La vérité vous rendra libres
Par Xavier le mercredi 10 février 2010, - Lien permanent
Cher(e ?) « lavéritévousrendralibres
»,
Je vous remercie pour les commentaires que vous avez pris le soin de laisser
sur notre blog. J’aurais aimé vous répondre de suite, mais cela n’a pas été
possible à cause de mes obligations professionnelles, très prenantes ces
derniers temps.
Ce qui m’intéresse le plus dans vos divers commentaires, c’est le pseudonyme que vous avez choisi. Et ce n’est pas seulement à cause du fait qu’il faut, me semble-t-il, un sacré culot pour reprocher à l’auteur – ou « détracteur », comme vous l’appelez – de l’un des articles de ce blog de ne pas avoir le courage de donner son nom, quand vous-même utilisez un pseudonyme. Mais c’est surtout à cause du fait que le pseudonyme que vous avez choisi, permettez-moi de le dire, est en parfaite contradiction avec vos commentaires.
Je vais m’expliquer.
Mais avant, pour l’anecdote, j’aimerais vous raconter une petite histoire
qui m’est arrivé, quelques heures à peine avant que vous ne mettiez vos
commentaires en ligne. Il se trouve en effet que, ce jour-là, j’ai reçu un coup
de téléphone d’une personne de mon groupe de prière. Elle m’appelait pour me
demander un renseignement, car elle savait que j’avais à ma disposition un
logiciel très pratique pour l’étude de la Bible… et voulait me demander où se
trouvait dans l’Ecriture la phrase : «la vérité vous rendra
libres».
J’étais persuadé, je ne sais pas pourquoi, que cette phrase bien connue ne
se trouvait pas, telle quelle, dans la Bible, mais qu’il s’agissait plutôt
d’une pensée de Jean-Paul II, qui aurait été ensuite reprise comme un slogan au
long de son Pontificat.
Néanmoins, je me suis quand même attelé à la tâche, et j’ai retrouvé assez
rapidement l’origine de ce verset, en St Jean, chapitre 8, verset 32. Intrigué,
et me demandant comment j’avais pu oublier une telle chose, j’ai relu tout le
chapitre – que je connaissais pourtant assez bien – et j’étais encore occupé à
méditer sur ces paroles quand j’ai pris connaissance de vos
commentaires.
Je ne cherche pas à lire dans les étoiles, ou à attribuer cela à la
Providence, mais je dois avouer que cette coïncidence m’a troublé. Si cette
amie ne m’avait pas appelé, je n’aurais sans doute pas cherché la source de la
citation.
Bien. Maintenant, revenons à notre sujet.
Pour cela, je vous propose tout simplement de nous replonger un instant dans
le chapitre 8 de l’Evangile de Saint Jean.
L’écriture johannique, vous le savez sans doute, suit un développement très
particulier, en forme de dialectique. Le style est épuré, va à l’essentiel… et
quand il donne quelques détails, c’est pour des raisons bien précises.
L’Evangile de Jean met en scène l’affrontement de la lumière et des ténèbres,
de la vérité et du mensonge, du bien et du mal. C’est ce qui lui donne son
aspect si exaltant… et, pourrait-on même dire, cinématographique.
Le chapitre 8 est une articulation importante dans le déroulement de la
tragédie johannique. Il raconte l’un des affrontements les plus violents –
verbalement – entre le Christ et les pharisiens qui n’adhèrent pas à son
enseignement. Jésus révèle ouvertement sa filiation divine, et dénonce sans
demi-mesure les mauvaises intentions de ses interlocuteurs. A la fin du
chapitre, Jésus échappe de justesse à la lapidation.
Un groupe de pharisiens et de scribes, donc, veulent mettre Jésus à
l’épreuve. Que font-ils ? Ils amènent à Jésus une femme surprise en
flagrant délit d’adultère. Nous connaissons tous ce passage : « Que
celui d’entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre.»
leur dit Jésus… et tous s’en vont, à commencer par les plus vieux.
Les pharisiens sont à court d’argument. Jésus les a désarmés, au sens propre
du mot. Que peuvent-ils maintenant lui reprocher ? Ils sont piqués dans
leur orgueil, comme l’indique la fin du chapitre 7, car ils sont les maitres de
la Loi, et Jésus, qui n’est qu’un simple charpentier, et galiléen de surcroit,
enseigne dans le temple, sous leur nez.
C’est alors que Jésus lui-même met les pieds dans le plat : «Je
suis la lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les
ténèbres; il aura la lumière qui conduit à la vie.». Rien que ça ! Si
ce n’est pas de la provoc, ça !
