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Par Xavier le jeudi 18 février 2010, - Lien permanent
Je publie ici la traduction d'une lettre datée du 16 février, dans
laquelle le père Douglas Barry fait ses adieux à ses frères légionnaires et
explique les raisons de son départ.
Madrid, le 16 février 2010 (Source : Trastevere)
Que ton Règne vienne !
Très chers pères et frères dans le Christ,
Cela vous semblera sans doute étrange que je vous écrive, alors que vous savez pratiquement tous que je suis sorti de la Légion, et certainement cela pourra en inquiéter quelques uns. Même si ce sont des choses auxquelles nous ne sommes pas habitués, il n’y a rien de mal à cela. Quel mal y aurait-il à ce que l’un de vos frères, qui après avoir vécu 18 ans de vie commune et de partage avec vous dans la Légion, désire vous dire au revoir et vous remercier pour tout ce qu’il a reçu de chacun d’entre vous ? Sachez bien que j’aime chacun d’entre vous énormément. Et, en plus de vous remercier pour tant de choses (je ne fais pas la liste, qui serait interminable), je voudrais également vous expliquer brièvement ce qui s’est passé, afin qu’il n’y ait pas d’erreurs qui puissent entacher la vérité, car comme vous le savez, le fait de ne pas vivre dans la vérité fait beaucoup de mal.
Je le fais très simplement : après un cheminement de discernement que
j’ai commencé à Mexico, et après avoir pris connaissance des impostures de
notre fondateur (nombreuses vies, tromperies, et tout ce que vous savez ou
devez savoir au sujet de ses actes de pédophilie, d’abus d’enfants,
d’homosexualité, de vices, etc. qu’il ne m’appartient pas de juger, car Dieu
l’a déjà fait) je me suis rendu compte que l’esprit déformé du fondateur
n’avait pas seulement affecté sa vie personnelle, mais que les vices de son
esprit avaient également contaminé un certain nombre de coutumes, de façons de
faire, de styles de vie, de normes, et différentes aspects de la Congrégation.
De nombreux légionnaires, certains supérieurs, ont reconnu cette réalité, et
espèrent que le Saint Siège, grâce à la Visite Apostolique, permettra de
purifier l’œuvre de toutes ces contaminations. Je vous promets que je serais la
personne la plus heureuse si cela arrivait, c'est-à-dire, si la Légion arrivait
à devenir l’œuvre que Dieu désire. Vous savez que depuis que je suis enfant,
j’ai rêvé de devenir Légionnaire, que j’ai eu l’occasion de fonder l’ECYD et le
mouvement à Viña del Mar, que j’ai toujours été un fidèle promoteur de la
Légion et que j’ai été recruteur vocationnel pendant 15 ans, la plus grande
partie du temps sur les champs d’apostolat et même depuis la direction
générale. Mais je ne peux nier que nous avons été complètement aveuglés, devant
les réalités que nous voyons maintenant.
Dans ce contexte, j’ai décidé de chercher, par le moyen d’une exclaustration
– qui, comme vous le savez est une dispense donnée pour trois ans – la
possibilité d’exercer mon sacerdoce hors de la Légion, parce que je considérais
qu’il n’était pas sain pour mon sacerdoce de continuer à travailler dans un
système qui mettra beaucoup de temps à évoluer, et avec lequel j’ai rencontré
un grand nombre d’incompatibilités. Les sujets qu’il faudrait analyser sont
très grands et profonds : le sens de la volonté de Dieu, la droiture
d’intention dans l’attention aux âmes, l’amour véritable envers les âmes, la
vie fraternelle en commun (non seulement l’uniformité ou la vie commune, mais
la fraternité), l’exercice de l’apostolat et de la pastorale, l’insertion dans
l’Eglise locale, etc. Il ne m’appartient pas de vous dire ce qu’il faudrait
changer dans la Légion…
Comme je vous le disais, j’ai demandé une dispense d’exclaustration. Je l’ai
faite par écrit au P. Alvaro Corcuera, et, en même temps, je me suis remis à
l’accueil paternel de Mgr Ezzati – Visiteur apostolique pour les centres
d’Amérique du Sud – qui a daigné me recevoir dans son diocèse de Concepción. Je
n’ai pas cherché un évêque au Mexique, comme certains ont dit, ni dans d’autres
mouvements ou familles religieuses. Depuis le début, quand j’ai compris que je
ne devais pas continuer dans la Légion, j’ai pris la décision de demander à Mgr
Ezzati de m’accueillir, parce qu’il s’agissait d’une personne qui pouvait
comprendre, étant donné son rôle de visiteur, la situation particulière que
nous vivons actuellement. Et lui, depuis le début, n’a pas hésité à me soutenir
avec une grande charité.
