Les prochains actes du drame légionnaire
Par Xavier le lundi 10 mai 2010, - Lien permanent
Voici un article fort intéressant de George
Weigel, publié le 5 mai 2010 sur le site "First
Things", qui offre une analyse très pertinente du Communiqué du Saint
Siège. Nous remercions l'aimable personne qui s'est donnée la peine de faire
cette longue traduction.
Au cours de l'année écoulée, les membres et les amis de la Congrégation des Légionnaires du Christ et du mouvement laïque qui lui est affilié, le Regnum Christi, ont travaillé dur pour essayer de «sauver ce qui peut être sauvé» du naufrage créé par la révélation que le fondateur de ces communautés, le père Marcial Maciel Degollado, a vécu une vie de vice, de duplicité et de turpitude morale pendant des décennies, au cours de laquelle il a eu plusieurs enfants; a abusé sexuellement des séminaristes; violé les canons sur le sacrement de la Réconciliation; trompé les papes, les officiels de la Curie, les évêques, ses frères Légionnaires et les membres laïcs du Regnum Christi, et financé tout cela en abusant des contributions versées pour soutenir le travail religieux des communautés qui l'appelaient Nuestro Padre ou Nuestro Padre Fundador.
Le 30 avril, les cinq Visiteurs apostoliques que le Pape Benoît XVI avait
chargés d'enquêter sur la Légion se sont réunis au Vatican avec les hauts
fonctionnaires du Saint-Siège, pour une session d'une journée à laquelle le
pape Benoît s’est joint pendant quatre-vingt-dix minutes.
Le 1er mai, le Saint-Siège a publié une déclaration sur l'affaire de la
Légion et sur les premières mesures prises pour sauver ce qui peut être sauvé.
La déclaration était sans ambages et reconnaissait que Maciel avait eu des
«comportements très graves et objectivement immoraux» dont certains impliquent
de «véritables délits et manifestent une vie dépourvue de scrupules et de
sentiment religieux authentique.»
La déclaration a en outre déploré ces structures de duperie et d'illusion au
sein de la Légion qui avaient facilité la double vie de Maciel, y compris
l’ostracisme «de ceux qui doutaient de l’honnêteté de son comportement.»
L'impact de cette structure de duperie continue à se faire sentir, poursuit la
déclaration, «dans la surprise, la détresse, et la profonde tristesse
ressentie par les membres de la
Légion» lorsque leurs supérieurs leur ont enfin dit un peu de la vérité sur
Maciel. En effet, la déclaration reconnaît que les faits sordides de l'affaire
Maciel «pourraient remettre en cause la vocation et le charisme central qui
sont ceux de la Congrégation des Légionnaires du Christ et leur sont
propres.»
En ce qui concerne les prochaines étapes dans l’immédiat, le Saint-Siège
nommera un commissaire ou un délégué pour diriger la Légion du Christ pendant
un avenir prévisible. La déclaration du 1er mai laisse entendre, et les sources
du Vatican le confirment, que ce délégué aura pleins pouvoirs, y compris pour
faire des recommandations au pape sur l'avenir de la Légion du Christ, avenir
sur lequel, paraît-il, toutes les options restent ouvertes. Le délégué fera
vraisemblablement face à plusieurs des principales préoccupations dégagées par
les Visiteurs apostoliques: «la nécessité de redéfinir le charisme de la
Congrégation des Légionnaires du Christ», la «nécessité de revoir l'exercice du
pouvoir au sein de la Légion», qui doit aller de pair avec la vérité, afin de
respecter la conscience et la «nécessité de préserver l'enthousiasme de la foi
des jeunes de la Légion ou de ses institutions… au moyen
d'une formation adéquate.»
Une commission du Vatican examinera attentivement les constitutions de la
Légion; cet examen devra tenir compte de la façon dont les constitutions
actuelles ont facilité les problèmes de la duperie, de l’abus d'autorité, et de
la mauvaise formation dans la Légion. Enfin, un Visiteur apostolique, qui doit
être nommé prochainement, entreprendra une visite apostolique du Regnum
Christi.
Si, en effet, tout ce qui concerne l'avenir de la Légion (et, par extension,
du Regnum Christi) reste à décider, de sorte qu'une discussion ouverte des
options n'est pas possible, les notes qui suivent peuvent être de quelque
utilité à ceux qui sont impliqués dans la résolution de ce drame de manière à
servir l'Église universelle tout en sauvant ce qui peut être sauvé des
Légionnaires du Christ et du Regnum Christi.