Il y a certainement un petit côté « poil à gratter » dans
l’attitude de notre Seigneur. Et les pharisiens réagissent au quart de
tour : «Tu te rends témoignage à toi-même! Ton témoignage n'est pas
recevable!». Réaction qui est en fait un aveu de faiblesse: n’arrivant pas
à contredire ses enseignements, ils s’en prennent directement à lui. C’est une
façon de dire « Mais pour qui tu te prends ? Tu n’as pas
d’autorité pour enseigner! ».
Que fait alors Jésus ? Il réfute l’accusation de ses interlocuteurs par
une réponse qui ne manque pas d’humour :
«Il est vrai que je me rends témoignage à moi-même, et pourtant mon
témoignage est recevable, parce que je sais d'où je viens et où je vais; tandis
que vous, vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. Vous jugez de façon
purement humaine. Moi, je ne juge personne; et s'il m'arrive de juger, mon
jugement est conforme à la vérité parce que je ne suis pas seul: il y a aussi
celui qui m'a envoyé. Dans votre propre Loi il est d'ailleurs écrit que le
témoignage de deux hommes est recevable. Je me rends témoignage à moi-même, et
le Père qui m'a envoyé me rend témoignage lui aussi.»
La critique des pharisiens, en effet, n’avait absolument aucun fondement. Et
Jésus le savait. Le Deutéronome, auquel les pharisiens font référence, détaille
les procédures de justice, en cas d’idolâtrie (Dt 17) ou d’autres délits (Dt
19) : le texte de la Loi explique qu’il faut deux ou trois témoins pour
qu’un procès soit licite. Il n’y a donc aucun rapport avec la situation :
Jésus ne porte ici aucun jugement. Les pharisiens interprètent-ils ses propos
comme une attaque personnelle, voire une assignation en justice ? Ou bien,
plus vraisemblablement, se raccrochent-ils maladroitement à tout ce qu’ils
trouvent?
Jésus esquive l’attaque en montrant son incohérence (le critère, pour qu’un
témoignage – qui n’est pas un jugement – soit vrai ne réside pas dans le fait
qu’il y ait des témoins, mais en soi, dans la réalité, et dans l’esprit de
celui qui connaît cette réalité !), puis il retourne l’accusation contre eux.
Car ce que précise également le texte du Deutéronome, c’est que le règlement de
compte, sans témoin, est également passible de mort (Dt 17, 12). Il renverse la
situation, et place les pharisiens devant la gravité de leurs
accusations : «moi, je ne juge personne, mais vous… hum, hum!».
L’Ecriture est très claire concernant les accusations arbitraires et les
témoignages intempestifs (Cf. Ex 20,16 et 23,1)… Il n’appartient pas à l’homme
de juger les intentions de son prochain : «Car celui qui examine les
cœurs et les reins, c'est le Dieu juste.» (Ps 7,10)
Dans les versets suivants, le Christ développe sa pensée : il dit qu’il
parle au nom de « son Père », dénonce les intentions mortifères des
pharisiens et affirme même, assez subtilement, sa nature divine. Et c’est dans
ce contexte là qu’arrive notre sentence : « Si vous demeurez dans
ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la
vérité vous rendra libres.»
Mais ce n’est pas fini. Le ton continu de monter, et Jésus fini par exprimer
ce commentaire lourd de signification :
«Si Dieu était votre père, vous m'auriez aimé, car c'est de Dieu que je
suis sorti et que je viens; je ne suis pas venu de mon propre chef, c'est Lui
qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage? Parce que vous
n'êtes pas capables d'écouter ma parole. Votre père, c'est le diable, et vous
avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. Dès le commencement il
s'est attaché à faire mourir l'homme; il ne s'est pas tenu dans la vérité parce
qu'il n'y a pas en lui de vérité. Lorsqu'il profère le mensonge, il puise dans
son propre bien parce qu'il est menteur et père du mensonge. Quant à moi, c'est
parce que je dis la vérité que vous ne me croyez pas. Qui de vous me convaincra
de péché? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas? Celui qui est de
Dieu écoute les paroles de Dieu; et c'est parce que vous n'êtes pas de Dieu que
vous ne m'écoutez pas.»
Je suis désolé d’avoir dû faire ce long détour, mais il me semblait
intéressant d’analyser ce passage par le menu pour répondre correctement à vos
commentaires. Car, en résumé, que nous apprend ce passage d’Evangile ?
Trois choses :
- Premièrement, qu’il ne faut jamais juger les intentions de son prochain, car ce jugement n’appartient qu’à Dieu, d’une part, et qu’il arrive que les intentions de nos «détracteurs» ne soient pas celles que l’on croit, d’autre part.
