnol, CNP). Dès son entrée au
noviciat, le légionnaire est encouragé à lire les 10 volumes reliés de lettres
du fondateur, que ce dernier a écrit aux membres de la congrégation. Une
version abrégée de celles-ci appelée «Envoi en mission» a été éditée et adaptée
pour les membres laïcs. Au novice, il est imparti un temps précis pour lire ces
lettres et il lui est conseillé de s’en servir pour nourrir sa méditation
quotidienne. Ces lettres sont mises sur le même pied d’égalité spirituelle que
la Bible ou les Evangiles. Les préceptes contenus dans ces lettres font office
de directives disciplinaires et pragmatiques dont la constante lecture et
relecture renforce, sous l’effet de la méditation, l’activité ininterrompue et
les exercices spirituels visant à créer le prototype idéal d’un légionnaire des
forces spéciales. Voilà l’effet escompté de nombreuses et laborieuses années de
formation. «C’est notre devise d’obéir sans répliquer: c’est notre désir de
faire ou mourir»
Troisième caractéristique
Les dirigeants imposent, au détail près, le mode de pensée,
d’action et de vie que les membres doivent adopter (par exemple, ils ne peuvent
prendre un rendez-vous, changer de travail ou se marier sans en demander la
permission – ou encore, il appartient aux dirigeants de prescrire quels genres
de vêtements ils doivent porter, où ils doivent vivre, s'ils doivent ou non
avoir des enfants, comment ils doivent punir leurs enfants et ainsi de
suite).
Les membres laïcs du Regnum Christi
Pour être en mesure d’examiner point par point, la façon dont la vie des
membres laïcs du Regnum Christi est contrôlée par les dirigeants, une étude des
Statuts du mouvement et de son Manuel serait nécessaire mais cela dépasse la
portée cet essai. Qu'il me suffise de dire que les membres laïcs, selon leur
niveau d'engagement (1er, 2ème ou 3ème degré), sont amenés à suivre un certain
nombre de règles et de règlements du même type que ceux des religieux et des
prêtres.
Les membres laïcs du troisième degré suivent un mode de vie semblable à
celui des Légionnaires. Ils sont liés par le célibat. Apparemment, les règles
de vie de la section féminine sont encore plus exigeantes. Un homme marié qui
appartient au 2ème degré doit suivre des règles qui régissent sa vie familiale
ainsi que ses obligations financières envers le mouvement. En cédant à la
congrégation le contrôle de ses revenus, il obtient en échange des avantages,
allant de la bourse d'étude pour ses enfants au sein des écoles légionnaires, à
l'accès à un logement dans un quartier résidentiel avec un éventuel supplément
de loyer, à un emploi au service du mouvement ou dans le réseau professionnel
des amis du mouvement, etc. Ces membres ne peuvent se marier qu'avec une
personne engagée au même degré qu'eux, car seule une femme du 2ème degré
pourrait comprendre et accepter un mode de vie aussi isolé et
contrôlé.
Les religieux et les prêtres légionnaires
La façon dont les dirigeants de la Légion du Christ veulent que les
Légionnaires vivent, pensent, agissent, a été minutieusement élaborée. Il y a
tout d'abord les Règles, les «Saintes Règles», telles qu'elles apparaissent
dans les Constitutions de la Légion du Christ. Il y a des incertitudes quant à
leur approbation par les autorités Vaticanes: on ne sait pas très bien quand,
ni comment, ni dans quelle mesure ces Constitutions ont été effectivement
validées. On ne sait pas non plus, combien il y a de versions de ces
Constitutions car il semble que la version transmise au Vatican n'est pas
exactement la même que les différentes versions qui ont été données aux
membres, en différentes occasions. Bref, dans l'une de ces versions
officielles, on ne trouve pas moins de 420 paragraphes numérotés, dont 200 dans
la troisième partie qui s'intitule «Esprit et Discipline de la Congrégation»
dans laquelle se trouvent les règles qui régentent la vie des membres. Ces
règles traitent de tous les thèmes principaux de la vie religieuse: la
spiritualité, les vertus recommandées, l'union et la charité, les voeux
religieux de pauvreté, chasteté et obéissance, les «voeux privés», les actes de
piété, les sacrements de confession et d'Eucharistie, les moyens de perfection
et de persévérance, la discipline religieuse, la correspondance, les contacts
avec la famille, l'utilisation des médias, certaines choses à éviter. Un
argumentaire final souligne le caractère obligatoire de ces constitutions en
raison de leur caractère sacré.
