L'Église persécutée? Oui, par les péchés de ses enfants
Par Xavier le samedi 15 mai 2010, - Lien permanent
C'est là, d'après Benoît
XVI, la "terrifiante" actualité du message de Fatima. Mais le dernier mot de
l'histoire est la bonté de Dieu. Qui doit être accueillie dans la pénitence et
avec un esprit de conversion
par Sandro Magister
ROME, le 14 mai 2010 – Étrangement, c’est pendant le vol, avant
l’atterrissage à Lisbonne, au matin du mardi 11 avril, que Benoît XVI a tenu
les propos les plus fulgurants de son voyage de quatre jours au Portugal,
centré sur sa visite à Fatima.
Il répondait aux journalistes présents dans l’avion. Apparemment, il
improvisait.
En réalité, ses propos étaient mûrement pesés. Les questions lui avaient été
transmises d’avance par le directeur de la salle de presse du Vatican, le père
Federico Lombardi. Et le pape en avait choisi trois, dont la troisième
concernait le "secret" de Fatima et le scandale de la pédophilie.
Voici cette troisième question, avec la réponse du pape, dans la transcription, caractéristique du langage parlé, fournie par les services du Vatican :
Q. – Et maintenant venons à Fatima, qui sera un peu le sommet spirituel de
ce voyage ! Sainteté, quelle signification ont pour nous aujourd’hui les
apparitions de Fatima ? Quand vous avez présenté le texte du troisième
secret à la Salle de presse du Vatican, en juin 2000, certains d’entre nous et
d’autres collègues d’alors y étaient, il vous fut demandé si le message pouvait
aussi être étendu, au-delà de l’attentat contre Jean-Paul II, à d’autres
souffrances des Papes. Est-il possible, selon vous, de situer aussi dans cette
vision les souffrances de l’Église d’aujourd’hui, liées aux péchés des abus
sexuels sur les mineurs ?
R. – Avant tout je voudrais exprimer ma joie d’aller à Fatima, de prier
devant la Vierge de Fatima, qui est pour nous un signe de la présence de la
foi, que c’est des petits proprement que nait une nouvelle force de la foi, qui
ne se limite pas aux seuls petits, mais qui a un message pour tout le monde et
rejoint le cours de l’histoire dans son présent et l’éclaire.
En 2000, dans la présentation, j’avais dit qu’une apparition, c’est-à-dire
un événement surnaturelle, qui ne vient pas seulement de l’imagination de la
personne, mais en réalité de la Vierge Marie, du surnaturel, qu’un tel
événement entre dans un sujet et s’exprime dans les possibilités du sujet. Le
sujet est déterminé par ses conditions historiques, personnelles, de
tempérament, et donc traduit ce grand événement surnaturel dans ses
possibilités de voir, d’imaginer, d’exprimer, mais dans ses expressions,
formées par le sujet, se cache un contenu qui va au-delà, plus profondément, et
c’est seulement dans le cours de l’histoire que nous pouvons voir toute la
profondeur, qui était – disons – "vêtue" dans cette vision possible aux
personnes concrètes.
Je dirais donc, ici aussi, au-delà de cette grande vision de la souffrance
du Pape, que nous pouvons en premier lieu rapporter au Pape Jean-éaul II, sont
indiquées des réalités de l’avenir de l’Église qui au fur et à mesure se
développent et se manifestent. Par conséquent, il est vrai que au-delà du
moment indiqué dans la vision, on parle, on voit la nécessité d’une passion de
l’Église, qui naturellement se reflète dans la personne du Pape, mais le Pape
est pour l’Église et donc ce sont des souffrances de l’Église qui sont
annoncées.
Le Seigneur nous a dit que l’Église aurai toujours souffert, de diverses
façons, jusqu’à la fin du monde. L’important est que le message, la réponse de
Fatima, ne réside pas substantiellement dans des dévotions particulières, mais
dans la réponse de fond, c’est-à-dire la conversion permanente, la pénitence,
la prière et les trois vertus théologales : foi, espérance et charité.
Ainsi voyons-nous ici la réponse véritable et fondamentale que l’Église doit
donner, que nous, chacun de nous, devons donner dans cette situation.
Quant aux nouveautés que nous pouvons découvrir aujourd’hui dans ce message,
il y a aussi le fait que les attaques contre le Pape et contre l’Église ne
viennent pas seulement de l’extérieur, mais les souffrances de l’Église
viennent proprement de l’intérieur de l’Église, du péché qui existe dans
l’Église. Ceci s’est toujours su, mais aujourd’hui nous le voyons de façon
réellement terrifiante : que la plus grande persécution de l’Église ne
vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église et que donc
l’Église a un besoin profond de ré-apprendre la pénitence, d’accepter la
purification, d’apprendre d’une part le pardon, mais aussi la nécessité de la
justice. Le pardon ne remplace pas la justice. En un mot, nous devons
ré-apprendre cet essentiel : la conversion, la prière, la pénitence et les
vertus théologales. Nous répondons ainsi, nous sommes réalistes en nous
attendant que le mal attaque toujours, qu’il attaque de l’intérieur et de
l’extérieur, mais aussi que les forces du bien sont toujours présentes et que,
à la fin, le Seigneur est plus fort que le mal, et pour nous la Vierge est la
garantie visible, maternelle, de la bonté de Dieu, qui est toujours la parole
ultime dans l’histoire.
Ces propos de Benoît XVI ont doublement étonné les observateurs.
