Je vais m’expliquer.

Mais avant, pour l’anecdote, j’aimerais vous raconter une petite histoire qui m’est arrivé, quelques heures à peine avant que vous ne mettiez vos commentaires en ligne. Il se trouve en effet que, ce jour-là, j’ai reçu un coup de téléphone d’une personne de mon groupe de prière. Elle m’appelait pour me demander un renseignement, car elle savait que j’avais à ma disposition un logiciel très pratique pour l’étude de la Bible… et voulait me demander où se trouvait dans l’Ecriture la phrase : «la vérité vous rendra libres».

J’étais persuadé, je ne sais pas pourquoi, que cette phrase bien connue ne se trouvait pas, telle quelle, dans la Bible, mais qu’il s’agissait plutôt d’une pensée de Jean-Paul II, qui aurait été ensuite reprise comme un slogan au long de son Pontificat.

Néanmoins, je me suis quand même attelé à la tâche, et j’ai retrouvé assez rapidement l’origine de ce verset, en St Jean, chapitre 8, verset 32. Intrigué, et me demandant comment j’avais pu oublier une telle chose, j’ai relu tout le chapitre – que je connaissais pourtant assez bien – et j’étais encore occupé à méditer sur ces paroles quand j’ai pris connaissance de vos commentaires.

Je ne cherche pas à lire dans les étoiles, ou à attribuer cela à la Providence, mais je dois avouer que cette coïncidence m’a troublé. Si cette amie ne m’avait pas appelé, je n’aurais sans doute pas cherché la source de la citation.

Bien. Maintenant, revenons à notre sujet.

Pour cela, je vous propose tout simplement de nous replonger un instant dans le chapitre 8 de l’Evangile de Saint Jean.

L’écriture johannique, vous le savez sans doute, suit un développement très particulier, en forme de dialectique. Le style est épuré, va à l’essentiel… et quand il donne quelques détails, c’est pour des raisons bien précises. L’Evangile de Jean met en scène l’affrontement de la lumière et des ténèbres, de la vérité et du mensonge, du bien et du mal. C’est ce qui lui donne son aspect si exaltant… et, pourrait-on même dire, cinématographique.

Le chapitre 8 est une articulation importante dans le déroulement de la tragédie johannique. Il raconte l’un des affrontements les plus violents – verbalement – entre le Christ et les pharisiens qui n’adhèrent pas à son enseignement. Jésus révèle ouvertement sa filiation divine, et dénonce sans demi-mesure les mauvaises intentions de ses interlocuteurs. A la fin du chapitre, Jésus échappe de justesse à la lapidation.

Un groupe de pharisiens et de scribes, donc, veulent mettre Jésus à l’épreuve. Que font-ils ? Ils amènent à Jésus une femme surprise en flagrant délit d’adultère. Nous connaissons tous ce passage : « Que celui d’entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre.» leur dit Jésus… et tous s’en vont, à commencer par les plus vieux.

Les pharisiens sont à court d’argument. Jésus les a désarmés, au sens propre du mot. Que peuvent-ils maintenant lui reprocher ? Ils sont piqués dans leur orgueil, comme l’indique la fin du chapitre 7, car ils sont les maitres de la Loi, et Jésus, qui n’est qu’un simple charpentier, et galiléen de surcroit, enseigne dans le temple, sous leur nez.

C’est alors que Jésus lui-même met les pieds dans le plat : «Je suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres; il aura la lumière qui conduit à la vie.». Rien que ça ! Si ce n’est pas de la provoc, ça !

Il y a certainement un petit côté « poil à gratter » dans l’attitude de notre Seigneur. Et les pharisiens réagissent au quart de tour : «Tu te rends témoignage à toi-même! Ton témoignage n'est pas recevable!». Réaction qui est en fait un aveu de faiblesse: n’arrivant pas à contredire ses enseignements, ils s’en prennent directement à lui. C’est une façon de dire « Mais pour qui tu te prends ? Tu n’as pas d’autorité pour enseigner! ».

