Comment le père Maciel a construit son empire (1ère partie)
Par Xavier le samedi 24 avril 2010, - Jason Berry - Lien permanent
Par
Jason Berry, pour le National Catholic Reporter (NCR)
Rome, 1946. Alors que le pays est encore en plein chaos
économique, au lendemain de la seconde guerre mondiale, un étrange jeune prêtre
vient à la rencontre de quelques responsables du Vatican. Issu d'une famille de
l'aristocratie provinciale mexicaine, Marcial Maciel Degollado n'est prêtre que
depuis deux ans, et pourtant il dirige déjà sa propre congrégation
religieuse.
Maciel est d'abord passé par Madrid, avant d'aller à Rome. Là-bas, en
Espagne, il était parti à la recherche de bourses d'études, que le gouvernement
de Franco offrait pour permettre aux séminaristes d'Amérique latine de venir
étudier en Espagne. Le ministre espagnol des affaires étrangères, Alberto
Martin Artajo, lui avait demandé une approbation officielle du Vatican pour que
les «élèves apostoliques» puissent venir se former en Espagne.
Avec des fonds provenant de quelques unes des plus riches familles
mexicaines, et de son président, Miguel Aleman Valdes, il parvint à obtenir un
rendez-vous avec Clemente Micara, un nouveau cardinal et diplomate expérimenté
du pape. Micara, âgé de 67 ans, était très préoccupé par la reconstruction de
Rome. Maciel, grand et mince, aux cheveux châtain clair et aux yeux perçant, ne
parlait pas italien, mais Micara, lui, parlait espagnol. Maciel donna 10,000$ à
Micara, «une somme considérable dans une ville qui était encore sous le
choc de la guerre», explique un prêtre expérimenté.
«La Légion du Christ: une Histoire». Ce livre, dicté par Maciel et
publié par la Légion en 2004, ne fait aucune mention de l'argent versé à
Micara, mais il dit cependant que Maciel avait voyagé avec «un document
confidentiel, et une certaine somme d'argent», provenant du nonce
apostolique au Mexique, pour être délivré au Cardinal Nicola Canali, le
gouverneur de l'Etat du Vatican. Les deux cardinaux ont aidé Maciel a obtenir
une audience avec le Pape Pie XII, qui s'est montré très avenant. Maciel est
retourné à Madrid, avec les lettres d'approbation. En août 1946, Maciel venait
en Espagne, avec 34 élèves apostoliques mexicains.
Pourquoi le Saint-Siège, qui possède des voies officielles pour transmettre
des documents, aurait-il confié un matériel aussi sensible à un prêtre qui ne
possédait même pas de passeport diplomatique? L'autre partie de l'histoire -
«une somme d'argent» - allait donner forme aux évènements à venir.
Maciel a obligé tous les Légionnaires à prononcer des vœux privés, dont
celui de ne jamais dire du mal de Maciel ou de n'importe quel supérieur, et de
dénoncer immédiatement quiconque aurait enfreint ce vœu. Les vœux permettaient
à Maciel d'assoir le culte de sa personnalité. Juan Vaca, et sept autres
anciennes victimes de Maciel, qui s'étaient exprimés publiquement en 1997 dans
le Hartford Courant, à travers un article de Gerald Renner, avaient
apportés des récits détaillés expliquant comment, en Espagne et à Rome dans les
années 50, ils avaient vu Maciel s'injecter de la dolantine, un puissant
analgésique dérivé de la morphine. En 1956, Maciel, dans un état second, était
entré à l'hôpital Salvator Mundi, à Rome. Le Cardinal Valerio Valeri, ancien
diplomate et préfet de la Congrégation pour les Religieux, avait été très
choqué par les lettres d'un séminariste de Mexico, racontant qu’il avait vu
Maciel se piquer, et s'inquiétait de ses comportements très affectueux avec des
jeunes garçons. Un prêtre qui dirigeait alors la grande école de la Légion
partageait les mêmes inquiétudes. Valeri prit donc la décision de suspendre
Maciel, et demanda à des prêtres carmes de prendre le contrôle des maisons
dirigées par la Légion. Ces derniers interrogèrent alors les jeunes, qui
admettront des années plus tard avoir menti «pour protéger Maciel et la
Légion». «Nous ne savions pas ce que nous devions faire», se
souvient Vaca, devenu aujourd'hui professeur de psychologie à New York.