La Tradition de L’Eglise Catholique veut que les Constitutions et Règles
d'un ordre religieux ou d'une congrégation aient un nombre limité. Le fondateur
de la Légion du Christ, cependant, afin de circonscrire de la façon la plus
précise et explicite les moindres détails de la vie des membres, y a ajouté un
autre manuel «les Principes et Normes de la Légion du Christ» (PNLC),
rassemblant toutes les autres normes de la «tradition légionnaire» que le chef
de la congrégation n'avait pas réussi à inclure dans les Constitutions. La
version de 1984 des Principes et Normes de la Légion du Christ contient, sur
plus de 90 pages, 840 normes qui reprennent en plus amples détails, les sujets
déjà traités dans les Constitutions. Voici la table des matières de cette
version:
Introduction (1-5)
1ère partie: Orientations pour la vie du Légionnaire (détaillant chaque étape de formation – noviciat, études et pratique apostolique – ainsi que la vie des prêtres) (6-96)
2ème partie: Principes d'abnégation (97-114)
3ème partie: Guide pour la vie légionnaire:
Règles détaillées pour les actes de piété, quotidiens et périodiques (115-338)
Règles détaillées pour certaines activités (339-439)
Certaines vertus (440-573)
4ème partie: Les Traditions spécifiques aux légionnaires (574-807)
«Exhortation finale du fondateur» (808-840)
Dans son exhortation finale, le fondateur, invoquant l'Esprit-Saint, rend
grâce à Dieu pour tous les saints légionnaires «bons et fidèles serviteurs» et
évoque les cas de tous ces membres qui ne sont pas «bons et fidèles». Il
explique comment repérer et mettre à l'écart ces malheureux religieux qui ayant
succombé à leur sensualité, leur orgueil, leurs passions déréglées et aux
tentations du démon, tombent dans les tenailles de la «tiédeur
spirituelle»:
«En tant que fondateur, moi, interprète de la volonté de Notre Seigneur Jésus Christ, je préfère une Légion composée d'une centaine d'hommes obéissants et saints à une Légion composée de cinq mille hommes indisciplinés, marchant sur la voie large et facile du monde plutôt que sur le sentier étroit de la croix.»(xxi)
Tout fondateur ordinaire, guide ou législateur, trouverait que ce
commentaire répond à une nécessité de règles et de normes suffisamment
élaborées. Mais le Père Maciel, lui, ne s’en satisfaisant pas, a eu le besoin
impératif d'aller encore plus loin dans la description de ce qu’il attend de
ses membres dans la façon de penser, de sentir et d'agir. Peut-être que son
«charisme» particulier réside dans le fait de pouvoir décrire en termes
pratiques tous les aspects comportementaux de la vie d’un Légionnaire tels
qu’il les conçoit: Preuve est de ce charisme, un autre instrument de formation
légionnaire: «Les Règles de Savoir-Vivre de la Légion du Christ» (xxii), dont
voici la table des matières:
1ère partie: Aspects de formation sociale du Légionnaire
L'apparence et la présentation personnelle (6-19)
L'hygiène personnelle (20-28)
Les bonnes manières: en général; avec Dieu; avec d'autres Légionnaires; avec sa propre famille; avec les femmes; avec des femmes consacrées du Regnum Christi; avec des familles, en apostolat; avec des évêques, des prêtres et des religieux (29-95)
Les vêtements (96-148)
Les bonnes manières à table (149): avant de s'assoir (150-157), à propos de la façon de s'assoir (158-165), de se servir (166-178), de manger (179-199), d'utiliser les couverts (200-225), de manger certains plats, comme: le pain, la soupe, les pâtes, le fromage, les oeufs, la viande, le poisson, le poulet, les légumes, la salade, les frites, les fruits et les desserts (226-265).
