De retour à Rome en 1989, Sodano, qui se préparait alors à devenir Secrétaire d'Etat, prit des cours d'anglais dans un centre de la Légion, à Dublin. Il prit également des vacances dans une maison de vacances de la Légion, dans le sud de l'Italie. Invité d'honneur dans les diners et les banquets de la Légion, Sodano est devenu le plus grand supporter de Maciel. Glenn Favreau, un avocat de Washington, ancien légionnaire du Christ à Rome, ajoute: «Sodano est intervenu auprès des autorités civiles italiennes, pour obtenir quelques dérogations nécessaire pour la construction de l'université», sur un plateau boisé, à l'ouest de Rome. Maciel a engagé le neveu de Sodano, Andrea Sodano, comme consultant pour l'opération. Le complexe a pris le nom de Pontificial Athenaeum Regina Apostolorum.

Mais les légionnaires qui supervisaient le projet se sont plaint à Maciel, disant que le travail d'Andrea Sodano avait pris du retard et était mal fait; Ils éprouvaient une certaine réticence à payer ses factures. Alors Maciel leur a dit, en criant: «Payez-le! Payez-le!»

Finalement, Andrea Sodano a été payé.

En 2008, un homme d'affaires italien clinquant, Raffaello Follieri, a été inculpé à New York pour fraude et blanchiment d'argent, pour son entreprise qui rachetait des biens d'Eglise et les revendait aux plus offrants. Andrea Sodano était le vice-président du Groupe Follieri. Le cardinal Sodano était présent à la fête de lancement de la société, en 2004, à New-York, d’après des rapports de presse. Le 3 mars 2006, le National Catholic Reporter signalait que la compagnie se targuait haut et fort de «son engagement profond avec l’Eglise Catholique, et de ses liens de longues dates avec les plus hautes autorités de la hiérarchie vaticane.»

Après que la Société eut obtenu le soutien du milliardaire Ron Burkle, de la compagnie Yucaipa, Follieri a commencé à mené une vie de grand seigneur, avec sa compagne, l’actrice Anne Hathaway. Quand le partenariat Follieri-Yucaipa faisait des acquisitions, Follieri envoyait les paiements au bureau d’Andrea Sodano, en Italie, par virement bancaire.

Des documents obtenus par le FBI montrent que Follieri a fabriqué en 2005 des fausses factures de Sodano, antidatées, pour justifier deux mois de dépenses en série, que Follieri avait obtenu de ses investisseurs. Ces derniers comprenaient : 75.000$ le 22 août, pour des «services d’ingénierie», une facture du 12 septembre de 15.000$ pour des travaux à Atlantic City, dans le New Jersey, et 80.000$ à Orland Park, dans l’archidiocèse de Chicago ; Le 21 octobre, une facture de 70.000$ à Canyon City (la facture ne précise pas l’Etat) ; une autre de 50.000$ pour Orland Park ; et 75.000$ pour divers autres «services d’ingénierie», ce qui fait, sur cette dernière journée, un total de 225.000$. Aucune de ces factures ne comporte le moindre paragraphe sur le travail accompli.

Au cours de ses conférences téléphoniques hebdomadaires avec la compagnie Burkle, Follieri demandait de plus en plus de fonds pour payer Sodano, soulignant le fait que le Vatican avait besoin des rapports d’expertise pour obtenir l’approbation de vente de biens d’Eglise. Yucaipa a payé 800.000$ à cette fin, et Follieri de fournir des fausses factures antidatées pour justifier des paiements prétendus faits à Andrea Sodano.

Le 8 mars 2006 – deux mois avant que Maciel ne soit suspendu de son ministère – le cardinal Sodano a envoyé une lettre de plainte à Follieri. «Je pense qu’il est de mon devoir de vous dire combien je suis choqué,» écrivait-il, «d’entendre que votre compagnie continue de se présenter comme ayant des liens avec le Vatican, à cause du fait que mon neveu, Andrea, a accepté de vous fournir, en quelques occasions, ses services professionnels. Je ne sais pas comment ce triste malentendu a pu arriver, mais il est nécessaire maintenant d’éviter de telles confusions dans l’avenir. Je me permets donc de vous demander d’être plus vigilant dans cette affaire. Je vais informer mon neveu Andrea, ainsi que toutes les personnes qui me posent des questions à propos de votre société. Je profite de cette occasion pour vous adresser mes salutations distinguées.»

La lettre est arrivée juste après un article du National Catholic Reporter, de Joe Feuerherd, dans lequel le membre d’une congrégation religieuse (qui n'est pas nommée) disait à propos du Groupe Follieri: «cette affaire sent mauvais.»