«Notre vie se serait arrêtée.» Ils craignaient en effet que les
prêtres chargés de l'enquête les accusent, eux, pour leurs
péchés!

Le cardinal Micara
Valeri n'a pas rendu publique la suspension de Maciel. Entre temps, Maciel
continuait à voyager entre l'Espagne et l'Amérique Latine, recherchant des
fonds pour la réalisation d'un grand projet à Rome: la basilique Notre Dame de
Guadalupe. Maciel fut mis à l'écart jusqu'en 1959, après la mort de Pie XII.
Micara, qui était alors le Vicaire Général de Rome, signa un décret
rétablissant Maciel dans ses fonctions – chose qu'il n'avait pas l'autorité de
faire, pendant la vacance du Siège Apostolique. Le droit canon stipule en effet
que toutes les fonctions officielles sont suspendues pendant l'intervalle.
Qu'auraient dû faire Valeri et les autres fonctionnaires du Vatican? Apporter
l'énorme dossier au nouveau Pape, et essayer d'expliquer à Micara comment un
prêtre drogué et vicieux avait réussi à trouver les fonds pour construire une
basilique? Maciel a été réhabilité par un décret illicite, émis par un cardinal
à qui il avait donné 10,000$ treize ans auparavant, ce que confirme un prêtre
qui a accès aux archives de la Légion. Micara, qui avait béni la première
pierre, voulait maintenant que l'édifice soit construit. Et Maciel avait
l'argent.
Comme dans le film «Le candidat Mandchou», retraçant l'histoire de
soldats américains à qui des communistes chinois avaient lavé le cerveau, les
séminaristes mexicains ont gardé les blessures de la tyrannie psychologique de
Maciel pendant des années. Mais contrairement aux personnages du film, les
victimes de Maciel n'ont jamais oublié. En 1998, José Barba, professeur
d'université à Mexico et Vaca, ancien séminariste de la Légion, se sont rendus
à Rome, avec quelques-unes des autres anciennes victimes de Maciel, pour
déposer une plainte canonique à la Congrégation de la Doctrine de la Foi,
dirigée alors par le cardinal Joseph Ratzinger, à l'encontre de
Maciel.
Cibler des femmes très riches
La stratégie financière de Maciel consistait à cibler les épouses d'hommes
très riches. Flora Barragan, la veuve d'un grand producteur d'acier mexicain, a
été une bienfaitrice cruciale de la Légion. Après sa mort, sa fille a révélé à
Barba qu'elle avait donné la bagatelle de 50 millions de dollars à la Légion.
Barba, qui est professeur à l'Institut Technique Autonome de Mexico, n'a pas pu
vérifier ce chiffre, mais il a cependant affirmé que «les donations de
Flora étaient substantielles».
Barba est entré dans la Légion en 1948, à l'âge de 11 ans, et il a quitté la
congrégation en 1962. Il a obtenu par la suite un doctorat à Harvard, en
littérature latino-américaine.
«Maciel avait l'habitude d'acheter des choses en espèces», explique Barba au
cours d'une interview pour le National Catholic Reporter.
Et d'ajouter: «Maciel avait 27 ans quand il a acheté le premier terrain
pour y construire un séminaire. En 1950 a commencé la construction de
l'Institut Cumbres, la première école préparatoire, à Mexico, sur un terrain
qui avait été offert par Flora Barragan.» Ce même été, il a également
participé à l'inauguration du Collegio Massimo, à Rome. Il avait 30 ans. En
1953, il a essayé de commencer le chantier d'un collège à Salamanque.