2ème partie: A propos de la tenue dans les diverses pièces des centres (226-333)
La chapelle (272-285)
La réception (286-289)
La bibliothèque (290-304)
La salle de conférence (305-310)
Le salon (311-317)
La salle à manger (318-319)
La cuisine (320-322)
La salle de bain et les douches (323-329)
Les jardins (330-333)
Les normes détaillées que suivent tous les Légionnaires expliquent pourquoi
ces derniers apparaissent souvent aux «étrangers» comme des personnes
identiques dans leur présentation «façonnés sur le même modèle». Un échantillon
des normes donne aussi l'impression au lecteur que le style et le comportement
du légionnaire est celui d’un individu soigné et équilibré. On peut trouver
aussi chez certains légionnaires une forme exagérée de maîtrise de soi, voire
de stoïcisme, qui peut mettre mal à l’aise le plus observant. Quelques-unes de
ces normes externes empêchent le Légionnaire d’exprimer ses émotions
l’obligeant à être constamment sur ses gardes lorsqu'il est avec d'autres
personnes. Ces instructions émaillant tous les aspects de la vie des
Légionnaires, empêchent même toute occasion d’ouverture envers ses propres
frères. Il faut prendre garde aux «confidences» qui conduisent à s'échanger des
notes, à débattre et éventuellement, à se permettre de critiquer certains
aspects de la vie légionnaire. Voici quelques-unes de ces normes qui reflètent
bien cette idée: (xxiii)
Le visage d'un légionnaire appartient aux autres. Montrez-vous toujours joyeux et serein, comme signe de votre richesse intérieure. D'autre part, évitez la timidité, l'insécurité ou la pusillanimité. N'affichez pas un visage préoccupé, triste, sombre ou dégoûté, et évitez d'extérioriser votre joie de façon exagérée ou bruyante. (9)
(Dans vos relations avec d'autres légionnaires) soyez très respectueux dans vos manières, évitant les manifestations familières de confiance excessive, comme le fait de passer le bras au-dessus d'une épaule, de se toucher ou de se pousser; En privé comme en public, n'utilisez pas le tutoiement, mais préférez le vouvoiement. (54)
(Entre frères) Ne montrez jamais aux autres vos états d'âmes, vos difficultés et vos problèmes. Réservez cela aux personnes avec lesquelles vous êtes censé en parler. (57)
Notez dans la référence précédente l’incitation à ne parler de ses problèmes
qu'au Directeur Spirituel/Supérieur, qui les traitera de façon à satisfaire aux
objectifs de la congrégation.
Après une visite dans un centre ou oeuvre apostolique, ne parlez que des aspects apparemment positifs, stimulants et édifiants et n’évoquez jamais avec les autres, les problèmes ou les aspects négatifs qui ont pu être observés. (61)
(En famille) Ne laissez jamais la tristesse ou la nostalgie pénétrer les relations avec votre famille, et ne vous habituez pas à leur partager vos états d'âmes ou émotions lorsque vous traversez une période de dépression ou de difficultés que vous n'avez pas encore surmontée, afin de ne pas inquiéter votre famille avec des problèmes qui ne regardent que votre relation personnelle avec Dieu et avec la Légion. (66)
Voici maintenant un exemple de la minutie de certaines normes. Il s'agit
dans le cas présent de l’usage des couverts:
Prenez les couverts par la partie supérieure du manche, sans étendre l'index pour ne pas l'appuyer sur le dos du couteau ou sur les dents de la fourchette. (200)
Ne séparez pas le petit doigt quand vous vous servez de vos couverts, du verre ou de la tasse. Le raffinement doit toujours aller de pair avec la simplicité. (201)
La lecture attentive des Règles de Savoir-Vivre de la Légion du Christ donne
à penser que, outre l’effet de réglementer dans le détail de nombreux aspects
externes de la vie quotidienne du Légionnaire, elle peuvent devenir le moyen de
contrôler, par voie de conséquence, les relations interpersonnelles entre les
membres et les relations entre les membres et leurs familles. Elles vont même
jusqu'à légiférer sur la gestion et l'expression des pensées personnelles,
opinions, jugements et émotions de ces membres au point qu’il est permis
d’affirmer que la mise en application de ces prescriptions s’emparant de chaque
détail de la vie quotidienne du Légionnaire, sont le signe bien réel d’une mise
sous contrôle de l’esprit. Comme le dit Steve Hassan:
«… le contrôle de l'esprit peut se comprendre plus largement à travers l'analyse des trois composantes décrites par le psychologue Léon Festinger, dans ce qui est désormais connu comme la « théorie de la dissonance cognitive ». Ces composantes sont: le contrôle du comportement, le contrôle de la pensée, et le contrôle des émotions. Chacune de ces composantes a un effet très fort sur les deux autres: si vous en changez une, les autres tendront à suivre. Réussissez à changez les trois, et vous détruisez l'individu.»