Que fait alors Jésus ? Il réfute l’accusation de ses interlocuteurs par une réponse qui ne manque pas d’humour :

«Il est vrai que je me rends témoignage à moi-même, et pourtant mon témoignage est recevable, parce que je sais d'où je viens et où je vais; tandis que vous, vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. Vous jugez de façon purement humaine. Moi, je ne juge personne; et s'il m'arrive de juger, mon jugement est conforme à la vérité parce que je ne suis pas seul: il y a aussi celui qui m'a envoyé. Dans votre propre Loi il est d'ailleurs écrit que le témoignage de deux hommes est recevable. Je me rends témoignage à moi-même, et le Père qui m'a envoyé me rend témoignage lui aussi.»

La critique des pharisiens, en effet, n’avait absolument aucun fondement. Et Jésus le savait. Le Deutéronome, auquel les pharisiens font référence, détaille les procédures de justice, en cas d’idolâtrie (Dt 17) ou d’autres délits (Dt 19) : le texte de la Loi explique qu’il faut deux ou trois témoins pour qu’un procès soit licite. Il n’y a donc aucun rapport avec la situation : Jésus ne porte ici aucun jugement. Les pharisiens interprètent-ils ses propos comme une attaque personnelle, voire une assignation en justice ? Ou bien, plus vraisemblablement, se raccrochent-ils maladroitement à tout ce qu’ils trouvent?

Jésus esquive l’attaque en montrant son incohérence (le critère, pour qu’un témoignage – qui n’est pas un jugement – soit vrai ne réside pas dans le fait qu’il y ait des témoins, mais en soi, dans la réalité, et dans l’esprit de celui qui connaît cette réalité !), puis il retourne l’accusation contre eux. Car ce que précise également le texte du Deutéronome, c’est que le règlement de compte, sans témoin, est également passible de mort (Dt 17, 12). Il renverse la situation, et place les pharisiens devant la gravité de leurs accusations : «moi, je ne juge personne, mais vous… hum, hum!». L’Ecriture est très claire concernant les accusations arbitraires et les témoignages intempestifs (Cf. Ex 20,16 et 23,1)… Il n’appartient pas à l’homme de juger les intentions de son prochain : «Car celui qui examine les cœurs et les reins, c'est le Dieu juste.» (Ps 7,10)

Dans les versets suivants, le Christ développe sa pensée : il dit qu’il parle au nom de « son Père », dénonce les intentions mortifères des pharisiens et affirme même, assez subtilement, sa nature divine. Et c’est dans ce contexte là qu’arrive notre sentence : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres.»

Mais ce n’est pas fini. Le ton continu de monter, et Jésus fini par exprimer ce commentaire lourd de signification :

«Si Dieu était votre père, vous m'auriez aimé, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je viens; je ne suis pas venu de mon propre chef, c'est Lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage? Parce que vous n'êtes pas capables d'écouter ma parole. Votre père, c'est le diable, et vous avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. Dès le commencement il s'est attaché à faire mourir l'homme; il ne s'est pas tenu dans la vérité parce qu'il n'y a pas en lui de vérité. Lorsqu'il profère le mensonge, il puise dans son propre bien parce qu'il est menteur et père du mensonge. Quant à moi, c'est parce que je dis la vérité que vous ne me croyez pas. Qui de vous me convaincra de péché? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu; et c'est parce que vous n'êtes pas de Dieu que vous ne m'écoutez pas.»

Je suis désolé d’avoir dû faire ce long détour, mais il me semblait intéressant d’analyser ce passage par le menu pour répondre correctement à vos commentaires. Car, en résumé, que nous apprend ce passage d’Evangile ? Trois choses :

  • Premièrement, qu’il ne faut jamais juger les intentions de son prochain, car ce jugement n’appartient qu’à Dieu, d’une part, et qu’il arrive que les intentions de nos «détracteurs» ne soient pas celles que l’on croit, d’autre part.
  • Deuxièmement, qu’il ne faut pas avoir peur de dire la vérité, ni d’agir «dans la lumière», à la différence du diable, qui est «menteur, et père du mensonge».
  • Troisièmement, qu’il ne faut jamais faire mauvais usage de la Parole de Dieu, mais qu’au contraire, nous avons le devoir de la connaître et de la méditer, car «celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu».

