Je suis rentré en moi-même, et j’ai continué à essayer de guérir, grâce aux conseils que m’a apportés Faioseamh, une œuvre caritative irlandaise pour les personnes ayant fait l’objet d’abus de la part du Clergé. Cette œuvre a été fondée par la Conférence des Evêques d’Irlande, et par quelques diocèses catholiques.

Le fait que le père Eoghan Devlin, LC – en dépit de la plainte sérieuse que j’avais déposé contre lui – était encore autorisé à exercer son autorité en tant que supérieur à Medellin, comme directeur de la section d’adultes et de l’école de jeunes, m’a rendu malade. Je m’inquiétais beaucoup du fait qu’il pouvait continuer à blesser d’autres jeunes, qui avaient confiance en lui.

En 2005, cela m’a poussé à déposer de nouveau une plainte, mais cette fois, à la Police Irlandaise. J’ai été soutenu et encouragé à agir ainsi par les Services de Protection de l’Enfance de l’Archidiocèse de Dublin. Cela a été une décision bien difficile à prendre – la perspective de devoir me rendre devant la cour de justice et d’avoir à raconter publiquement ce qui m’était arrivé, etc. était vraiment effrayante. Néanmoins, j’ai décidé que je ne pouvais pas vivre avec l’angoisse qu’Eoghan Devlin puisse continuer à commettre des abus – il fallait en finir avec ça !

De nouveau, la réponse de la Légion était insuffisante. Luis Garza Medina m’a téléphoné dans les 24 heures après avoir appris que j’avais déposé une plainte à la police, et m’a dit au téléphone que la Légion n’avait jamais reçu d’autres plaintes pour abus sexuels avant la mienne, et que la Légion du Christ ne savait pas comment gérer la question convenablement. Je ne crois pas un seul instant que la Légion du Christ, à ce moment, n’avait jamais reçu de plaintes pour abus sexuels. Je sais que Luis Medina Garza m’a menti.

Les lettres suivantes de la Légion, de Raymond Cosgrave, étaient également trompeuses et mensongères – la Légion m’a invité à parler avec une « personne indépendante », afin de recueillir des informations. La Légion a mentionné le nom d’une personne, Johanna Merry, mais a oublié de préciser que Johanna Merry est docteur et psychologue. Elle a également oublié de mentionner qu’elle payait le Docteur Merry.

Quand j’ai découvert cette information, ma méfiance à l’égard de la Légion m’a poussé à rejeter ces propositions. Pourquoi la Légion engagerait-elle une psychologue pour recueillir des informations, et ne pas préciser que cette personne était psychologue ? Pourquoi, par exemple, ne pas nommer un secrétaire ou un avocat pour recueillir les informations ? J’avais déjà apporté à la Légion des informations suffisamment détaillées. Je savais qu’ils avaient largement assez d’informations pour agir. La Légion a-t-elle essayé de m’évaluer psychologiquement ?

J’avais fait la même déposition à la police et aux services locaux de santé. Pourquoi me fallait-il encore la faire, en personne, à la Légion, alors que la Légion avait rejeté ma première plainte et que le Directeur Général de la Légion – un pédophile reconnu – tenait encore les rennes de la Légion ?

La Légion du Christ a également rejeté les nombreuses requêtes que j’ai faites dans les lettres que je vous ai envoyées. Je vous ai demandé de me faire parvenir votre protocole relatif au traitement des plaintes pour abus sexuels. En 2005, j’ai appris de façon certaine qu’il y avait eu d’autres cas de plaintes similaires. J’ai compris que mes lettres à la Légion du Christ n’avaient pas fait l’objet de réponses, et avaient été ignorées.