Hassan continue son explication:
«Cependant, fort de mon expérience dans l'étude des sectes destructrices, j'ai ajouté une composante supplémentaire qui est essentielle: le contrôle de l'information.» (xxiv)
Quatrième caractéristique
Le contrôle de l’information restreint la capacité de penser par
lui-même de celui qui la reçoit. (xxv)
Le cloître et la correspondance
Le contrôle de l’information est une autre caractéristique fondamentale
propre à la Légion. La disposition physique des centres de formation et les
limites des maisons communautaires sont bien définies et personne ne peut s’en
absenter sans la permission explicite du Recteur. Celui qui sort doit toujours
être accompagné par un autre religieux pendant qu’il est à l’extérieur (xxvi).
Les légionnaires en tant que membres de la Congrégation doivent observer les
règles du cloître et suivre à la lettre les normes concernant les sorties comme
décrites dans Art.1 du ch IV des Constitutions.
A l’intérieur de la maison, le légionnaire est isolé du monde extérieur et
toute information susceptible d’entrer est strictement contrôlée. Un
légionnaire peut écrire à ses parents une fois par mois. Il ne doit pas dédier
de son temps à une correspondance frivole ou mondaine avec sa famille ou les
gens de l’extérieur (xxvii). Toute information est «revisée», c’est à dire
censurée comme le stipule l’extrait suivant:
Le Recteur ou Supérieur du centre ou tout autre religieux désigné, doit
contrôler toutes les lettres qui entrent et ne remettre aux destinataires que
celles qu’ils pensent convenables. Dans les œuvres apostoliques, le Directeur
de l’apostolat n’est pas censé faire cela mais plutôt le Supérieur ou Assistant
Supérieur du Centre d'apostolat auquel appartient le Directeur
(xxviii).
Les religieux ont le droit de répondre aux lettres qu’ils reçoivent dans la
mesure où l’échange n’a pas lieu de façon régulière et n’est pas, selon le
Recteur ou le Supérieur le signe d’une amitié qui pourrait être néfaste ou
simplement serait une perte de temps, lequel devrait être dédié à l’apostolat.
(xxix)
Sans justificatif fondé, le Recteur ou Supérieur n’autorisera pas les
religieux, spécialement les jeunes à écrire à des femmes. (xxx)
Le témoignage d’une ancienne consacrée, membre du Regnum Christi semble
montrer que cette branche applique les mêmes règles et que la pratique est la
même que chez les hommes. Ces règles ne sont pas connues des membres quand ils
rentrent dans la congrégation. Ils en sont informés peu à peu, après avoir
prononcé leur promesse (dans la partie consacrée, les membres n'ont pas le
statut de religieux et ne prononcent pas de « voeux », mais des promesses,
au tout début de leur formation).
En ce qui me concerne, on m’a dit que j’étudierai à Rome, que je continuerai à voir mes amis (même les garçons) et que j’avais la vocation la plus évidente qu’il leur avait été donné de constater. Tout semblait parfait.
Mais il y eut plusieurs incidents et je me dois de parler d’un événement particulier. Il s’agit de la mort subite de mon ami. Nous nous connaissions depuis longtemps et avions même était au bal ensemble. Je reçus un appel téléphonique de ma meilleure amie, me disant qu’il avait été retrouvé mort dans un accident de voiture, en état d’ébriété.
