Avec des fonds provenant de quelques unes des plus riches familles mexicaines, et de son président, Miguel Aleman Valdes, il parvint à obtenir un rendez-vous avec Clemente Micara, un nouveau cardinal et diplomate expérimenté du pape. Micara, âgé de 67 ans, était très préoccupé par la reconstruction de Rome. Maciel, grand et mince, aux cheveux châtain clair et aux yeux perçant, ne parlait pas italien, mais Micara, lui, parlait espagnol. Maciel donna 10,000$ à Micara, «une somme considérable dans une ville qui était encore sous le choc de la guerre», explique un prêtre expérimenté.

«La Légion du Christ: une Histoire». Ce livre, dicté par Maciel et publié par la Légion en 2004, ne fait aucune mention de l'argent versé à Micara, mais il dit cependant que Maciel avait voyagé avec «un document confidentiel, et une certaine somme d'argent», provenant du nonce apostolique au Mexique, pour être délivré au Cardinal Nicola Canali, le gouverneur de l'Etat du Vatican. Les deux cardinaux ont aidé Maciel a obtenir une audience avec le Pape Pie XII, qui s'est montré très avenant. Maciel est retourné à Madrid, avec les lettres d'approbation. En août 1946, Maciel venait en Espagne, avec 34 élèves apostoliques mexicains.

Pourquoi le Saint-Siège, qui possède des voies officielles pour transmettre des documents, aurait-il confié un matériel aussi sensible à un prêtre qui ne possédait même pas de passeport diplomatique? L'autre partie de l'histoire - «une somme d'argent» - allait donner forme aux évènements à venir.

Maciel a obligé tous les Légionnaires à prononcer des vœux privés, dont celui de ne jamais dire du mal de Maciel ou de n'importe quel supérieur, et de dénoncer immédiatement quiconque aurait enfreint ce vœu. Les vœux permettaient à Maciel d'assoir le culte de sa personnalité. Juan Vaca, et sept autres anciennes victimes de Maciel, qui s'étaient exprimés publiquement en 1997 dans le Hartford Courant, à travers un article de Gerald Renner, avaient apportés des récits détaillés expliquant comment, en Espagne et à Rome dans les années 50, ils avaient vu Maciel s'injecter de la dolantine, un puissant analgésique dérivé de la morphine. En 1956, Maciel, dans un état second, était entré à l'hôpital Salvator Mundi, à Rome. Le Cardinal Valerio Valeri, ancien diplomate et préfet de la Congrégation pour les Religieux, avait été très choqué par les lettres d'un séminariste de Mexico, racontant qu’il avait vu Maciel se piquer, et s'inquiétait de ses comportements très affectueux avec des jeunes garçons. Un prêtre qui dirigeait alors la grande école de la Légion partageait les mêmes inquiétudes. Valeri prit donc la décision de suspendre Maciel, et demanda à des prêtres carmes de prendre le contrôle des maisons dirigées par la Légion. Ces derniers interrogèrent alors les jeunes, qui admettront des années plus tard avoir menti «pour protéger Maciel et la Légion». «Nous ne savions pas ce que nous devions faire», se souvient Vaca, devenu aujourd'hui professeur de psychologie à New York. «Notre vie se serait arrêtée.» Ils craignaient en effet que les prêtres chargés de l'enquête les accusent, eux, pour leurs péchés!

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Le cardinal Micara

Valeri n'a pas rendu publique la suspension de Maciel. Entre temps, Maciel continuait à voyager entre l'Espagne et l'Amérique Latine, recherchant des fonds pour la réalisation d'un grand projet à Rome: la basilique Notre Dame de Guadalupe. Maciel fut mis à l'écart jusqu'en 1959, après la mort de Pie XII. Micara, qui était alors le Vicaire Général de Rome, signa un décret rétablissant Maciel dans ses fonctions – chose qu'il n'avait pas l'autorité de faire, pendant la vacance du Siège Apostolique. Le droit canon stipule en effet que toutes les fonctions officielles sont suspendues pendant l'intervalle. Qu'auraient dû faire Valeri et les autres fonctionnaires du Vatican? Apporter l'énorme dossier au nouveau Pape, et essayer d'expliquer à Micara comment un prêtre drogué et vicieux avait réussi à trouver les fonds pour construire une basilique? Maciel a été réhabilité par un décret illicite, émis par un cardinal à qui il avait donné 10,000$ treize ans auparavant, ce que confirme un prêtre qui a accès aux archives de la Légion. Micara, qui avait béni la première pierre, voulait maintenant que l'édifice soit construit. Et Maciel avait l'argent.