1. Le premier impératif pour l'avenir immédiat est de démanteler le «grand
récit» de l'histoire de la Légion, à la fois chez les Légionnaires du Christ et
dans le Regnum Christi, l'histoire soigneusement ficelée, nourrie et
inculquée de nobles œuvres finalement réalisées après d’humbles débuts et
souvent des persécutions. Certains de ces travaux de démantèlement ont
commencé, si l’on en croit les concessions récentes faites par des légionnaires
sur les péchés et les crimes commis par Maciel. Mais il y a toujours la
tentation de s'accrocher à un grand récit annoté, dans lequel Maciel apparaît
comme un homme imparfait qui a pourtant accompli de grandes choses. Avant que
les dirigeants de la Légion n’admettent très récemment les perfidies de Maciel,
certains, tant dans la Légion que le Regnum Christi, comparaient
Nuestro Padre à Saint-Augustin. Tout cela doit cesser, et le grand
récit doit être détruit de fond en comble.
À cette fin, le délégué à la direction de la Légion devrait demander que le
Saint-Siège prépare et publie un compte rendu de la double vie de Maciel, avec
ses crimes spécifiques décrits un par un. Ce récit serait alors remis à chaque
membre de la Congrégation des Légionnaires du Christ et à tous les membres du
Regnum Christi, qui seraient invités à signer une déclaration
indiquant que «je certifie que j'ai personnellement lu et compris le récit des
crimes du père Maciel qui a été fourni par le Saint-Siège.» Avec un tel
processus, il serait difficile, voire impossible, de reconstruire toute forme
de grand récit. En rendant public maintenant tous les détails du naufrage on
créerait ainsi un espace psychologique de réflexion sur l'avenir tout en
épargnant au Saint-Siège et au reste de l'Église catholique le goutte à goutte
de sinistres révélations mises en lumière pendant des décennies par les
journalistes d'investigation et les avocats des plaignants.
2. Au début de son travail, le délégué devrait envisager d'informer les
membres de la Congrégation des Légionnaires du Christ et du Regnum
Christi que, puisqu’ils se sont livrés à ces institutions sans connaître
la pathologie de leur fondateur, ils sont libres de les quitter sans péché,
culpabilité, honte ni remords.
Une telle déclaration est essentielle pour mettre fin au chantage moral qui
se poursuit encore aujourd'hui (selon des rapports crédibles de familles de
séminaristes légionnaires et d’étudiants des écoles du Regnum
Christi): «Puisque tu es venu à nous, c'est clairement la volonté de Dieu
que tu sois ici, et tu tournerais le dos à la volonté de Dieu et pècherais si
tu partais.»
Il faudrait développer des procédures d'exclaustration rapide pour ceux des
membres engagés dans la Légion qui souhaitent adhérer à une autre congrégation
religieuse ou être incardinés dans un diocèse. Il sera clair que ce qui doit
être sauvé de la débâcle actuelle, ce sont les vocations sacerdotales (beaucoup
d'entre elles impressionnantes et de grande valeur pour l'Église), pas
nécessairement les vocations légionnaires. Des procédures similaires pour aider
les membres laïcs du Regnum Christi à partir sans subir ni pression ni
stigmatisation sont essentielles pour une réforme authentique de ce
mouvement.
3. Les dirigeants actuels de la Légion, aux niveaux international et
régional, doivent être remplacés immédiatement et de manière globale, en
nommant des supérieurs provisoires qui serviront selon le bon plaisir du
délégué. Le délégué doit enquêter de manière approfondie pour savoir si les
membres actuels de la Légion ont été sciemment complices des crimes de Maciel,
et il devra procéder à la destitution de ceux qui l’étaient en les excluant de
la Congrégation des Légionnaires du Christ.