Ne sachant pas quoi faire, j’ai été voir ma directrice. Elle m’a dit stoïquement que je ne devais plus penser à cela et essayer d’oublier. Je n'ai jamais été autorisé à faire quelque chose, ni même d'envoyer une lettre de condoléance à sa famille!!. Cela ne me semblait pas juste. (xxxi)
Contacts avec la famille, les étrangers, les femmes, les frères
Les religieux doivent vivre leur vie consacrée dans un esprit de détachement pour tout ce qui concerne leurs relations avec la famille et ils doivent s’efforcer d’agir dans le seul but de les gagner au Christ (xxxii)
Aussi étrange que cela puisse paraître, il peut se produire que les membres
oublient d'écrire leur lettre mensuelle à leurs parents. Cela arrive lorsqu’ils
ont quitté la maison à un si jeune âge qu’ils se distancient de leur famille au
point de perdre la notion de leur lien d’origine. Les Principes et Normes
conseillent au légionnaire d’observer scrupuleusement cette règle épistolaire
en signe de gratitude et d’affection et dans le but d’éviter des conflits entre
la famille et la Légion (xxxxiii)
Les religieux et les prêtres qui vivent dans le même pays que leurs parents
peuvent leur rendre visite deux fois par an mais ne sont autorisés à passer la
nuit dans la maison familiale que si la maison de la communauté se trouve à
plusieurs heures de voiture.
Les légionnaires ne prennent pas de vacances avec leurs familles mais
ensemble en communauté.
En ce qui concerne les «étrangers» (extranos), personne n’a le droit de
dîner avec les laïcs extérieurs au Centre sans obtenir préalablement une
permission expresse du Recteur ou du Supérieur. Le religieux ne devra pas
manger avec la même personne ou la famille plus qu’une fois par année (xxxiv).
Le contrôle des contacts sociaux s’étend non seulement à la famille et aux
«étrangers» mais aussi aux frères d’autres communautés religieuses ou maisons.
Le chapitre 47 des Principes et Normes réglemente «la communication et les
rencontres entre les communautés.»
Dans la Légion, il n’est pas courant d’avoir des rapports ou contacts entre diverses communautés dans le même centre de formation ou entre différents centres apostoliques dans la ville ou pays et cela, à cause de raisons méthodologiques du système d’éducation et de formation (781)
Les deux normes suivantes des Principes décrivent comment certaines
exceptions à la règle doivent être possibles. La phrase «raisons
méthodologiques du systèmes d’éducation et de formation» est très vague. La
raison à cela est de pouvoir contrôler l’information et tout problème qui
surviendrait au sein de la communauté. Comme disait par le biais d’un dicton
populaire, un évêque mexicain en se référant au dernier scandale d’abus sexuel
«On lave son linge sale en famille».
Matériel de lecture et utilisation des Media
Conformément à la tradition de la Vie Consacrée, les légionnaires ne vont
jamais au cinéma. Ils ont droit à 6 films par an visionnés dans la maison
religieuse, dont le contenu a été censuré et dont le projectionniste filtre
attentivement tout passage jugé trop sensuel. La télévision est aussi
strictement contrôlée et sujette à des directives spécifiques: regarder les
nouvelles, débats sérieux, actualités de l’Eglise, programmes culturels et
scientifiques,
...mais pas de théâtre ou représentations de ce type (opéra, zarzuela, opérettes, ballets) pas de festivals ou musique populaire. Droit de regarder 5 événements sportifs par an. La radio ne doit être utilisée que comme substitut à la télévision selon les mêmes normes. Il est strictement interdit aux religieux de posséder radio, télévision ou instruments de ce type dans leur chambre ou bureau (xxxv).
Si les légionnaires en ont absolument besoin, ils doivent obtenir l’autorisation du Directeur Territorial, à travers le Recteur ou Supérieur du Centre. «Le Directeur Territorial doit consulter le Directeur Général pour chaque cas et ne jamais octroyer de permission sans son accord» (xxxvvi)
Les règles pour les journaux ou hebdomadaires sont tout aussi
strictes.