Je vais reprendre maintenant chacune de ces affirmations, pour répondre plus précisément à vos accusations.

1. Il ne faut jamais juger les intentions de son prochain.

Vous nous accusez de «manquer d’une certaine humilité» et «d’utiliser nos forces humaines de justiciers». En ce qui me concerne, je suis entièrement d’accord avec la première partie de votre accusation. Je commence à bien me connaître, et je pleure bien souvent devant mon immense orgueil, qui m’asphyxie. Je suis un pauvre pécheur, et je tremble en voyant l’étendue de mon péché. Cependant, je vous assure que la seconde partie de votre accusation est fausse. Aucun des membres qui participent à ce blog ne cherche à « régler ses comptes ». Certes, nous y avons laissé quelques plumes, et vous trouverez peut-être dans tel ou tel article un peu de ressentiment, mais d’une façon générale, je peux vous assurer que l’idée de jouer aux justiciers nous est complètement étrangère. En ce qui me concerne, cela fait longtemps que j’ai pardonné.

Il se trouve que nous avons beaucoup hésité avant de créer ce blog. Car nous étions conscients qu’il n’aurait de valeur que s’il était vraiment « au service de la vérité », et donc du Christ et de l’Eglise. Et je reconnais qu’il n’a pas toujours été facile d’arriver à purifier nos intentions.

C’est pour cette raison, notamment, que nous nous efforçons, autant que possible, de citer nos sources, de nous appuyer sur des faits, de donner des témoignages (Bien sûr, un témoignage est toujours subjectif, mais quand plusieurs témoignages se rejoignent et arrivent aux mêmes conclusions, n’est-on pas en droit de se poser des questions ?)

Vous nous accusez « d’assimiler les gens à leurs actes ». J’aimerais beaucoup savoir en quoi ? En fait, je pense que vous n’avez pas lu grand-chose de ce blog, car s’il y a bien une chose qui transpire de la plupart de nos articles, c’est précisément l’inverse. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons été contactés et que nous sommes encouragés par des membres actuels de la Congrégation, qui ont reconnu la modération de nos propos : fermes quant aux dérives que nous dénonçons, tendres quant aux personnes – nos anciens camarades ! – qui sont encore à l’intérieur.

Peut-être n’avez-vous pas lu ce que nous avons mis, dès le début du blog, dans le bandeau, à droite : «Nous sommes convaincus que la plupart des membres de la Congrégation de la Légion du Christ sont des personnes de qualité, qui cherchent à accomplir, de bonté de cœur, la volonté de Dieu. Ce blog n'a pas pour but de critiquer ces hommes de bonne volonté, mais d'offrir une réflexion de fond sur la place de cette congrégation dans notre Église.»

2. Il ne faut pas avoir peur de dire la vérité, ni d’agir «dans la lumière», à la différence du diable, qui est «menteur, et père du mensonge».

Voilà un point très important. Pendant des années, nous avons vécu dans le repli sur nous-mêmes, persuadés que les forces du mal étaient autour de nous, dans le monde, prêtes à n’importe quoi pour diffamer l’Eglise. Le climat laïcard de notre pays a accentué ce phénomène, déjà très présent dans certains milieux chrétiens.

Mais c’est un mirage. Et c’est en abusant de cette idée que le père Maciel est parvenu à faire taire ses propres victimes, et même à les faire mentir auprès des premiers visiteurs apostoliques, dans les années 50. Il ne faut jamais avoir peur de la vérité. Curieuse contradiction que cette spiritualité targuant que «le respect humain est une guillotine à saints»… et tellement préoccupée par l’opinion du monde à son égard ! Mais laissons les gens penser ce qu’ils veulent : dans le meilleur des cas, cela ne les intéresse pas. Dans le pire, cela nous aidera à devenir plus humbles. Il ne faut jamais agir en fonction de ce que vont penser les hommes (Ac 5, 29), mais en fonction de ce que nous dit notre conscience, qui est le sanctuaire de notre âme.

