Pour comprendre le problème, à sa racine.
Par Xavier le vendredi 7 mai 2010, - Lien permanent
Il y a deux livres qui m'ont marqué ces derniers temps, et dont la
publication est arrivée - providentiellement? - alors que nous assistions,
médusés, à l'avalanche nauséabonde de toutes les révélations sur l'affaire
Maciel. Deux livres clés, donc, qui permettent de mettre des mots sur les
réalités invisibles et mystérieuses en jeu dans l'affaire actuelle. Or, mettre
des mots, comprendre... est une étape indispensable dans toute guérison
spirituelle. Car comprendre ("prendre avec"), cela signifie ne plus être passif
devant un système qui continue son oeuvre de destruction en nous. Mettre des
mots, cela signifie être capable d'identifier l'origine du problème, à sa
source, pour être capable, ensuite de le déjouer et de le
dépasser.
Le premier livre, La Foi des démons, de Fabrice Hadjadj décrit les
mécanismes spirituels présents dans toute déviance sectaire. Le second livre,
Le Divin et le divan, de Macha Chmakoff (que je présenterai dans un article
suivant) décrit les mécanismes psychologiques en jeu et permet de comprendre
pourquoi, alors que tout semble tellement parfait, on est en fait en train de
faire fausse route.
D'après un article de Jean Mercier, dans le
journal La Vie:
Longtemps,
on l’a cru réservé aux grands mystiques. Mais le « combat spirituel », à
savoir la résistance face aux forces du mal, connaît aujourd’hui une forte
réhabilitation. En témoigne le succès du livre de Fabrice Hadjadj, la Foi des
démons ou l’athéisme dépassé, qui vient d’être couronné par le prix de
littérature religieuse. L’auteur y démontre que le diable œuvre surtout sous
l’apparence du bien. Le défi consiste donc à repérer ses ruses... Suivons
Fabrice Hadjadj à partir de sept affirmations chocs résumant les différentes
thèses sur Satan que le philosophe théologien expose dans son ouvrage.
1 Il connaît Dieu !
Fabrice Hadjadj relève que, dans les Évangiles, les démons disent la vérité
sur Dieu. Face à Jésus, tel esprit impur l’invective ainsi : «Je sais qui
tu es: le saint de Dieu.» Le diable adhère au Credo avec son esprit mais pas
avec son cœur. Fabrice Hadjadj a recours à une image : dans l’orchestre,
Satan connaît par cœur la partition, mais refuse de la jouer. En ce qui nous
concerne, avoir la foi ne protège pas du Malin. Hadjadj voit le diable à
l’œuvre moins chez ceux qui font profession d’athéisme qu’au sein des
«chrétiens» sûrs de détenir la vérité. Le nec plus ultra de la possession
diabolique est l’hypermilitance traditionaliste ou progressiste, «qui consiste
à se sentir meilleur tout en pouvant se poser en minorité
persécutée».
Le remède. Demander à Dieu de nous inciter à nous méfier de nous-mêmes, dès
que l’on pense détenir la vérité, surtout en matière religieuse.
2 Il veut la sainteté à la force du poignet
Le défi du diable est aussi, selon Hadjadj, de nous faire «croire que l’on
peut sauver l’homme sans la grâce», de nous persuader que nous devons être des
saints par nous-mêmes, selon la seule idée que nous nous faisons de notre
sainteté, et sans que nous ayons à consentir au fait que nous sommes
irrémédiablement pécheurs.
Le remède. Redire à Dieu, tous les matins et tous les soirs, que nous avons
besoin de sa miséricorde. Ceci n’a rien à avoir avec une complaisance morbide.
«Être humble n’est pas se rabaisser, c’est se laisser relever par
Dieu.»
3 Il est à l’aise dans le spirituel
Selon l’idée reçue, Dieu est spirituel, alors que le diable est matérialiste
et nous tente par la chère et la chair. Hadjadj renverse tout : «Le vrai
problème est le suivant: Satan est très spirituel. Sa nature même est d’un
esprit pur. La spiritualité, c’est son truc.» Hadjadj subvertit la
traditionnelle opposition entre la chair et l’esprit : Satan ne peut pas
accepter l’option radicale de Dieu en faveur du charnel. Il ne peut pardonner
au Tout-Puissant d’avoir quitté le Ciel pour partager l’humble condition
humaine jusqu’à la mort sur la Croix. Du coup, il «se frotte les ailes» lorsque
les chrétiens, résistant au péché matérialiste, tombent dans l’orgueil
spirituel à travers la fuite dans un spiritualisme exacerbé.