Comme dans le film «Le candidat Mandchou», retraçant l'histoire de soldats américains à qui des communistes chinois avaient lavé le cerveau, les séminaristes mexicains ont gardé les blessures de la tyrannie psychologique de Maciel pendant des années. Mais contrairement aux personnages du film, les victimes de Maciel n'ont jamais oublié. En 1998, José Barba, professeur d'université à Mexico et Vaca, ancien séminariste de la Légion, se sont rendus à Rome, avec quelques-unes des autres anciennes victimes de Maciel, pour déposer une plainte canonique à la Congrégation de la Doctrine de la Foi, dirigée alors par le cardinal Joseph Ratzinger, à l'encontre de Maciel.

Cibler des femmes très riches

La stratégie financière de Maciel consistait à cibler les épouses d'hommes très riches. Flora Barragan, la veuve d'un grand producteur d'acier mexicain, a été une bienfaitrice cruciale de la Légion. Après sa mort, sa fille a révélé à Barba qu'elle avait donné la bagatelle de 50 millions de dollars à la Légion. Barba, qui est professeur à l'Institut Technique Autonome de Mexico, n'a pas pu vérifier ce chiffre, mais il a cependant affirmé que «les donations de Flora étaient substantielles».

Barba est entré dans la Légion en 1948, à l'âge de 11 ans, et il a quitté la congrégation en 1962. Il a obtenu par la suite un doctorat à Harvard, en littérature latino-américaine.

«Maciel avait l'habitude d'acheter des choses en espèces», explique Barba au cours d'une interview pour le National Catholic Reporter.

Et d'ajouter: «Maciel avait 27 ans quand il a acheté le premier terrain pour y construire un séminaire. En 1950 a commencé la construction de l'Institut Cumbres, la première école préparatoire, à Mexico, sur un terrain qui avait été offert par Flora Barragan.» Ce même été, il a également participé à l'inauguration du Collegio Massimo, à Rome. Il avait 30 ans. En 1953, il a essayé de commencer le chantier d'un collège à Salamanque. «J'étais là.» se souvient Barba. «L'évêque était malade; Il n'a pas réussi à poser la première pierre. Les travaux ont commencé en 1954, et ont été achevé cinq ans plus tard. C'est également en 1954 que Maciel a fait l'acquisition d'un ancien centre thermal à Ontaneda, en Espagne. Comme chaque fois, il payait avec des espèces. Le père Gregorio Lopez, un prêtre de la Légion, m'a dit qu'il avait apporté l'argent, enveloppé dans une simple feuille de papier, à Leopoldo Corinez,» qui représentait la famille à qui appartenait la propriété. «Je ne me souviens pas du montant exact.»

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L'Ecole Apostolique d'Ontaneda

En 1958, il a construit un séminaire à Salamanque, grâce à la générosité de Josefita Perez Jimenez, la fille d'un ancien dictateur du Vénézuela.

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Le séminaire de Salamanque

Maciel a engrangé des sommes importantes à Monterrey, grâce à la famille Garza-Sada. La dynastie remonte à 1890, quand Isaac Garza, et son beau frère, Francisco Sada, ont ouvert ensemble une brasserie. Les fils d'Isaac, Eugenio et Roberto Garza Sada, tous les deux diplômés de l'Institut de Technologie du Massachusetts, ont construit une usine de fabrication de bouteilles, en 1943. Après avoir développé d'autres branches industrielles, les frères Garza ont fondé une université: l'Institut d'Etudes Supérieures Techniques de Monterrey.

Maciel a fondé deux écoles privées à Monterrey, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles. Il a exporté en Amérique un modèle d'écoles destinées à attirer des familles aisées, qui joindraient le Regnum Christi, lequel organisait des groupes d'études des lettres de Maciel. Des laïcs consacrés, le plus haut niveau du Regnum Christi, vivent en communautés et travaillent sans relâches pour collecter des fonds. Le site Web www.life-after-rc.com, dirigé par une ancienne responsable du Regnum Christi, documente la dynamique sectaire du mouvement, grâce notamment aux témoignages de personnes qui ont perdu des êtres chers dans «le mouvement».

Monterrey a été un tremplin financier pour Maciel. Après la mort de Dionisio Garza Garza, en 1991, sa femme et plusieurs de ses enfants ont beaucoup donné à la Légion. Les médias ont comparé la richesse de la famille Garza à celle des Rockefeller.