«J'étais là.» se souvient Barba. «L'évêque était malade; Il n'a
pas réussi à poser la première pierre. Les travaux ont commencé en 1954, et ont
été achevé cinq ans plus tard. C'est également en 1954 que Maciel a fait
l'acquisition d'un ancien centre thermal à Ontaneda, en Espagne. Comme chaque
fois, il payait avec des espèces. Le père Gregorio Lopez, un prêtre de la
Légion, m'a dit qu'il avait apporté l'argent, enveloppé dans une simple feuille
de papier, à Leopoldo Corinez,» qui représentait la famille à qui
appartenait la propriété. «Je ne me souviens pas du montant
exact.»

L'Ecole Apostolique d'Ontaneda
En 1958, il a construit un séminaire à Salamanque, grâce à la générosité de
Josefita Perez Jimenez, la fille d'un ancien dictateur du Vénézuela.

Le séminaire de Salamanque
Maciel a engrangé des sommes importantes à Monterrey, grâce à la famille
Garza-Sada. La dynastie remonte à 1890, quand Isaac Garza, et son beau frère,
Francisco Sada, ont ouvert ensemble une brasserie. Les fils d'Isaac, Eugenio et
Roberto Garza Sada, tous les deux diplômés de l'Institut de Technologie du
Massachusetts, ont construit une usine de fabrication de bouteilles, en 1943.
Après avoir développé d'autres branches industrielles, les frères Garza ont
fondé une université: l'Institut d'Etudes Supérieures Techniques de
Monterrey.
Maciel a fondé deux écoles privées à Monterrey, l'une pour les garçons,
l'autre pour les filles. Il a exporté en Amérique un modèle d'écoles destinées
à attirer des familles aisées, qui joindraient le Regnum Christi, lequel
organisait des groupes d'études des lettres de Maciel. Des laïcs consacrés, le
plus haut niveau du Regnum Christi, vivent en communautés et travaillent sans
relâches pour collecter des fonds. Le site Web www.life-after-rc.com, dirigé par une
ancienne responsable du Regnum Christi, documente la dynamique sectaire du
mouvement, grâce notamment aux témoignages de personnes qui ont perdu des êtres
chers dans «le mouvement».
Monterrey a été un tremplin financier pour Maciel. Après la mort de Dionisio
Garza Garza, en 1991, sa femme et plusieurs de ses enfants ont beaucoup donné à
la Légion. Les médias ont comparé la richesse de la famille Garza à celle des
Rockefeller.
«Une de mes tantes a offert une maison à Maciel,» dit Roberta
Garza, 44 ans, la plus jeune des huit enfants, qui est également rédactrice en
chef du quotidien Milenio, à Mexico. Au cours d'une interview, le 2
mars, elle décrit son défunt père comme «un gentleman conservateur
victorien, très aimé. Nous famille regardait très rarement la télévision. Nous
nous retrouvions après le dîner, et nous parlions ensemble.»
Après la mort du patriarche, Maciel a courtisé la veuve pour obtenir son
soutien. «Ma mère lui a donné des bijoux et beaucoup d'argent,» dit
Roberta Garza. Sa mère, maintenant très âgée, «ne l'a jamais dit à ses
enfants. Il ciblait certaines femmes mexicaines d'une certaine classe, à qui il
n'était pas permis de travailler. J'ai dû me battre pour aller à l'université.
Pour des femmes cultivés qui s'ennuyaient, Maciel a su leur donner des
objectifs à accomplir.»
Roberta Garza a fait sa scolarité dans des pensionnats catholiques, en
France et en Allemagne, lisant avec voracité, «développant un esprit
critique qui lui a posé des problèmes quand elle est ensuite revenue à
Monterrey.» Pour ses études secondaires, elle est ensuite repartie en 1980
dans une école dirigée par la Légion, qu'elle a trouvé «rigide, extrêmement
traditionnelle, et non analytique». Une cousine par alliance, qui étudiait dans
cette école, n'apprenait pas l'anglais. Elle s'en est plainte auprès d'un
prêtre légionnaire, lequel lui a répondu: «Le jugement dernier ne sera pas
en anglais.»