4. Par le biais de son délégué, le Saint-Siège devrait ordonner à la Légion
de suspendre immédiatement tout recrutement des vocations, y compris les
retraites et les programmes pour postulants, dont aucun ne devrait être repris
sans la permission du Saint-Siège. En même temps, le Saint-Siège devrait
charger les évêques du monde entier de surveiller de près les travaux de la
Congrégation des Légionnaires du Christ et du Regnum Christi dans
leurs diocèses, de telle sorte que la vie spirituelle et la conscience de ceux
qui fréquentent les écoles de la Légion et ceux qui suivent une formation
menant à la vie consacrée au sein du Regnum Christi soient
rigoureusement protégés. Les rapports crédibles de pressions répétées exercées
sur les consciences des jeunes devraient se traduire par la suspension
immédiate des prêtres légionnaires impliqués.
5. Le délégué devrait faciliter une réflexion théologique sérieuse au sein
des Légionnaires du Christ sur ce que la déclaration du 1er mai décrit comme le
«vrai noyau» du charisme de la Légion, à savoir, «celle de militia
Christi.» Ce charisme ne peut pas être raisonnablement attribuée à Marcial
Maciel, mais peut avoir émergé de la ferveur et des bonnes œuvres des membres
de la Légion. La façon par laquelle une telle chose a pu se passer exige une
sérieuse réflexion sur la dynamique du péché et la grâce dans l'Église et une
reconnaissance du fait que le zèle militant pour le travail évangélique de
l'Église est un don de l'Esprit Saint à l'Église tout entière, pas simplement à
un corps d'élite de religieux au sein de l'Église. En effet, une sérieuse
réflexion théologique sur l'avenir de la Légion devra inclure un examen
rigoureux de l'ecclésiologie de la Légion et de sa compréhension de la façon
dont elle «colle» au sein du Corps du Christ et de sa triple mission
d'enseignement, de sanctification et de service.
Historiquement, le charisme d'une congrégation religieuse a été profondément
et intimement lié à son fondateur, même si la fondation d'origine a par la
suite été divisée et subdivisée (comme, par exemple, avec les Franciscains,
dont les différentes communautés vivent néanmoins toutes aujourd'hui en
continuité avec le charisme originel de saint François). Dans le cas présent,
cependant, le fondateur doit être répudié: quelle que soit la forme canonique
qu’une Légion du Christ réformée, reconstituée ou refondée pourrait prendre,
son charisme ne peut pas être lié à Marcial Maciel. Comment elle pourrait être
lié au patrimoine spirituel de toute l'Église militante, par le biais des vies
saintes qui ont en fait été vécues dans la Congrégation des Légionnaires du
Christ, voilà une question exigeant une réflexion approfondie et une volonté
d'envisager un éventail complet de réponses possibles.
6. Étant donné la nature sans précédent de ce cas – une congrégation
religieuse manifestement capable de bonnes œuvres mais qui a été fondée par une
personnalité sociopathe – des options autres que la suppression ou la réforme
devraient être considérées. S’il est essentiel que le grand récit de l'histoire
de la Légion soit répudié en même temps que le fondateur, et si un mécanisme
doit être conçu pour veiller à ce qu’un avenir puisse être construit sans le
fardeau de ceux qui sont associés avec les maux du passé, alors peut-être qu’un
scénario de dissolution suivie d’une refondation pourrait être
exploré.
Un tel scénario pourrait se dérouler comme suit: Le délégué au gouvernement
de la Légion, après avoir pris les mesures mentionnées plus haut et avoir
conclu qu'aucun programme de réforme de l'intérieur n’est susceptible de
s'avérer faisable, convoquerait une Congrégation générale de la Congrégation
des Légionnaires du Christ. La Congrégation Générale, après avoir réfléchi sur
le dossier constitué par les Visiteurs apostoliques, terminerait ses travaux
par la dissolution de la Légion actuelle pour ouvrir la voie à une
«refondation», la création d'une nouvelle communauté religieuse dédiée aux
tâches de la formation des laïcs, au renouvellement spirituel, et à
l'évangélisation et à l'éducation catholique qui a caractérisé le meilleur du
travail de l'ancienne Légion.
Ayant accepté la décision de la Congrégation Générale de dissoudre la
Congrégation des Légionnaires du Christ, le Saint-Siège nommerait une
commission, composée en partie de prêtres ainsi devenus ex-légionnaires, d’une
intégrité indiscutable, et en partie d'autres prêtres et d’évêques de probité
reconnue, afin de recevoir et d’examiner les candidatures de ces prêtres et
séminaristes de la Légion – maintenant dissoute – qui souhaiteraient entrer
dans la nouvelle communauté.