En parfaite connaissance de l’avis de son Conseil et Comité doctrinal de l’équipe conseil technique du Territoire, le Directeur Territorial doit fournir une autorisation écrite pour les journaux, hebdomadaires et tous les autres journaux que les religieux reçoivent dans chaque Centre». (xxxvii)
Les étudiants, les religieux, les prêtres n’ont pas le droit d’utiliser
internet en dehors de règles spécifiquement établies. L’accès à l’internet
«publique» est interdit aux membres réguliers à moins qu’ils aient une
exemption pour leurs activités apostoliques allant de pair avec l’usage du
téléphone. Ainsi, le légionnaire, non seulement pendant sa période de formation
qui dure une dizaine d'années, mais aussi après, reste très isolé, cloîtré dans
son «centre d’apostolat». Son accès à l’extérieur est strictement contrôlé,
censuré et modelé selon l’esprit et la mystique de la Légion.
Conclusion
J’ai expliqué et appliqué les trois caractéristiques de type sectaire à la
Congrégation de prêtres de la Légion du Christ et par extension au Regnum
Christi, son mouvement laïc. Elles sont les moyens utilisés par les
responsables, à des degrés divers, de contrôler le comportement, les pensées et
les émotions des membres.
Le contrôle de l’information est l’essieu d’un système et environnement de
type aliénant. Sur la base de ces données et témoignages, si l’on se réfère aux
paradigmes de Langone et Hassan, il y a de réelles raisons de s’inquiéter de ce
que la Légion du Christ et son mouvement laïc Regnum Christi exercent un
contrôle indu sur le mental de ses membres.
Il est très probable que d’autres évidences et études scientifiques
viendront bientôt corroborer cette conclusion.
Notes
(i) Réflexions
sur la Légion du Christ: 2003-2006, par Michael D. Langone. ICSA
e-Newsletter, 5(2), 2006.
(ii) Note: l'espagnol est la langue originale et unique du père Maciel,
fondateur et législateur de la Légion du Christ. Elle est par conséquent
également la langue officielle de la Légion.
(iii) Cela avait été d'abord publié dans la section « Légionnaires du
Christ », dans la partie « Moi et Marciel (fondateur de la LC) », sur
www.unitypublishing.com.
(iv) Constitutions de la Légion du Christ (CLC), Cheshire, CT, USA. 3
janvier 1991. Art. 5. Les voeux privés (Los Votos Privados), canon
314.
(v) D'après «Too High a Price» (Un prix trop haut), témoignage d'Andrew
Boyd, disponible sur le site de Regain
Network.
(vi) Correspondance entre Keith Keller et Paul Lennon, le 26 juin
2006.
(vii) D'après « Too High a Price » (Un prix trop haut), témoignage
d'Andrew Boyd, disponible sur le site de Regain
Network.
(viii) Cults in Our Midst: The Hidden Menace in Our Everyday Lives (Les
sectes sont au milieu de nous: la menace cachée de nos vies quotidiennes), par
Margaret Thaler Singer. San Francisco, CA: Jossey-Bass, 1995. pages 139 à
149.
(ix) Principios y Normas de la Legión de Cristo (Principes et Normes de la
Légion du Christ) par le père Marcial Maciel, LC. Reajo del Roble, Espagne:
Fête de la Pentecôte. 10 juin 1984, no. 139.
(x) Voir CLC, chapitre III, Actes de piété.
(xi) PNLC, pages 118 à 216
(xii) Ibid. pages 217 à 276
(xiii) Ibid. page 254
(xiv) Ibid. page 258
(xv) Ibid. page 264
(xvi) Ibid. pages 271 et 272
(xvii) Ibid. page 275
(xviii) Je me souviens – comme d'autre membres des années 60 – que notre
obéissance devait être « aveugle, prompte, joyeuse et héroïque. » Au
moment du Concile Vatican II, le terme « aveugle » est devenu
inacceptable. La version anglaise des Constitutions de la Légion du Christ dit
aujourd'hui: « Leur obéissance ne doit jamais être aveugle. Elle doit être
pleinement consciente et pleine d'amour, avec les même caractéristiques de
l'obéissance que notre Seigneur Jésus Christ a vécu et mis en pratique devant
son Père Céleste: motivée, prompte, joyeuse et héroïque. » (Constitutions
de la Légion du Christ, n. 301). Encore une fois, un mot est remplacé par un
autre, et une astuce permet de résoudre le problème de l'obéissance et du
contrôle effrénés.