Vous nous accusez de «faire du mal à l’Eglise entière» et de «déchirer le corps du Christ». Et bien, au risque de vous choquer, tant mieux. Car s’il est vrai qu’il y a des douleurs qui mènent à la mort, il y en a d’autres qui mènent à la vie. Or, les douleurs provoquées par la vérité mènent toujours à la vie. Toujours. Accuseriez-vous un médecin qui vous sauve la vie de vous avoir fait mal en vous opérant?

Du reste, vous savez, il ne faut pas confondre le moyen avec la cause. Ce n’est pas celui qui met de la lumière qui est coupable, mais celui qui agit dans les ténèbres. La soi-disante « discrétion légionnaire » n’a fait que trop de dégâts. Il est maintenant l’heure d’apporter un peu de vérité dans cet océan de mensonges et de manipulations. Ce modeste blog, sachez-le, a permis à un certain nombre de personnes, prisonniers depuis longtemps de profondes souffrances spirituelles (sentiment diffus de trahison, culpabilisation, etc.), de trouver un lieu d’écoute et d’expression, que seuls ceux qui ont vécu une expérience similaire sont capables de comprendre.

Aujourd’hui, il y a péril dans notre Eglise. La Légion du Christ distille dans le monde entier ses méthodes de formation, sa vision de l’Eglise, sa méthodologie apostolique… Et quoi ? Nous devrions nous taire ? Assister, impuissant, à un drame qui risque de conduire l’Eglise dans une impasse dont je n’ose imaginer les conséquences ultimes? Certes, nous croyons que l’Eglise a les paroles de la vie éternelle, mais nous savons aussi que c’est notre responsabilité, à nous, fils de l’Eglise Catholique, de l’aider, de l’informer et de faire tout ce qui nous est possible pour permettre que la promesse que notre Seigneur a faite à son Eglise se réalise. Les prières, comme vous le suggérez, sont importantes, mais elles ne suffiront pas (Mt 7, 21).

Si nous nous trompons ? Comme vous le soulignez vous-même, il est vain de lutter contre la volonté de Dieu. Nous nous inclinerons et, confiant en sa miséricorde, nous implorerons son pardon. Mais si nous avons raison ? Pour ma part, je crains plus le jugement de Dieu que celui des hommes, et je n’ai pas l’intention de me retrouver, au soir de ma vie, devoir rendre compte au Seigneur d’une omission impardonnable : «je savais… et je n’ai rien fait».

Car, dans le fond, que reprochons-nous à la Légion du Christ ? Comme je l’ai longuement expliqué dans certains articles que vous trouverez dans ce blog, les déviances légionnaires sont à la fois subtiles et complexes. Toute simplification du problème conduit nécessairement à la caricature. Néanmoins, voici, en résumé, les trois points qui me préoccupent le plus :

  • Une vision érotisée du sacerdoce, qui conduit à assimiler apostolat et séduction, et qui conditionne les séminaristes à devoir ressembler à un modèle de perfection éthéré, dans un univers dépersonnalisant, aseptisé et plein de contradictions.
  • Une conception idéologisée de la foi et de l’Eglise, qui conduit à perdre de vue les principes fondamentaux de la morale (La fin ne justifie pas les moyens ; Les hommes, en raison de leur dignité, doivent toujours être considérés comme des fins en soi).
  • Un regard déformé sur la miséricorde de Dieu, à travers une spiritualité basée essentiellement sur la culpabilité et le volontarisme. Le principe de la miséricorde divine, c’est précisément d’être INCONDITIONNEE. Dieu se laisse désirer, car l’amour ne s’impose pas, ni ne s’exige. Dieu creuse en l’homme un désir et ne lui force jamais la main. Le verbe aimer ne supporte pas l’impératif.

3. Il ne faut jamais faire mauvais usage de la Parole de Dieu, mais au contraire, nous avons le devoir de la connaître et de la méditer, car «celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu».

Outre le fait de tordre le cou à la parole de Saint Jean «la vérité vous rendra libres», il me semble que vous faites un bien mauvais usage de la parole de Saint Matthieu «On juge l’arbre à ses fruits». Car l’enseignement de l'évangéliste est en effet bien plus précis :

«Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines? Ou des figues sur des chardons? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre gâté porter de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.» Mt 7, 15-20

Je ne désire pas m’étendre trop longtemps sur cette question, qui méritera plus tard un autre article. Seulement, j’aimerais vous faire remarquer que la sagesse exprimée par notre Seigneur ne concerne pas le fait qu’il y ait ou non des fruits, mais le fait que les fruits peuvent être bons… ou mauvais.