- Deuxièmement, qu’il ne faut pas avoir peur de dire la vérité, ni d’agir «dans la lumière», à la différence du diable, qui est «menteur, et père du mensonge».
- Troisièmement, qu’il ne faut jamais faire mauvais usage de la Parole de Dieu, mais qu’au contraire, nous avons le devoir de la connaître et de la méditer, car «celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu».
Je vais reprendre maintenant chacune de ces affirmations, pour répondre plus
précisément à vos accusations.
1. Il ne faut jamais juger les intentions de son prochain.
Vous nous accusez de «manquer d’une certaine humilité» et
«d’utiliser nos forces humaines de justiciers». En ce qui me concerne,
je suis entièrement d’accord avec la première partie de votre accusation. Je
commence à bien me connaître, et je pleure bien souvent devant mon immense
orgueil, qui m’asphyxie. Je suis un pauvre pécheur, et je tremble en voyant
l’étendue de mon péché. Cependant, je vous assure que la seconde partie de
votre accusation est fausse. Aucun des membres qui participent à ce blog ne
cherche à « régler ses comptes ». Certes, nous y avons laissé quelques
plumes, et vous trouverez peut-être dans tel ou tel article un peu de
ressentiment, mais d’une façon générale, je peux vous assurer que l’idée de
jouer aux justiciers nous est complètement étrangère. En ce qui me concerne,
cela fait longtemps que j’ai pardonné.
Il se trouve que nous avons beaucoup hésité avant de créer ce blog. Car nous
étions conscients qu’il n’aurait de valeur que s’il était vraiment « au
service de la vérité », et donc du Christ et de l’Eglise. Et je reconnais qu’il
n’a pas toujours été facile d’arriver à purifier nos intentions.
C’est pour cette raison, notamment, que nous nous efforçons, autant que
possible, de citer nos sources, de nous appuyer sur des faits, de donner des
témoignages (Bien sûr, un témoignage est toujours subjectif, mais quand
plusieurs témoignages se rejoignent et arrivent aux mêmes conclusions, n’est-on
pas en droit de se poser des questions ?)
Vous nous accusez « d’assimiler les gens à leurs actes ». J’aimerais
beaucoup savoir en quoi ? En fait, je pense que vous n’avez pas lu
grand-chose de ce blog, car s’il y a bien une chose qui transpire de la plupart
de nos articles, c’est précisément l’inverse. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle nous avons été contactés et que nous sommes encouragés par des membres
actuels de la Congrégation, qui ont reconnu la modération de nos propos :
fermes quant aux dérives que nous dénonçons, tendres quant aux personnes – nos
anciens camarades ! – qui sont encore à l’intérieur.
Peut-être n’avez-vous pas lu ce que nous avons mis, dès le début du blog,
dans le bandeau, à droite : «Nous sommes convaincus que la plupart des
membres de la Congrégation de la Légion du Christ sont des personnes de
qualité, qui cherchent à accomplir, de bonté de cœur, la volonté de Dieu. Ce
blog n'a pas pour but de critiquer ces hommes de bonne volonté, mais d'offrir
une réflexion de fond sur la place de cette congrégation dans notre
Église.»
2. Il ne faut pas avoir peur de dire la vérité, ni d’agir «dans la lumière», à la différence du diable, qui est «menteur, et père du mensonge».
Voilà un point très important. Pendant des années, nous avons vécu dans le
repli sur nous-mêmes, persuadés que les forces du mal étaient autour de nous,
dans le monde, prêtes à n’importe quoi pour diffamer l’Eglise. Le climat
laïcard de notre pays a accentué ce phénomène, déjà très présent dans certains
milieux chrétiens.
Mais c’est un mirage. Et c’est en abusant de cette idée que le père Maciel
est parvenu à faire taire ses propres victimes, et même à les faire mentir
auprès des premiers visiteurs apostoliques, dans les années 50. Il ne
faut jamais avoir peur de la vérité. Curieuse contradiction que cette
spiritualité targuant que «le respect humain est une guillotine à
saints»… et tellement préoccupée par l’opinion du monde à son égard !
Mais laissons les gens penser ce qu’ils veulent : dans le meilleur des
cas, cela ne les intéresse pas. Dans le pire, cela nous aidera à devenir plus
humbles. Il ne faut jamais agir en fonction de ce que vont penser les hommes
(Ac 5, 29), mais en fonction de ce que nous dit notre conscience, qui est le
sanctuaire de notre âme.