(xix) Variation personnelle, d'après une citation d'Alfred Lord Tennyson,
dans « The Charge of the Light Brigade »
(xx) Titre original en espagnol: Estatutos del Movimiento Regnum Christi et
Manual des Regnum Christi.
(xxi) PNLC, p. 837.
(xxii) Normas de Urbanidad y Relaciones Humanas peut être traduit en
français par « Normes de savoir-vivre et de relations humaines ». Ce
manuel comporte 333 normes, mais ne comporte aucune date, ni aucun seau
officiel.
(xxiii) Ibid.
(xxiv) Combating Cult Mind Control (Combattre le Contrôle sectaire des
esprits), par Steven Hassan. Rochester: Part Street Press. 1990. p.
59.
(xxv) Ibid.
(xxvi) CLC, canon 372
(xxvii) CLC, canon 382.2
(xxviii) CLC, canon 383. 1&2
(xxix) CLC, canon 386
(xxx) CLC, canon 387
(xxxi) Témoignage d'anciens membres « Half Truths, Empty
Promises... » (Demi vérités, promesses vides... » disponible sur le
site de Regain
Network.
(xxxii) CLC, canon 388
(xxxiii) PNLC, p. 790
(xxxiv) CLC, canon 380, 2&3
(xxxv) CLC, canon 394
(xxxvi) CLC, canon 394
(xxxvii) CLC, canon 397
(xxxviii) CLC, canon 400, 1
(xxxix) CLC, canon 402
(xl)CLC, canon 369
Remerciements
Ce document a été présenté au départ à la Fondation des Familles Américaines (AFF) lors d'une conférence à Enfield, dans le Connecticut, le 18 octobre 2003.
Commentaires
Merci Xavier pour ces deux longs documents exceptionnels, que je vais m'empresser d'imprimer et de distribuer autour de moi.
Ce que je retiens, c'est le secret du Petit Prince: fermer les yeux pour ne pas se laisser éblouir ou séduire... oui, on en est là. C'est très juste. Peut-être faudrait-il offrir un bandeau au nouveau délégué, afin qu'il puisse se couvrir les yeux!
Oui, je m'y retrouve dans ce qui caractérise Maciel : ses penchants de pervers narcissiques-bisexuels-pédophiles-incestueux-morphinomanes-voleurs-menteurs-plagiaire...
Et on pourrait ajouter imposteur de 1ère catégorie, souteneur, père indigne, intrigant !
Les ravages, eux, continuent : entrées au noviciat... session des évêques du monde entier chez eux en ce moment même (cf Zenit), ça les fait connaître: quelle pub ! et en décembre les ordinations comme si de rien n'était ! De l'insolence pure !
La conférence de Paul Lennon est exceptionnelle. Ne pensez-vous pas que ce document serait un excellent point de départ pour les réflexions qui vont bientôt avoir lieu au sein de la Légion? Peut-être faudrait-il faire parvenir ce document à Mgr De Paolis? Ou peut-être même faudrait il suggérer à la Légion de se mettre en contact avec l'ICSA pour demander de l'aide à cette association?
Super ! Encore un document exceptionnel.
Juste une remarque le contrôle des lettres ça existe aussi chez les moines.
Maintenant je comprend mieux l'absence totale de remise en cause de certains Pères que je connais bien. Leur formation est une lobotomie de l'intelligence qui les rends incapables de prendre du recul sur la LC.
Merci, docteur !
A nous profanes, il est bon de savoir la définition de "Lobotomie". la voici :
Nom féminin
Sens Opération chirurgicale consistant à sectionner des fibres nerveuses du lobe frontal du cerveau
désolé les gars mais vous avez l'air complètement allumé. vous devriez vous faire suivre... ou aller voir quelqu'un (comme dirait gad elmaleh).
si le vatican ne voudait pas qu'il y ait d'ordination, il n'y en aurait pas.
en fait les sectes et la légion n'ont d'emprise que sur les faibles d'esprit... dommage que la sélection naturelle de Darwin ne fonctionne pas dans la psychologie... enfin, je m'arrête je deviens un eugéniste raciste...