Le remède. Davantage s’inquiéter de son orgueil caché que se focaliser sur
son matérialisme incorrigible.
4 Il désire notre bonheur par notre autonomie
«Manager de la suffisance et père de l’utopie», d’après la formule de
Fabrice Hadjadj, Satan n’a pas d’autre but que de nous persuader que nous
sommes capables d’être heureux uniquement par nous-mêmes. « L’essence du
péché démoniaque est de faire le bien par ses propres forces, de planifier un
bonheur sans surprise. » Le diable pervertit même ce qu’il peut y avoir de
plus généreux, le don de soi, si l’on va «jusqu’à vouloir donner sans avoir
reçu, jusqu’à parler sans avoir écouté, à partir de ce qui ne viendrait que de
soi seul».
Le remède. S’abandonner dans la confiance à Dieu pour recevoir tout de lui,
renoncer à tout assumer par ses propres forces. Ce qui implique aussi
d’accepter de demander de l’aide, de renoncer à tout contrôler.
5 Il souhaite que nous comprenions Dieu
Hadjadj rappelle que le but du démon est de nous maintenir dans «une foi
sans nuit, car à la mesure de nos propres clartés». Or, Dieu, lui, au
contraire, «ne veut pas imposer un savoir si éclatant qu’il nous captiverait
comme des papillons sur l’ampoule». Il faut donc accepter que Dieu se cache, et
consentir à une certaine obscurité de son action en nous (lire pages 99 et
suivantes, les plus belles du livre).
Le remède. « Éviter l’introspection vaine et s’en remettre à l’inscrutable miséricorde. » Se refuser à comprendre comment et pourquoi Dieu agit nous invite aussi à ne pas nous inquiéter si nous nous sentons abandonnés par lui. Accepter que des collègues ou des proches aient reçu, de façon apparemment arbitraire, « plus » de grâces ou de talents que soi.
6 Il est partisan de la sincérité
Par tradition, le diable est dit le «père du mensonge». Hadjadj souligne que
le principe du mensonge diabolique est de se faire passer pour une vérité.
Hadjadj dénonce « une sincérité absolue qui réfère ultimement la vérité à
soi ». Or, la vérité se reçoit de Dieu. «C’est la vérité qui vient par bonté
nous prendre, et non pas nous qui la prendrions par la force. Parce que cette
vérité est celle de la rencontre et de la communion, non pas celle de la
prouesse et de l’indépendance.»
Le remède. Dans la prière, demander à Dieu de nous faire échapper à l’image que nous avons construite de nous-mêmes et que nous prenons pour l’absolu. La même chose vaut en ce qui concerne les autres ou «l’institution» Église.
7 Il adore les principes et les valeurs
Hadjadj constate que nous nous sentons souvent plus prompts à vouloir venir
en aide à des gens à l’autre bout de la planète qu’à supporter les défauts de
notre conjoint ou de nos collègues. «Monsieur le spirituel (Satan) est
favorable à la foi dès qu’elle est désincarnée et se fait le promoteur de la
charité, tant qu’elle n’est que discours ou distance.» Selon Hadjadj, la vraie
charité se concrétise dans le simple fait d’honorer nos devoirs auprès de nos
familiers. Le remède. Aimer son prochain de façon non virtuelle, mais à travers
des gestes ou des actes concrets et quotidiens, qui impliquent le corps. Aimer
les gens pour eux-mêmes et non pour ce qu’on voudrait qu’ils soient implique de
vraiment prier le «Que TA volonté soit faite» du Notre Père. C’est-à-dire non
pas la mienne. Le prix 2010 de littérature religieuse
La Foi des démons ou l’athéisme dépassé, de Fabrice Hadjadj, Salvator, 20
€.
Un livre absolument incontournable, de notre chroniqueur des Essentiels.
Commentaires
Et bien, au moins, comme ça on sait: Maciel obtenu le jackpot sur ce coup. 7 sur 7!
Je ne vois pas trop en quoi il a eu le jackpot, mais bon c'est pas grave.
l'affaire m'a l'air plus mystérieuse que cela.