Ils nous préparaient pour le Regnum Christi. Si votre famille avait de
l'argent, du pouvoir et de l'influence, alors vous les intéressiez. Ils
continuaient à me dire: «Dieu vous a tout donné, vous avez le devoir de
rendre, en luttant contre les forces du mal.»... Tout leur discours
consistait en un paradis de rectitude morale. Après la France, où je pouvais
penser librement, je pleurais toutes les nuits, en pensant que c'était là ma
famille, ma maison... je ne voulais pas être ici. J'ai failli
craquer.»
L'un de ses frères, ainsi qu'une de ses sœurs, ont rejoint le mouvement.
Paulina, qui a aujourd'hui la cinquantaine, est une consacrée du Regnum Christi
à Rome. Son frère, le père Luis Garza Medina, après avoir obtenu un diplôme en
génie industriel à l'université de Stanford, en Californie, est entré à la
Légion. A 32 ans, il est devenu Vicaire Général, c'est-à-dire le numéro 2 de la
Légion. Grâce à ces derniers, Maciel a réussi à obtenir un flux régulier
d'argent de leur famille. Le père Garza a donné 3 millions de dollars de son
héritage à la Légion, d'après l'un de ses anciens confrères. A travers nos
échanges d'email, le père Garza n'a pas confirmé, ni contredit cette
information.
Aujourd'hui, la famille Garza est complètement divisée en deux. «L'un de
mes frères déteste la Légion encore plus que moi,» avoue Roberta Garza,
qui a abandonné toute pratique religieuse après ses études.
L'aîné de la famille, Dionisio Garza Medina – qui porte le même prénom que
son père, et qui est actuellement le PDG d'Alfa, la multinationale fondée par
le grand-père – a affirmé dans le Wall Street Journal: «La Légion
est la seule multinationale mexicaine dans le monde de la
religion.»
Quand la famille de Garza se rassemble en famille, ils évitent de parler de
la Légion. A Noël 2009, Luis faisait profil bas, et Roberta semblait
profondément déprimée.»
A travers nos échanges de courriers électroniques, le père Garza a refusé de
répondre à nos questions.
Le scandale qui a mis le feu aux poudres
Mexico est devenue la poudrière du scandale de la Légion. Le catalyseur a
été produit à la fois par la couverture médiatique et la saga juridique menée
par l'avocat José Bonilla.
L'évènement qui a marqué sa vie a eu lieu en 2006, lorsque ce dernier a
attaqué la Légion en justice, à cause des abus sexuels qu'un professeur (laïc)
avait commis sur son fils de 5 ans, dans l'école Oxford de la Légion, à Mexico.
Le garçon avait avoué à sa mère qu'un professeur avait mordu son pénis. Après
avoir donné à l'enfant des soins médicaux, Bonilla et sa femme, Lisset Aldrete,
également avocate, sont allés rencontrer le directeur de l'établissement. Mais
celui-ci n'a rien fait. Ils ont alors décidé de déposer une plainte contre
l'enseignant, Joaquin Francisco Mondragon Rebollo, qui a pris la fuite, et est
encore recherché par la justice. La famille a gagné les premiers rounds dans
l'affaire contre l'école de la Légion, affirme Bonilla.
José Bonilla, 50 ans, a
obtenu son baccalauréat et ses diplômes de droit à l'Université jésuite
Ibéro-américaine de Mexico. Assis dans un salon très lumineux, il parle avec
tendresse de son enfant (le benjamin de ses cinq enfants). Le blog de Bonilla –
conlajusticia.wordpress.com –
est une excavation morale du système légionnaire. «Le blog,» dit-il
«a permis à Raúl de me trouver.»
Raúl - José Raúl González Lara, 29 ans, fils cadet de Maciel – a demandé de
l'aide à Bonilla contre la Légion. Après la mort de son père, des prêtres de
l'Anahuac, l'université phare de la Légion à Mexico, ont conduit Raul à un
compte bancaire que Maciel avait soi-disant créé pour la famille, mais qui
était vide, déclare Bonilla.