«Une de mes tantes a offert une maison à Maciel,» dit Roberta Garza, 44 ans, la plus jeune des huit enfants, qui est également rédactrice en chef du quotidien Milenio, à Mexico. Au cours d'une interview, le 2 mars, elle décrit son défunt père comme «un gentleman conservateur victorien, très aimé. Nous famille regardait très rarement la télévision. Nous nous retrouvions après le dîner, et nous parlions ensemble.»

Après la mort du patriarche, Maciel a courtisé la veuve pour obtenir son soutien. «Ma mère lui a donné des bijoux et beaucoup d'argent,» dit Roberta Garza. Sa mère, maintenant très âgée, «ne l'a jamais dit à ses enfants. Il ciblait certaines femmes mexicaines d'une certaine classe, à qui il n'était pas permis de travailler. J'ai dû me battre pour aller à l'université. Pour des femmes cultivés qui s'ennuyaient, Maciel a su leur donner des objectifs à accomplir.»

Roberta Garza a fait sa scolarité dans des pensionnats catholiques, en France et en Allemagne, lisant avec voracité, «développant un esprit critique qui lui a posé des problèmes quand elle est ensuite revenue à Monterrey.» Pour ses études secondaires, elle est ensuite repartie en 1980 dans une école dirigée par la Légion, qu'elle a trouvé «rigide, extrêmement traditionnelle, et non analytique». Une cousine par alliance, qui étudiait dans cette école, n'apprenait pas l'anglais. Elle s'en est plainte auprès d'un prêtre légionnaire, lequel lui a répondu: «Le jugement dernier ne sera pas en anglais.»

Ils nous préparaient pour le Regnum Christi. Si votre famille avait de l'argent, du pouvoir et de l'influence, alors vous les intéressiez. Ils continuaient à me dire: «Dieu vous a tout donné, vous avez le devoir de rendre, en luttant contre les forces du mal.»... Tout leur discours consistait en un paradis de rectitude morale. Après la France, où je pouvais penser librement, je pleurais toutes les nuits, en pensant que c'était là ma famille, ma maison... je ne voulais pas être ici. J'ai failli craquer.»

L'un de ses frères, ainsi qu'une de ses sœurs, ont rejoint le mouvement. Paulina, qui a aujourd'hui la cinquantaine, est une consacrée du Regnum Christi à Rome. Son frère, le père Luis Garza Medina, après avoir obtenu un diplôme en génie industriel à l'université de Stanford, en Californie, est entré à la Légion. A 32 ans, il est devenu Vicaire Général, c'est-à-dire le numéro 2 de la Légion. Grâce à ces derniers, Maciel a réussi à obtenir un flux régulier d'argent de leur famille. Le père Garza a donné 3 millions de dollars de son héritage à la Légion, d'après l'un de ses anciens confrères. A travers nos échanges d'email, le père Garza n'a pas confirmé, ni contredit cette information.

Aujourd'hui, la famille Garza est complètement divisée en deux. «L'un de mes frères déteste la Légion encore plus que moi,» avoue Roberta Garza, qui a abandonné toute pratique religieuse après ses études.

L'aîné de la famille, Dionisio Garza Medina – qui porte le même prénom que son père, et qui est actuellement le PDG d'Alfa, la multinationale fondée par le grand-père – a affirmé dans le Wall Street Journal: «La Légion est la seule multinationale mexicaine dans le monde de la religion.»

Quand la famille de Garza se rassemble en famille, ils évitent de parler de la Légion. A Noël 2009, Luis faisait profil bas, et Roberta semblait profondément déprimée.»

A travers nos échanges de courriers électroniques, le père Garza a refusé de répondre à nos questions.

Le scandale qui a mis le feu aux poudres

Mexico est devenue la poudrière du scandale de la Légion. Le catalyseur a été produit à la fois par la couverture médiatique et la saga juridique menée par l'avocat José Bonilla.