Tout d’abord à cause de la lecture que le pape Joseph Ratzinger a donnée du
"secret" de Fatima. Une lecture qui n’était pas limitée au passé, comme dans
les interprétations ecclésiastiques courantes, mais ouverte au présent et à
l’avenir. "Celui qui penserait que la mission prophétique de Fatima est achevée
se tromperait", a-t-il répété aux fidèles devant le sanctuaire.
Et aussi – et plus encore – parce qu’il a affirmé que "la plus grande
persécution de l’Église ne vient pas des ennemis extérieurs, mais elle naît du
péché dans l’Église". Là aussi, il était en contradiction avec les opinions
exprimées par beaucoup d’ecclésiastiques, selon lesquels l’Église souffre avant
tout des attaques lancées contre elle de l’extérieur.
Mais dans les deux cas, Ratzinger n’a fait que confirmer et préciser des
opinions qu’il avait déjà exprimées en d’autres occasions.
Il suffit de se rappeler, par exemple, ce passage de l'homélie qu’il a
prononcée – là encore en improvisant – au cours de la messe célébrée le 15
avril dernier avec les membres de la commission pontificale biblique
:
"Il y a dans l’exégèse une tendance consistant à dire que Jésus, en Galilée,
aurait annoncé une grâce sans condition, absolument inconditionnée, et donc
sans pénitence, une grâce en tant que telle, sans présupposés humains. Mais
c’est une interprétation fausse de la grâce. La pénitence est grâce ; le
fait que nous reconnaissions notre péché est une grâce, le fait que nous
sachions que nous avons besoin d’un renouvellement, d’un changement, d’une
transformation de notre être est une grâce. La pénitence, le pouvoir de faire
pénitence, est le don de la grâce. Je dois dire que nous chrétiens, même ces
derniers temps, nous avons souvent évité le mot pénitence, qui nous paraissait
trop dur. Maintenant, sous les attaques du monde qui nous parlent de nos
péchés, nous voyons que pouvoir faire pénitence est une grâce. Nous voyons
qu’il est nécessaire de faire pénitence, c’est-à-dire de reconnaître ce qui est
erroné dans notre vie, de nous ouvrir au pardon, de nous préparer au pardon, de
nous laisser transformer. La souffrance de la pénitence, c’est-à-dire de la
purification et de la transformation, cette souffrance est une grâce, parce
qu’elle est renouvellement, parce qu’elle est œuvre de la miséricorde
divine".
Et le 19 mars, dans sa lettre aux catholiques d’Irlande, il avait écrit des
choses analogues. Par exemple, que les scandales de la pédophilie dans le
clergé "ont obscurci la lumière de l’Évangile à un degré qui n’avait jamais été
atteint, même dans les siècles de persécution". Et que seule une démarche de
pénitence, de la part de toute l’Église de ce pays, pouvait ouvrir à la
purification et à la conversion : en un mot, à la grâce.
Mais il y a plus. Toujours dans sa lettre aux catholiques d’Irlande, Benoît
XVI a écrit que le scandale des abus sexuels commis par des prêtres sur des
enfants "a contribué de manière très importante à l’affaiblissement de la
foi".
Aux yeux du pape, la disparition de la foi est le plus grand danger non
seulement pour le monde actuel mais aussi pour l’Église.
Tant il est vrai qu’il associe à ce danger ce qu’il appelle la "priorité" de
sa mission de pontife.
Il l’a écrit de manière parfaitement claire dans la mémorable lettre qu’il a
adressée aux évêques du monde entier le 10 mars 2009 :
"À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de
s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui
prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes
l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le
Sinaï; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au
bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité".
Et il l’a redit de façon identique sur l’esplanade du sanctuaire de Fatima,
le soir du 12 mai de cette année, en bénissant les flambeaux et avant de
réciter le rosaire :
"À notre époque, où la foi dans de vastes régions de la terre, risque de
s’éteindre comme une flamme qui n’est plus alimentée, la première de toutes les
priorités est celle de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes
l’accès à Dieu. Pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le
Sinaï ; ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour vécu
jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1), en Jésus Christ crucifié et
ressuscité".
Parlant aux évêques du Portugal, l’après-midi du jeudi 13 mai, Benoît XVI a
re-proposé cette priorité à tous les catholiques de ce pays : "Gardez
vivante la dimension prophétique, sans bâillon, dans le contexte du monde
actuel, parce que 'la parole de Dieu n’est pas enchaînée !' (2 Timothée 2,
9)".
Mais il les a également avertis que, pour témoigner de la foi chrétienne,
les simples discours ou les rappels moraux ne suffisent pas. La sainteté de la
vie est nécessaire.
Cette même sainteté que, depuis longtemps, ce pape ne cesse de demander
avant tout aux prêtres. Spécialement en cette Année Sacerdotale de son
invention, qui va s’achever le mois prochain et au centre de laquelle il a mis
comme modèle un humble prêtre de campagne du XIXe siècle, le Saint Curé
d'Ars.
Parce que "c’est justement des petits que naît une nouvelle force de la foi". De ces petits qu’ont aussi été les trois pastoureaux de Fatima.
Commentaires
Je ne suis pas sur que la sainteté de vie soit si efficace: l'Eglise est aujourd'hui beaucoup plus vertueuse en général que dans les siècles passés, mais beaucoup dze gens ont perdus la foi et ne la retrouve plus alors qu'auparavant les attitudes scandaleuses des dirigeants de l'Eglise n'ont pas éloigné les peuples de la foi...
Cela peut etre aussi du au fait que des raisons autres que la foi d'aller à l'Eglise ont disparues, ou alors au temps que mettent ces causes à produire leurs effets...