Vous citez le grand nombre d’ordinations qui ont eu lieu récemment à Rome, en vous exclamant «alleluia»… mais savez vous vraiment ce qu’il y a derrière ? Ces jeunes, qui se sont avancés pour recevoir les ordres sacrés, ont-ils vraiment cheminé librement ? Avaient-ils tous vraiment la vocation… ou se sont-ils conformés, sous la pression d’années de culpabilisation, à ce qu’ils ont cru être une vocation?

Il y a quelques années, à l’occasion des soixante ans de la congrégation (c’était en janvier 2001), la Légion du Christ a décrété qu’il fallait ordonner symboliquement soixante séminaristes. Est-ce vraiment un critère sérieux ? Pour la petite histoire, il se trouve que l’un d’entre eux, un jeune diacre mexicain, souffrait depuis de nombreuses années de difficultés dans sa vocation… Effrayé par les contraintes de sa situation et du peu de cas que l’on faisait de son cheminement personnel, il a fait une très grave dépression, de laquelle il ne s’est d’ailleurs toujours pas complètement remis. Résultat : il a quitté la Congrégation, après y avoir passé une quinzaine d’années, en morceaux… et finalement, au grand désespoir de la Légion, il n’y a eu que 59 ordinations.

Ne vous leurrez pas : le démon ne séduit pas avec des fruits avariés… mais bien avec des fruits appétissants. Or les fruits que vous voyez dans la Légion, sont-ils si bons que cela ? Passé l’enthousiasme et l’excitation des belles cérémonies : cela vous a-t-il vraiment aidé à grandir dans votre vie de prière et d’intimité avec le Seigneur ?

Peut-être. Je ne sais pas. En ce qui me concerne, la réponse est non.

Et puis, que faut-il penser des mauvais fruits ? Ceux qu’on ne voit pas : les vies brisées de ces anciens légionnaires et consacrées qui mettent des années à se reconstruire ? Dont la vie entière ressemble à un montage impressionnant d’auto-justification, pour cacher une détresse intérieure sans fond : ce sentiment insupportable d’avoir échoué, d’avoir renoncé à l’appel de Dieu, de ne pas avoir réalisé LA raison pour laquelle ils avaient été créés?

Vous savez, je ne parle pas ici de trois ou quatre personnes. Mais bien de plusieurs milliers.

Certes, les mauvais fruits ne sont pas toujours visibles, car c’est une guerre subtile, et les cadavres sont bien en vie, mais trop silencieux.

J’ai été un peu prolixe et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je vous remercie de vos commentaires, car finalement, ils m’ont permis de me replonger dans la Parole de Dieu et de préciser mes pensées quant aux intentions de ce blog.

Union de prières,

Xavier Léger, pp
(pp : pécheur pardonné)

PS. Rapidement, quelques réponses à quelques petites accusations et autres insinuations :

  • Concernant l’auteur de l’article qui n’a pas décliné son identité, sachez, contrairement à ce que vous pensez, qu’il ne s’agit absolument pas d’une question de courage. Je ne peux vous en dire plus.
  • Concernant votre allusion à l’éloquence apprise à la Légion. Je ne sais pas si ce demi-compliment m’est adressé, mais sachez qu’en ce qui me concerne, j’ai eu la chance de faire des études littéraires avant d’entrer à dans la congrégation.
  • Concernant la méthode Teen Star : je me réjouie de cette nouvelle. Mais, encore une fois, ne vous leurrez pas : comment voulez vous qu’un jeune adolescent, en pleine puberté, apprenne à gérer sa sexualité et son affectivité, dans un univers où toute figure féminine est proscrite, où les jeunes n’ont aucune intimité et où les rapports interpersonnels sont aseptisés ? De grâce, ne filtrez pas le moustique, quand vous engloutissez le chameau (Mt 23, 24) !