L'évènement qui a marqué sa vie a eu lieu en 2006, lorsque ce dernier a attaqué la Légion en justice, à cause des abus sexuels qu'un professeur (laïc) avait commis sur son fils de 5 ans, dans l'école Oxford de la Légion, à Mexico. Le garçon avait avoué à sa mère qu'un professeur avait mordu son pénis. Après avoir donné à l'enfant des soins médicaux, Bonilla et sa femme, Lisset Aldrete, également avocate, sont allés rencontrer le directeur de l'établissement. Mais celui-ci n'a rien fait. Ils ont alors décidé de déposer une plainte contre l'enseignant, Joaquin Francisco Mondragon Rebollo, qui a pris la fuite, et est encore recherché par la justice. La famille a gagné les premiers rounds dans l'affaire contre l'école de la Légion, affirme Bonilla.

jose-bonilla-01-web-recortado.jpgJosé Bonilla, 50 ans, a obtenu son baccalauréat et ses diplômes de droit à l'Université jésuite Ibéro-américaine de Mexico. Assis dans un salon très lumineux, il parle avec tendresse de son enfant (le benjamin de ses cinq enfants). Le blog de Bonilla – conlajusticia.wordpress.com – est une excavation morale du système légionnaire. «Le blog,» dit-il «a permis à Raúl de me trouver.»

Raúl - José Raúl González Lara, 29 ans, fils cadet de Maciel – a demandé de l'aide à Bonilla contre la Légion. Après la mort de son père, des prêtres de l'Anahuac, l'université phare de la Légion à Mexico, ont conduit Raul à un compte bancaire que Maciel avait soi-disant créé pour la famille, mais qui était vide, déclare Bonilla.

«La Légion a donné à Raul une copie d'un fideicommis qui, d'après eux, avait déjà été retiré par Norma (la fille en Espagne),» explique Bonilla. Il pense que les responsables de la Légion au Mexique ont essayé de mettre les demi-frères et sœurs en conflit, pour l'héritage de Maciel. Les efforts de Raúl pour trouver un arrangement familial ont échoué.

Le 3 mars, la famille a donné une interview d'une heure sur MVS Radio, avec Carmen Aristegui, qui anime également une émission d'actualité sur la chaîne CNN Mexico. Aristegui a remporté le prix Columbia University 2008 Maria Moors Cabot. Le programme radio, qui a été également filmé et placé sur YouTube, a fait le tour du monde. Raul; sa mère, Blanca Lara Gutiérrez; et son frère, Omar, 33 ans, ont parlé de leur vie traumatisante avec Maciel.

L'interview de Bonilla a apporté des détails supplémentaires sur l'histoire de la famille. En 1977, Blanca, 19 ans, travaillait à Tijuana comme domestique quand elle a rencontré «Raul Rivas», 57 ans, un homme qui prétendait être veuf et travailler comme détective privé pour des compagnies de pétrole. Malgré ses voyages, il réussit à la courtiser en achetant une maison à Cuernavaca, une ville de style colonial aux abords de la ville de Mexico. Bien qu'ils ne se soient pas mariés ensemble, il a accepté de devenir le père adoptif de son fils de trois ans, Omar, fruit d'une relation précédente. Bonilla explique que les papiers d'adoption et les certificats de naissance des enfants naturels, Raúl, et Christian, 17 ans, sont «une véritable pagaille juridique.» Maciel a changé de nom et l'a donné à ses enfants. Il était absent la plupart du temps, alors que ses enfants grandissaient. Mais Blanca Gutierrez, qui provenait d'un milieu très pauvre, avait - grâce à Maciel - une maison et des revenus réguliers. «Je l'aimais beaucoup», a-t-elle avoué à Aristegui. «Je n'ai jamais rien suspecté.»

Pendant l'émission, Raul a raconté, avec émotion: «Quand j'avais 7 ans, j'étais allongé à ses côtés, comme n'importe quel garçon, n'importe quel fils avec son père. Il a baissé mon pantalon et a essayé de me violer.»

Menant une vie cachée à Cuernavaca, et faisant attention à ne pas être pris en photo, «Rivas» a commencé à emmener Omar et Raul dans des voyages en Europe, abusant d'eux, entre 8 et 14 ans. «Devenus adolescents, ils ont réussi à le rejeter,» déclare Bonilla.

Quelques années après avoir acheté une maison pour Blanca, Maciel a rencontré Norma Hilda Baños, à Acapulco. En 1987, âgée de 27 ans, elle lui a donné un enfant, qu'elle a également appelé Norma Hilda. Le peu qu'on sache d'eux vient des journalistes espagnols Idoia Sota et José M. Vidal, qui l'ont rencontré dans un appartement luxueux de Madrid, obtenant d'eux quelques brefs commentaires pour un article paru l'année dernière dans le journal El Mundo. «Quand j'ai rencontré cet homme, j'étais mineure,» avoua, lors de l'interview, la mère, Norma Hilda Baños, une femme de 48 ans. «Ni ma fille, ni moi-même n'avons su qui était vraiment cet homme, jusqu'à la fin.» La fille «a été abusée par son père, Maciel,» avoue la mère dans l'article d'El Mundo. «Elle souffre de terribles traumatismes de son enfance, et je crains qu'elle n’arrive jamais à s'en remette.»