«La Légion a donné à Raul une copie d'un fideicommis qui, d'après eux,
avait déjà été retiré par Norma (la fille en Espagne),» explique Bonilla.
Il pense que les responsables de la Légion au Mexique ont essayé de mettre les
demi-frères et sœurs en conflit, pour l'héritage de Maciel. Les efforts de Raúl
pour trouver un arrangement familial ont échoué.
Le 3 mars, la famille a donné une interview d'une heure sur MVS
Radio, avec Carmen Aristegui, qui anime également une émission d'actualité
sur la chaîne CNN Mexico. Aristegui a remporté le prix Columbia University
2008 Maria Moors Cabot. Le programme radio, qui a été également filmé et
placé sur YouTube, a fait le tour du monde. Raul; sa mère, Blanca Lara
Gutiérrez; et son frère, Omar, 33 ans, ont parlé de leur vie traumatisante avec
Maciel.
L'interview de Bonilla a apporté des détails supplémentaires sur l'histoire
de la famille. En 1977, Blanca, 19 ans, travaillait à Tijuana comme domestique
quand elle a rencontré «Raul Rivas», 57 ans, un homme qui prétendait être veuf
et travailler comme détective privé pour des compagnies de pétrole. Malgré ses
voyages, il réussit à la courtiser en achetant une maison à Cuernavaca, une
ville de style colonial aux abords de la ville de Mexico. Bien qu'ils ne se
soient pas mariés ensemble, il a accepté de devenir le père adoptif de son fils
de trois ans, Omar, fruit d'une relation précédente. Bonilla explique que les
papiers d'adoption et les certificats de naissance des enfants naturels, Raúl,
et Christian, 17 ans, sont «une véritable pagaille juridique.» Maciel
a changé de nom et l'a donné à ses enfants. Il était absent la plupart du
temps, alors que ses enfants grandissaient. Mais Blanca Gutierrez, qui
provenait d'un milieu très pauvre, avait - grâce à Maciel - une maison et des
revenus réguliers. «Je l'aimais beaucoup», a-t-elle avoué à Aristegui.
«Je n'ai jamais rien suspecté.»
Pendant l'émission, Raul a raconté, avec émotion: «Quand j'avais 7 ans,
j'étais allongé à ses côtés, comme n'importe quel garçon, n'importe quel fils
avec son père. Il a baissé mon pantalon et a essayé de me
violer.»
Menant une vie cachée à Cuernavaca, et faisant attention à ne pas être pris
en photo, «Rivas» a commencé à emmener Omar et Raul dans des voyages en Europe,
abusant d'eux, entre 8 et 14 ans. «Devenus adolescents, ils ont réussi à le
rejeter,» déclare Bonilla.
Quelques années après avoir acheté une maison pour Blanca, Maciel a
rencontré Norma Hilda Baños, à Acapulco. En 1987, âgée de 27 ans, elle lui a
donné un enfant, qu'elle a également appelé Norma Hilda. Le peu qu'on sache
d'eux vient des journalistes espagnols Idoia Sota et José M. Vidal, qui l'ont
rencontré dans un appartement luxueux de Madrid, obtenant d'eux quelques brefs
commentaires pour un article paru l'année dernière dans le journal El
Mundo. «Quand j'ai rencontré cet homme, j'étais mineure,» avoua,
lors de l'interview, la mère, Norma Hilda Baños, une femme de 48 ans. «Ni
ma fille, ni moi-même n'avons su qui était vraiment cet homme, jusqu'à la
fin.» La fille «a été abusée par son père, Maciel,» avoue la mère
dans l'article d'El Mundo. «Elle souffre de terribles traumatismes
de son enfance, et je crains qu'elle n’arrive jamais à s'en
remette.»
L'article dit que Maciel a laissé aux Baños «deux maisons à leur nom,
dans des bâtiments récents de Madrid, où elles vivent actuellement, ainsi que
trois autres résidences, le tout évalué à environ deux millions
d'euros.»