Cette commission aurait le pouvoir de rejeter les demandes de ceux dont les
liens avec le passé de la Légion créerait des difficultés pour l'avenir de la
nouvelle communauté. En supposant qu’un nombre suffisant de candidats soient
jugés acceptables, une élection serait alors organisée pour constituer un
comité chargé de définir la mission de la nouvelle communauté et la rédaction
de lois provisoire pour sa gouvernance, sous la supervision d'un délégué
apostolique qui présiderait le comité. Cet énoncé de la mission et de la règle
de la vie serait alors soumis au processus normal d'examen par le
Saint-Siège.
On objectera que cette manière non conventionnelle d'aborder la crise
ecclésiastique provoquée par l'affaire Maciel ne peut pas fonctionner: le
travail des différentes institutions légionnaires et du Regnum Christi
serait gravement perturbé, la question des propriétés serait sans cesse en
litige, et une maison ecclésiastique devrait être trouvée pour ceux qui
choisiraient de ne pas rejoindre la communauté nouvelle ou qui se seraient vu
refuser d’y entrer.
Pourtant, si l'objectif demeure de sauver ce qui peut être sauvé des travaux
de la Congrégation des Légionnaires du Christ et du Regnum Christi, il
doit y avoir une rupture claire, sans équivoque, et publique avec le passé et
avec la personne de Marcial Maciel. Auto-dissoudre l'actuelle Légion et créer
une autre communauté religieuse consacrée à la bonne œuvre que la Légion a
accomplie – y compris la direction spirituelle d'un Regnum Christi
«refondé» – aiderait à casser la fièvre du grand récit et à mettre fin au culte
de la personnalité de Maciel, qui ont tous deux fortement contribué à la crise
actuelle des Légionnaires du Christ et du Regnum Christi.
En ce qui concerne les questions des titres de propriété, il y aura sans
aucun doute des procès, avec ou sans dissolution et «refondation», étant donné
les enjeux financiers que les révélations de la double vie de Maciel ont déjà
soulevés. Trouver une maison ecclésiastique pour les ex-légionnaires dont les
vies passées interdit l'admission à la nouvelle collectivité ne devrait pas
être impossible, bien que ce soit difficile.
Proposer d’envisager sérieusement une telle manière de procéder – sans
précédent –n'est pas dire qu’une situation désespérée appelle des mesures
désespérées, mais c’est affirmer que de grands maux nécessitent le recours à
l’héroïsme de la vertu, dans ce cas, l'exercice héroïque des vertus cardinales
de courage, de justice et de prudence. Si, comme je crois que nous devons le
croire, Dieu peut faire sortir le bien du mal dans cette affaire Maciel, alors
l'exercice de la prudence au service de la justice et le courage exigent
d'ouvrir un chemin au long duquel le bien qu’on trouve chez les Légionnaires du
Christ et le Regnum Christi puisse trouver sa place à l'avenir, en
oubliant les chaînes du passé. Cela nécessite de casser ces chaînes, chaînes
théologiques, psychologiques, historiques et, on le suppose,
institutionnelles.
George Weigel est Distinguished Senior Fellow du Centre de Politique publique et d'éthique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d’Études catholiques.
Commentaires
Bonsoir,
le plan proposé par George WEIGEL est un grand classique du management.
On sort les actifs pourris de l'institution et on les dépose dans une structure Ad Hoc, on réforme et refonde l'institution de base....
Technique usée pour le crédit lyonnais et la crise des subprimes, réforme des banques...
la légion sera toujours à la pointe du management ....
Reste pour pour ses membres de se retrousser les manches et de se mettre au travail pour rester fidèle à leur baptême.
Moi je propose que l on refonde la Legion avec une spiritualité ignacienne et ils seraient aux Jesuites ce qu est la Province de Toulouse a la Province de France chez les dominicains !
Moi je dis ca ..
A lire aussi ce article dans la Vie.
http://www.lavie.fr/hebdo/2010/3376...
Je viens de découvrir votre blog ! En tant que catho et animateur d'aumônerie, je tiens à vous féliciter pour les infos que vous nous faites parvenir. Continuez car les dégâts occasionnés par des groupuscules extrémistes, sectaire, tentaculaires et puissants comme "les légionnaires" sont terribles pour beaucoup de personnes abusées et pour l'Eglise dans le monde.