J’ai appris qu’à Medellin, où le père Eoghan Devlin travaillait, une lettre avait été envoyée par les directeurs des écoles de garçons et de filles, aux familles de ces écoles, expliquant qu’il ne fallait pas croire toutes les fausses rumeurs qui circulaient, et qu’il fallait seulement accepter la vérité de ces mêmes directeurs. Je sais qu’Eoghan a été relevé de son ministère à cause de l’enquête de la police, et je sais que quelques familles de Medellin ont été informées de cela. On a dit aux autres familles qu’Eoghan avait dû se retirer pour rendre visite à sa famille, parce qu’il y avait un membre de sa famille très malade, en Ireland.

La Légion et les membres RC en Colombie ont raconté des mensonges au sujet de cette histoire aux familles et aux enfants dont ils s’occupaient. Vous aviez le devoir de faire savoir à tout le monde mes allégations, afin que d’autres victimes puissent avoir le courage de se présenter et ainsi de leur offrir un soutien complet.

Je me demande pourquoi vous avez couvert, par des mensonges, la vérité sur Eoghant Devlin aux familles de Medellin. J’ai appris qu’Eoghan avait quitté le sacerdoce et la Légion du Christ, et, même le département du ministère public a estimé qu’il n’y avait pas assez de preuves – chose qui m’a finalement soulagé – j’ai trouvé que le fait de savoir qu’Eoghan ne travaillerait plus avec des enfants et ne serait plus protégé par la Légion, était une bonne fin. Cependant, je me suis inquiété du fait qu’il vivait de nouveau dans le même pays que moi – Est-ce que je tomberai un jour sur lui ? Me recherchera-t-il ? J’ai également appris qu’il recevait tous les mois un versement conséquent d’argent de la Légion du Christ. Et cela m’a mis en colère.

Aller à la police pour écarter Eoghan de son ministère et le mettre à l’écart des enfants, cela signifiait beaucoup de choses, pour moi. Cela m’a aidé à guérir. Il est bien malheureux que j’ai eu à aller voir la police pour réaliser une telle chose. J’espérais que ma première plainte, en 2001, aurait suffit. De fait, si vous aviez agit correctement à cette époque, cette guérison aurait été plus rapide. Dans ma plainte, je vous ai partagé mes préoccupations concernant les abus inter-générationnels dans la Légion. Je vais réitérer ces préoccupations maintenant, concernant la possibilité d’une nouvelle génération d’abuseurs dans votre institut.

Lors de votre appel téléphonique avec Juan José Vaca, vous lui avez demandé pardon pour ce que Marcial lui avait fait, à lui et aux autres. Vous ne l’avez pas dit directement, mais vous avez sous-entendu que vous reconnaissiez que Maciel avait abusé sexuellement de lui et des autres, quand ils étaient enfants et jeunes adultes. Si vous croyez vraiment cela – je ne peux que le présumer, puisque vous ne l’avez pas affirmé – alors, vous partagerez mes préoccupations :

Voici comment je vois la chaîne des abus :

  • Marcial Maciel a abusé sexuellement de Guillermo Iszquierdo, enfant. D’autres victimes d’abus sont témoins de cela – ils m’en ont parlé, directement, en personne.
  • Guillermo Izquierdo a abusé sexuellement de Patrick M Keane, lequel m’en a parlé personnellement.
  • Guillermo Izquierdo a eu des déviances sexuelles avec Isaac Chute, à qui il a demandé de se déshabiller dans sa chambre, et d’attendre sur son prie-Dieu, pour que Guillermo l’inspecte. Cela lui avait été demandé comme pénitence, après une confession. De nouveau, Isaac Chute m’a relaté ces faits directement. Isaac Chute a été novice avec Eoghan Devlin.
  • Eoghan Devlin a fait son noviciat sous les ordres d’un abuseur sexuel bien connu, dans un environnement où des abus sexuel de mineurs ont eu lieu. Je pense qu’Eoghan Devlin avait été abusé. Cela m’explique comment il a reproduit les abus que Maciel avait infligé à ses victimes. Maciel offrait un traitement de faveur à Eoghan, quand il rendait visite aux LC, à Dublin. Peut-être Maciel avait-il également abusé d’Eoghan ?
  • Le père Robert Sloan, LC, a récemment été accusé d’avoir posé des questions indécentes à des enfants et des adolescents avec lesquels il travaillait à l’Institut Irlandais, à Mexico. Ces questions détaillées relatives à des fantasmes sexuels, à la taille du pénis des enfants, etc. font échos aux questions qu’Eoghan Devlin m’avait posé, en vue de me préparer à abuser de moi. Comme je l’ai mentionné dans ma plainte détaillée, Eoghan Devlin m’avait posé ce genre de questions. Robert Sloan était novice avec moi, Eoghan Devlin était son supérieur de noviciat. Les nouvelles sur Robert Sloan m’ont profondément énervé et m’ont causé une grande anxiété.