L'article dit que Maciel a laissé aux Baños «deux maisons à leur nom, dans des bâtiments récents de Madrid, où elles vivent actuellement, ainsi que trois autres résidences, le tout évalué à environ deux millions d'euros.»

D'après les journalistes espagnols, Maciel a eu également trois enfants avec une autre femme mexicaine, qui vit maintenant en Suisse, ce qui ferait en tout six enfants naturels, conçus avec trois femmes différentes, auxquels s'ajoute un septième enfant, Omar, son fils adoptif.

Lorsque Raúl a eu six ans, Maciel l'a envoyé dans une pension en Irlande, pendant plusieurs années. En 1991, alors que Raúl avait 10 ans, et Norma 4 ans, Maciel les aurait emmené au Vatican. Là, ils auraient reçu la communion des mains du Pape Jean-Paul II, selon les dires de Bonilla. Sur son site Internet, on trouve une photo des deux enfants, tenant les mains d'un garde suisse. De nombreux prêtres et évêques ont emmenés des enfants pour rencontrer le pape. Mais ce qui est intéressant, c'est de voir comment Maciel s’est arrangé pour que ses enfants reçoivent la communion des mains du Pape. Cela témoigne du cynisme éhonté de Maciel, qui a profité de son image publique de prêtre pour présenter les fruits de sa deuxième vie, en réunissant ses deux vies simultanément en public.

En Amérique, les grands médias ne se sont pas intéressés à l'enquête soulevée par le Hartford Courant, le 23 février 1997, jusqu'au scandale de Boston, en 2002. Mais au Mexique, un journal a publié une série d'article, et une chaîne de télévision a diffusé un documentaire. Au printemps 1997, Maciel a appelé Raúl, qui avait 16 ans à cette époque, et lui a demandé d'aller acheter tous les exemplaires disponibles du magazine Contenido, et de les détruire. Sur la couverture du journal, Raúl a vu la photo de son père, en col romain, avec un nom différent. Les deux grands frères avait protégé leur petit frère Christian, âgé de 4 ans, en empêchant leur père de se retrouver seul avec lui. Maciel a alors pris des distances avec la famille, mais il a continué à leur envoyer de l'argent, affirme Bonilla.

C'est à cette époque que Maciel a emmené Norma, et sa fille Normita, de 10 ans, en Espagne. A peu près un an plus tard, il a envoyé Raúl pour vivre chez elles, pendant plusieurs mois, afin que le jeune homme rencontre un psychologue, à cause des problèmes provoqués par l'inceste et la découverte que son père était prêtre.

Les deux familles ont dû garder le secret, pour survivre financièrement.

Quelques années plus tard, explique Bonilla, la fille a fait des études à l'Université Anahuac, à Mexico. «La Légion savait qui elle était», insiste Bonilla.

«Je ne sais pas si cela est vrai ou non,» déclare le porte-parole de la Légion, Jim Fair. «Nous ne pouvons pas faire de commentaires au sujet d'anciens étudiants. C'est elle que vous devriez interroger.»

Le lendemain de l'émission de radio avec la famille Rivas, la Légion a publié une lettre, datée du 5 janvier, dans laquelle la congrégation refusait la requête de Raúl, exigeant 26 millions de dollars en échange de son silence. Bonilla s'est alors retiré de l'affaire, invoquant ses principes d'éthiques professionnels à l'égard d'un client prêt à vendre son silence contre de l'argent. Il affirme avoir 70 autres clients victimes d'abus, ou dont les enfants ont été abusés, et pas seulement par des religieux. Alors que la Légion engage une véritable partie d'échec avec Raúl, sa demande d'indemnisation pour sa famille est devenue une affaire vaticane. Au mois de novembre, Bonilla et la famille ont rencontré Mgr Ricardo Watty, l'évêque chargé de la Visite Apostolique dans l'enquête sur la Légion. «J'ai rencontré Watty à deux reprises,» a affirmé Bonilla au National Catholic Reporter. «Il était très préoccupé par la situation des enfants. Il a essayé de réunir les deux parties pour résoudre le problème. J'ai compris qu'il avait reçu des instructions du pape ou de Bertone (le sécrétaire d'état du Vatican) pour résoudre le problème.»

A suivre: Sodano, la pièce maîtresse de Maciel