D'après les journalistes espagnols, Maciel a eu également trois enfants avec
une autre femme mexicaine, qui vit maintenant en Suisse, ce qui ferait en tout
six enfants naturels, conçus avec trois femmes différentes, auxquels s'ajoute
un septième enfant, Omar, son fils adoptif.
Lorsque Raúl a eu six ans, Maciel l'a envoyé dans une pension en Irlande,
pendant plusieurs années. En 1991, alors que Raúl avait 10 ans, et Norma 4 ans,
Maciel les aurait emmené au Vatican. Là, ils auraient reçu la communion des
mains du Pape Jean-Paul II, selon les dires de Bonilla. Sur son site Internet,
on trouve une photo des deux enfants, tenant les mains d'un garde suisse. De
nombreux prêtres et évêques ont emmenés des enfants pour rencontrer le pape.
Mais ce qui est intéressant, c'est de voir comment Maciel s’est arrangé pour
que ses enfants reçoivent la communion des mains du Pape. Cela témoigne du
cynisme éhonté de Maciel, qui a profité de son image publique de prêtre pour
présenter les fruits de sa deuxième vie, en réunissant ses deux vies
simultanément en public.
En Amérique, les grands médias ne se sont pas intéressés à l'enquête
soulevée par le Hartford Courant, le 23 février 1997, jusqu'au
scandale de Boston, en 2002. Mais au Mexique, un journal a publié une série
d'article, et une chaîne de télévision a diffusé un documentaire. Au printemps
1997, Maciel a appelé Raúl, qui avait 16 ans à cette époque, et lui a demandé
d'aller acheter tous les exemplaires disponibles du magazine
Contenido, et de les détruire. Sur la couverture du journal, Raúl a vu
la photo de son père, en col romain, avec un nom différent. Les deux grands
frères avait protégé leur petit frère Christian, âgé de 4 ans, en empêchant
leur père de se retrouver seul avec lui. Maciel a alors pris des distances avec
la famille, mais il a continué à leur envoyer de l'argent, affirme
Bonilla.
C'est à cette époque que Maciel a emmené Norma, et sa fille Normita, de 10
ans, en Espagne. A peu près un an plus tard, il a envoyé Raúl pour vivre chez
elles, pendant plusieurs mois, afin que le jeune homme rencontre un
psychologue, à cause des problèmes provoqués par l'inceste et la découverte que
son père était prêtre.
Les deux familles ont dû garder le secret, pour survivre
financièrement.
Quelques années plus tard, explique Bonilla, la fille a fait des études à
l'Université Anahuac, à Mexico. «La Légion savait qui elle était»,
insiste Bonilla.
«Je ne sais pas si cela est vrai ou non,» déclare le porte-parole
de la Légion, Jim Fair. «Nous ne pouvons pas faire de commentaires au sujet
d'anciens étudiants. C'est elle que vous devriez interroger.»
Le lendemain de l'émission de radio avec la famille Rivas, la Légion a
publié une lettre, datée du 5 janvier, dans laquelle la congrégation refusait
la requête de Raúl, exigeant 26 millions de dollars en échange de son silence.
Bonilla s'est alors retiré de l'affaire, invoquant ses principes d'éthiques
professionnels à l'égard d'un client prêt à vendre son silence contre de
l'argent. Il affirme avoir 70 autres clients victimes d'abus, ou dont les
enfants ont été abusés, et pas seulement par des religieux. Alors que la Légion
engage une véritable partie d'échec avec Raúl, sa demande d'indemnisation pour
sa famille est devenue une affaire vaticane. Au mois de novembre, Bonilla et la
famille ont rencontré Mgr Ricardo Watty, l'évêque chargé de la Visite
Apostolique dans l'enquête sur la Légion. «J'ai rencontré Watty à deux
reprises,» a affirmé Bonilla au National Catholic Reporter.