Je veux que vous sachiez que ma vie a été complètement interrompue, depuis le jour où je suis entré et celui où j’ai quitté la Légion. J’ai encore besoin de soutien, je continue de faire de cauchemars, je continue d’essayer de comprendre les effets des abus sexuels que j’ai subit, sur moi et dans mes relations. J’ai demandé de l’aide à d’autres anciens légionnaires, et j’ai rencontré tant et tant de personnes blessées. Le site www.exlegionaries.com m’a apporté une grande aide. Lorsque la Légion du Christ a réussi à fermer ce site, cela m’a encore blessé. C’est une grande honte que vous empêchiez à de nombreuses personnes d’avoir accès à ces moyens pour guérir. A la lumière des développements récents et de la reconnaissance du plagiat de Maciel, j’ose espérer que vous permettrez à ce site d’être restauré comme il était au début, et que vous rembourserez les frais de justice aux personnes concernées.

Je suis en colère, car il est vraiment injuste que ma vie soit encore en suspens. Que dois-je faire pour guérir ? Que me faut-il pour me permettre de changer de vie, et de vivre de nouveau ? Quand la Légion et le père Eoghan seront-ils un chapitre fermé dans mon passé ?

Comme victime, je crois que les choses suivantes pourraient beaucoup m’aider :

  • Des excuses sincères et exhaustives. Des excuses qui reconnaissent et nomment les méfaits commis par la Légion sur moi. Cela doit inclure la reconnaissance que j’ai été abusé, et que mes déclarations à propos de cet abus n’ont pas été traitées correctement par la Légion.
  • Il me semble que vous devriez apporter une contribution financière substantielle aux organismes qui ont payé pour me soutenir pendant toutes ces années. J’ai eu la chance d’avoir obtenu un soutien de qualité, lequel m’a beaucoup aidé, gratuitement, depuis 2001. Je suis en colère quand je pense que des gens et des organismes charitables ont utilisé leurs ressources pour moi, alors que je crois que c’est vous qui devriez payer pour cela.
  • Je crois que vous devriez me donner une réparation financière pour tous les effets des abus et des réponses que la Légion m’a faites.

Alvaro, moi aussi j’ai été Légionnaire du Christ. J’ai suivi Marcial Maciel aveuglément, et avec dévouement. Je croyais en tout ce qu’il disait et je le considérais comme un saint vivant. Je mangeais les restes de ses assiettes, quand je faisais le service des hôtes. Je pleurais quand je pensais à tous les sacrifices qu’il avait fait dans sa vie.

J’étais prêt à mourir pour la Légion.

Comme vous, j’ai découvert une version différente sur Maciel. J’ai appris qu’il avait eu une vie faite de luxure et d’excès, d’abus sexuels, de mépris à l’égard de ses proches, d’addiction à la drogue, ses mensonges, le plagiat des ses Lettres, du Psautier, etc. Si vous plait, croyez-moi quand je vous dis que la découverte de la vérité a été très douloureuse pour moi. Le monde entier s’est écroulé.

Je ne veux plus souffrir. Je vous demande de répondre, au nom de la Légion, à ma plainte d’abus, afin de m’aider à oublier la Légion, et oublier ce qui s’est passé.

Donnez-moi une solution.

Aaron Loughery