Alors qu'Andréa Sodano faisait la promotion de la Société, le cardinal Sodano – qui avait troqué sa charge sacrée contre des poignées de mains et qui essayait de séduire des bailleurs de fonds potentiels lors du lancement du groupe Follieri – a commencé à faire machine arrière. Follieri s'était targué, auprès de quelques possibles investisseurs, qu'il était le chef des finances du Vatican. Néanmoins, quatre mois après la lettre du cardinal, Raffaello Follieri et Andrea Sodano se rendait en Amérique latine, pour un voyage de reconnaissance. Follieri remis un chèque de 25.000$ à un archevêque, et un chèque de 85.000$ à un autre archevêque. «Les bénéficiaires de ces dons ne savaient pas que Follieri avait volé l'argent qu'il leur donnait,» explique un rapport du FBI sur l'affaire Follieri.

Au printemps 2007, Burkle a exprimé le désir de voir les rapports d'ingénierie. Follieri a demandé à son secrétaire de travailler toute la nuit pour écrire les rapports, qu'il a antidatés et transmis au bureau de Burkle.

«Les rapports étaient en italien,» explique Theodore Cacioppi, agent du FBI. «Chacun d'entre eux faisait entre deux et cinq pages. Il n'y avait aucun schéma, aucun dessins technique, diagramme, ou quoique se soit se rapportant à de l'ingénierie.» Les rapports «n'avaient pratiquement aucune valeur, ne reflétaient en rien des travaux d'ingénierie, et ne justifiaient certainement pas plus de 800.000$ de dépenses.»

Les compagnies Burkle Yucaipo avaient leur propres investisseurs, notamment les Fonds Communs de Retraite de l'Etat de New York, les Fonds de Retraite des Enseignants de Californie ainsi que les Fonds de Retraite des Fonctionnaires de Californie. Yucaipo a poursuivi Follieri en justice, pour 1,3 million de dollars. Follieri a eu beau se démener pour arriver à rembourser ses partenaires, il a été inculpé.

Le 23 octobre 2008, il a plaidé coupable à 14 chefs d'accusation: fraude, blanchiment d'argent et préméditation. Il est maintenant en train de purger une peine de 54 mois dans une prison fédérale.

«Nous pensons que le bureau d'étude d'Andrea Sodano a reçu de l'argent frauduleux», déclare Cacioppi. «Et il nous semble que ces personnes, qui ont été disculpées, ont participé à cette corruption.»

Cacioppi explique ensuite: «Nous n'avions pas besoin de mettre ces gens sur une estrade. Le Département d'Etat nous a dit qu'ils n'étaient pas enclins à parler avec nous.»

Andrea Sodano est revenu sans aucune difficulté en Italie, au moment de l'arrestation de Follieri. Le document officiel qui l'accuse d'avoir reçu de l'argent, stipule également que le Vatican aurait reçu des «dons» provenant des arnaques de Follieri. Une affirmation qui soulève une question quant au discernement du Cardinal Sodano: comment expliquer la confiance qu'il a pu donner à une crapule comme Follieri?

Le rapport de justice du gouvernement, établi par le Procureur Général du district sud de New York, explique que «Follieri a réussi à donner l'impression qu'il avait de vraies relations avec le Vatican, ce qui lui permettait d'obtenir des biens d'église en dessous du prix du marché, grâce à ses relations avec Andrea Sodano, le neveu («Neveu») de celui qui était alors Secrétaire d'Etat du Vatican, le Cardinal Angelo Sodano... En faisant des donations illicites au Vatican avec l'argent de ses investisseurs, Follieri détournait en fait ces fonds pour payer le «Neveu» pour des soi-disant «services d'ingénierie» qu'il n'a jamais réalisé – mais qui permettaient au Neveu d'accompagner Follieri quand ce dernier rendait visite à des responsables de l'Eglise, et d'aider Follieri à pénétrer dans l'enceinte du Vatican. C'est à travers lui que Follieri a réussi à entrer en contact avec les services pontificaux, et même à obtenir d'être pris en photo avec le Pape... et encore d'offrir aux amis et associés de Follieri des visites privées dans les jardins du Vatican ainsi que des visites guidées dans le musée du Vatican.»

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Le rapport continue ainsi: «Follieri a également menti quand il a dit qu'il avait besoin de plus de 800.000$ pour payer les rapports d'expertise préparés par le «Neveu». Follieri a fait valoir que le Vatican avait besoin de réviser ces rapports techniques avant de prendre la décision de vendre certains biens immobiliers à Follieri.»