«Il était très préoccupé par la situation des enfants. Il a essayé de
réunir les deux parties pour résoudre le problème. J'ai compris qu'il avait
reçu des instructions du pape ou de Bertone (le sécrétaire d'état du Vatican)
pour résoudre le problème.»
A suivre: Sodano, la pièce maîtresse de Maciel
Commentaires
L'article est un bon résumé de l'histoire de la Légion, cependant, il me semble qu'il manque quand même quelques informations importantes:
- d'abord, il ne cite pas le fait que Maciel avait été viré de plusieurs séminaires, dont certaines fois assez violemment. Les Légionnaires expliquaient cela en disant que Maciel était trop zélé, ou que son projet de fondation n'était pas accepté (le pauvre Maciel, jamais compris!!! Tous des ennemis de l'Eglise!!)... alors qu'en fait, ses comportements homosexuels avaient été repérés dès cette époque.
- ensuite, il oublie de dire que Maciel a commencé à abuser d'enfants très tôt. Le premier cas (il y en a eu certainement d'autres avant) connu remonte à 1944, juste après son ordination sacerdotale. Son oncle évêque, le même qui l'avait ordonné, avait été informé et avait promis à la famille qu'il suspendrait le sacerdoce de son neveu. Mais il ne l'a pas fait. Première très très grosse erreur d'un prélat de l'Eglise. Ah... ne jamais mêler famille et boulot!
- Ensuite, il n'explique pas comment lors de la première visite apostolique, il y a eu deux temps dans cette enquête: la première faisait état de tout le dossier, accablant, sur Maciel. Mais que Maciel, rusé, et ayant encore une grande ascendance sur ses ouailles, a réussi à les faire taire, à mettre des hommes qui lui étaient restés fidèles à des postes clés... de sorte que lorsque Valeri a envoyé deux nouveaux visiteurs apostoliques pour finir l'enquête, ces derniers se sont fait avoir en beauté (Mgr. Alfredo Bontempi et le frère Polidoro van Vlierberghe), faisant fit de toute l'enquête qui avait été faite avant eux... Pourquoi? Vous allez rire: pour la même raison que défendent mordicus la plupart des LC aujourd'hui: "on juge l'arbre à ses fruits"!!!!! Deuxième très grave erreur de prélats de l'Eglise.
- Ensuite, il ne dit pas une chose essentielle: Quelle a été la conséquence de la Visite Apostolique? Exactement la même que celle d'un virus qui n'est pas complètement éliminé par un traitement: il devient encore plus fort. Après la Visite Apostolique, Maciel est devenu IRREPROCHABLE. Et ça, c'est un point très important à prendre en compte pour expliquer pourquoi toutes les lettres de dénonciation qui ont été envoyé par la suite n'ont rien donné. Il faut bien comprendre que la Visite Apostolique avait innocenté Maciel! Désormais, il était blanchi. Le Vatican s'appuyait sur cette conclusion. D'où la gravité du manque de sérieux des deux prélats qui ont achevé la visite.
- Ensuite, il n'explique pas quelques techniques de Maciel. L'argent n'explique pas tout: les Légionnaires ont envoûté le Vatican... parce qu'ils FASCINAIENT. Maciel était un génie diabolique, et, il faut bien l'avouer, un pro de la séduction. Pourquoi a-t-il installé ses grands séminaires à quelques encablures du Vatican? Pourquoi envoyait il ses légionnaires aux fenêtres du Pape pour lui crier des tonnes de "on t'aime" chaque fois que ce dernier passait la tête par la fenêtre. Réponse: LE BLUFF!!! Comme un mauvais élève un peu malin, qui, au lieu de se cacher dans les rangs du fond, se met au premier rang et regarde la prof dans les yeux, comme pour dire "interrogez moi, je connais ma leçon"... Les Légionnaires, aussi proches du Pape, aussi présents sur la place publique, devenait dès lors irréprochables. On doute rarement des personnes que nous rencontrons.