Je vous demande pardon de ne pas vous avoir dit au revoir personnellement,
mais vous savez déjà que, dans la Légion, c’est une chose encore mal vue, et
qu’on se donne beaucoup de peine encore aujourd’hui pour ne pas
« troubler » les autres. J’ai voulu respecter cette façon de voir,
même si, personnellement, je ne la partage pas. Maintenant que vous savez que
je suis parti, et bien, je suppose qu’il n’y a pas de problème à ce que je vous
salue, de cette façon, et que je vous remercie pour tous les bons moments
passés avec vous. Je sais que chacun est responsable du don de Dieu qu’il porte
entre ses mains, et qu’il saura comment répondre à Dieu. Quoi qu’il en soit,
vous avez ici un frère et un ami en Jésus-Christ. Si je peux vous être utile en
quelque chose, en plus de mes prières, je vous laisse ma nouvelle adresse
mail : sidwil74@gmail.com
Que Dieu vous bénisse !
Affectueusement dans le Christ,
P. Douglas Barry
Commentaires
"Le fait de ne pas vivre dans la vérité fait beaucoup de mal..."
"Quel mal y aurait-il à ce que l’un de vos frères, qui après avoir vécu 18 ans de vie commune et de partage avec vous dans la Légion, désire vous dire au revoir ..."
"Je me suis rendu compte que l’esprit déformé du fondateur n’avait pas seulement affecté sa vie personnelle, mais que les vices de son esprit avaient également contaminé un certain nombre de coutumes, de façons de faire, de styles de vie, de normes, et différentes aspects de la Congrégation..."
"Mais je ne peux nier que nous avons été complètement aveuglés..."
"De nombreux légionnaires, certains supérieurs, ont reconnu cette réalité ..."
"On se donne beaucoup de peine encore aujourd’hui pour ne pas
« troubler » les autres. J’ai voulu respecter cette façon de voir... "
"Chacun est responsable du don de Dieu qu’il porte entre ses mains..."
On reste perplexes, pantois, sonnés et blêmes d'inquiétude pour ceux qui restent "captifs"..." Pas vous ? ? ?
La technique utilisée à la Légion pour faire croire aux légionnaires qu'ils ne sont pas captifs réside dans un dénigrement régulier (lors de conférences, méditations...) de ceux qui sont sortis de la Légion et d'un "grand méchant monde" sur lequel on tape sans arrêt. La survalorisation de la vocation de légionnaire aboutit ainsi à un conditionnement maximum qui rend difficile ou inconcevable de parler d'autres vocations (entre autre au noviciat), même en orientation spirituelle.
Quoi de plus normal me direz vous ? Finalement, n'est-ce pas une manière de les mettre dans les meilleures conditions pour perséverer et d'aimer leur vocation ? Ce serait vrai si leur vie au noviciat, en orientation spirituelle... n'étouffait pas l'individualité spirituelle au bénéfice "du charisme" et de ses principes.
Ce qui compte ce ne sont pas tes difficultés mais dans quelle mesure tu te plies ou pas aux normes, aux principes et aux constitutions. Ce qui compte, ce n'est pas tes qualités, l'action de l'Esprit Saint en toi, tes talents d'enfant de Dieu pour l'Eglise et le monde... mais la volonté infallible du supérieur et de la Légion qui sait bien mieux pour toi ce qui est bon et ce qui doit te te rendre heureux (Voir la lettre "exemplaire" en espagnol du Père Cativiela, secrétaire territorial à Madrid, sur le site de la Légion du Christ). La lettre du Père Julien Marie Durodié illustre cette réalité en faisant appel à cette fidélité implacable et exemplaire. L'opposition fidélité/trahison était d'ailleurs la spécialité du Père Maciel, il en faisait son fer de lance pour exiger toujours plus. Comment sortir de ce cercle infernal ?
Bonjour Xavier,
Je suis surprise de ne trouver nulle part sur ton blog la lettre du Père Julien? Est-ce volontaire? Cela me paraitrait intéressant de la soumettre à la critique des internautes!
A bientôt.
Merci Raymonde pour votre suggestion.
La lettre du père Julien n'était pas un document officiel de la Légion du Christ, mais une lettre personnelle envoyée aux membres du Regnum Christi. J'ai une grande estime pour le père Julien, même si je suis en désaccord avec lui. Il me semble qu'il ne nous appartient pas de publier cette lettre. C'est tout. Si je critique le fait qu'assez souvent, dans la Légion du Christ, on déroge au principe que la fin ne justifie pas les moyens, ce serait aberrant, de ma part, si je dérogeais également à ce principe.
J'ajoute que j'ai été assez choqué de voir que certains sites en langue espagnole et anglaise l'aient traduite et publiée, sans son accord.