Alors que Follieri avait fait d'Andrea son ami, Maciel avait gagné l'amitié de l'oncle d'Andrea, le cardinal. Mais Maciel a commencé à avoir des problèmes pour les emprunts financiers nécessaires à la construction de l'université Regina Apostolorum. Il avait besoin de l'approbation du Vatican pour obtenir le plus haut degré de reconnaissance pour son université, à savoir la reconnaissance totale d'Université Pontificale, afin de faire en sorte que la toute nouvelle université soit sur un pied d'égalité avec les plus anciennes Universités romaine, comme celles du Latran ou de la Grégorienne. Pour obtenir ce statut, d'après certaines sources, la Légion avait offert en 1999 une Mercerdes Benz au cardinal Pio Laghi, qui était alors préfet de la Congrégation pour l'Education Catholique (et ancien ambassadeur pontifical aux Etats-Unis). Consterné, Laghi aurait refusé le cadeau, d'après un prêtre qui a assisté à la scène.

Le successeur de Laghi, le cardinal polonais Zenon Grocholewski, a également refusé de délivrer l'autorisation. Le cardinal Sodano a finalement réussi à obtenir un statut, mais d'un degré inférieur à celui que Maciel et la Légion espéraient.

Maciel est mort dans des conditions qui ressemblent à un drame surréaliste, où plusieurs pièces de sa vie ont convergé dans une chute frémissante. Fin janvier 2008, il se trouvait alors dans un hôpital à Miami, d'après un article de Sota et Vidal pour le journal El Mundo. Bien que l'article (disponible en français sur exlcblog.info) ait été contesté dans l'opinion à propos du personnage de Maciel, il fournit une vision détaillée sur la crise qu'il a provoqué parmi ses disciples. A l'hôpital, plusieurs personnes se sont réunis: Alvaro Corcuera, successeur de Maciel à la tâche de Directeur Général; Evaristo Sada, secrétaire général de la Congrégation; et quelques autres associés. Maciel aurait refusé de se confesser, provoquant de telles préoccupations que quelqu'un aurait fait appeler un prêtre exorciste, bien que l'article ne décrive pas le rituel. Les hommes qui entouraient Maciel sont restés pantois quand ils ont vu deux femmes apparaître: Norma, et sa fille Normita, âgé de 23 ans. A ce moment, Maciel aurait dit au sujet des deux femmes: «je veux rester avec elles.»

L'article du journal El Mundo continue ainsi:
Les prêtres légionnaires, alarmés par l'attitude de Maciel, ont immédiatement appelé Rome. Le père Luis Garza comprit très vite qu’il y avait un grave problème. Il consulta le plus haut responsable de la Congrégation, Álvaro Corcuera, et prit le premier avion pour Miami, et se rendit directement à l'hôpital.

L'indignation pouvait se lire sur son visage. Il se présenta devant le puissant fondateur, et lui ordonna: «Je vous donne deux heures pour venir avec nous, ou j’appelle tous les médias pour que le monde entier sache qui vous êtes vraiment! ». Et Maciel lui tendit son bras.

Après avoir installé Maciel dans une maison de la Légion, à Jacksonville, en Floride, ce dernier serait devenu très agressif lorsque Corcuera aurait essayé de lui donner l'onction: «j'ai dit non!». L'article dit que Maciel a refusé de faire une confession finale, et conclu catégoriquement qu'il «ne croyait pas au pardon de Dieu.»

C'est une idée qui correspond bien à la vie sordide de Maciel, mais pour laquelle, en fait, nous n'avons aucune preuve. En annonçant son ascension au ciel, immédiatement après sa mort en 2008, les dirigeants de la Légion ont porté la propagande à un niveau supérieur, hors catégorie.

Le National Catholic Reporter a demandé par email à Luis Garza son impression concernant l'article du journal El Mundo. Et dans une réponse datée du 15 mars 2010, celui a répondu ainsi: «Je comprends que vous ayez de nombreuses questions. Mais, comme je l'ai déjà dit dans un précédent mail, à l'heure qu'il est et dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, je ne peux vous fournir aucune information supplémentaire. Je suis désolé. Je vais continuer à prier pour tous ceux qui ont été blessés par les agissements du père Maciel. Et j'espère que vous et vos lecteurs nous porterons par leurs prières. Je prie pour vous et pour votre mission de journaliste.»

Jason Berry est l'auteur de Lead Us Not into Temptation, et co-auteur, avec Gerald Renner, de Vows of Silence.