- dans le même ordre d'idée, il faudrait également montrer comment Maciel a été bien plus rusé que Mgr Lefebvre!!! Ce dernier s'est rebellé contre l'Eglise, mais Maciel, lui, s'est servi de l'Eglise. Mais, il y a t-il dans le fond une si grande différence entre les deux? Une même vision de l'Eglise triomphante, une Eglise de l'apparence et du pouvoir... Après le Concile, Maciel a "surfé" sur les troubles agitant l'Eglise, en présentant une congrégation apparemment conciliaire, mais très enracinée dans une certaine tradition. (de fait, les séminaires légionnaires sont, ni plus ni moins, basés sur les systèmes de formations préconciliaires). Avec cette apparence de "tout est beau, tout est parfait". Grâce à cela, les vieux évêques qui voyaient tout foutre le camp et qui étaient quand même un peu nostalgiques du passé, voyaient dans la Légion une valeur sûre, et un système de formation à imiter!!
Tout cela est vraiment diabolique. Et c'est étonnant de voir comme le diable est un champion, pour se donner des apparences de sainteté irréprochable.
De faux prophètes sont apparus autrefois dans le peuple d'Israël; de même, il y aura parmi vous de faux docteurs, qui introduiront sournoisement des doctrines pernicieuses, allant jusqu'à renier le Maître qui les a rachetés, attirant sur eux une perdition qui ne saurait tarder; Beaucoup les suivront dans leur vie immorale et, à cause d'eux, on fera insulte au chemin de la vérité. Et, à cause de leur cupidité, ils vous exploiteront au moyen de raisonnements trompeurs. Mais depuis longtemps déjà, leur condamnation est prête et leur ruine ne se fera pas attendre! En effet, Dieu n'a pas épargné les anges coupables, mais il les a jetés dans l'enfer où ils sont gardés enchaînés dans l'obscurité pour le jour du Jugement. (…) Ces faux docteurs sont audacieux et arrogants, ils n'ont aucun respect pour les êtres glorieux du ciel mais ils les insultent. Même les anges, qui sont pourtant bien plus forts et puissants, ne portent pas d'accusation insultante contre eux devant le Seigneur. Mais ces gens, comme des bêtes stupides vouées par nature aux pièges et à la pourriture, insultent ce qu'ils ignorent et pourriront comme pourrissent les bêtes; ils seront ainsi payés en retour de tout le mal qu'ils auront fait. Ils trouvent leur plaisir à se dépraver en plein jour; leur présence est une honte et un scandale quand ils participent à vos repas en jouissant de leurs tromperies. Leurs yeux sont pleins d'adultère; ils n'en ont jamais assez de pécher. Ils prennent au piège les personnes faibles. Leur coeur est enflammé par l'amour du gain. Enfants de malédiction! (…) Ces gens sont comme des sources taries et comme des nuages poussés par la tempête; Dieu leur a réservé une place dans la nuit la plus noire. Ils font des discours à la fois enflés et vides de sens, ils se servent de leurs désirs les plus honteux pour prendre au piège ceux qui viennent à peine d'échapper à la compagnie des hommes qui vivent dans l'erreur. Ils leur promettent la liberté, alors qu'ils sont eux-mêmes esclaves d'habitudes destructrices - car chacun est esclave de ce qui le domine - . Si ceux, en effet, qui se sont arrachés aux souillures du monde par la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ se laissent de nouveau entortiller et dominer par elles, leur situation devient finalement pire que celle du début. Car il aurait mieux valu pour eux ne pas avoir connu le chemin de la justice que, l'ayant connu, de s'être détournés du saint commandement qui leur avait été transmis. Il leur est arrivé ce que dit à juste titre le proverbe: Le chien est retourné à son vomissement, et: «La truie, à peine lavée, se vautre dans le bourbier.»
Finalement ma seule question qui me vient c est : pourquoi ? Pourquoi Maciel a fait la Legion et le RC ? Parcequ il voulait l argent, le sexe et la puissance ? mais il aurait pu etre narco ou chef d entreprise mafieux dans des milieux encore plus simples a manipuler non ? etrange ..