Vous nous accusez de «faire du mal à l’Eglise entière» et de
«déchirer le corps du Christ». Et bien, au risque de vous choquer,
tant mieux. Car s’il est vrai qu’il y a des douleurs qui mènent à la mort, il y
en a d’autres qui mènent à la vie. Or, les douleurs provoquées par la vérité
mènent toujours à la vie. Toujours. Accuseriez-vous un médecin qui vous sauve
la vie de vous avoir fait mal en vous opérant?
Du reste, vous savez, il ne faut pas confondre le moyen avec la cause. Ce
n’est pas celui qui met de la lumière qui est coupable, mais celui qui agit
dans les ténèbres. La soi-disante « discrétion légionnaire » n’a fait
que trop de dégâts. Il est maintenant l’heure d’apporter un peu de vérité dans
cet océan de mensonges et de manipulations. Ce modeste blog, sachez-le, a
permis à un certain nombre de personnes, prisonniers depuis longtemps de
profondes souffrances spirituelles (sentiment diffus de trahison,
culpabilisation, etc.), de trouver un lieu d’écoute et d’expression, que seuls
ceux qui ont vécu une expérience similaire sont capables de
comprendre.
Aujourd’hui, il y a péril dans notre Eglise. La Légion du Christ distille
dans le monde entier ses méthodes de formation, sa vision de l’Eglise, sa
méthodologie apostolique… Et quoi ? Nous devrions nous taire ?
Assister, impuissant, à un drame qui risque de conduire l’Eglise dans une
impasse dont je n’ose imaginer les conséquences ultimes? Certes, nous croyons
que l’Eglise a les paroles de la vie éternelle, mais nous savons aussi que
c’est notre responsabilité, à nous, fils de l’Eglise Catholique, de l’aider, de
l’informer et de faire tout ce qui nous est possible pour permettre que la
promesse que notre Seigneur a faite à son Eglise se réalise. Les prières, comme
vous le suggérez, sont importantes, mais elles ne suffiront pas (Mt 7,
21).
Si nous nous trompons ? Comme vous le soulignez vous-même, il est vain
de lutter contre la volonté de Dieu. Nous nous inclinerons et, confiant en sa
miséricorde, nous implorerons son pardon. Mais si nous avons raison ? Pour
ma part, je crains plus le jugement de Dieu que celui des hommes, et je n’ai
pas l’intention de me retrouver, au soir de ma vie, devoir rendre compte au
Seigneur d’une omission impardonnable : «je savais… et je n’ai rien
fait».
Car, dans le fond, que reprochons-nous à la Légion du Christ ? Comme je
l’ai longuement expliqué dans certains articles que vous trouverez dans ce
blog, les déviances légionnaires sont à la fois subtiles et complexes. Toute
simplification du problème conduit nécessairement à la caricature. Néanmoins,
voici, en résumé, les trois points qui me préoccupent le plus :
- Une vision érotisée du sacerdoce, qui conduit à assimiler apostolat et séduction, et qui conditionne les séminaristes à devoir ressembler à un modèle de perfection éthéré, dans un univers dépersonnalisant, aseptisé et plein de contradictions.
- Une conception idéologisée de la foi et de l’Eglise, qui conduit à perdre de vue les principes fondamentaux de la morale (La fin ne justifie pas les moyens ; Les hommes, en raison de leur dignité, doivent toujours être considérés comme des fins en soi).
- Un regard déformé sur la miséricorde de Dieu, à travers une spiritualité basée essentiellement sur la culpabilité et le volontarisme. Le principe de la miséricorde divine, c’est précisément d’être INCONDITIONNEE. Dieu se laisse désirer, car l’amour ne s’impose pas, ni ne s’exige. Dieu creuse en l’homme un désir et ne lui force jamais la main. Le verbe aimer ne supporte pas l’impératif.
3. Il ne faut jamais faire mauvais usage de la Parole de Dieu, mais au contraire, nous avons le devoir de la connaître et de la méditer, car «celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu».
Outre le fait de tordre le cou à la parole de Saint Jean «la vérité vous
rendra libres», il me semble que vous faites un bien mauvais usage de la
parole de Saint Matthieu «On juge l’arbre à ses fruits». Car
l’enseignement de l'évangéliste est en effet bien plus précis :
«Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis,
mais au-dedans sont des loups rapaces. C'est à leurs fruits que vous les
reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines? Ou des figues sur des
chardons? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l’arbre gâté
produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un
arbre gâté porter de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on
le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c'est à leurs fruits que vous les
reconnaîtrez.» Mt 7, 15-20
Je ne désire pas m’étendre trop longtemps sur cette question, qui méritera
plus tard un autre article. Seulement, j’aimerais vous faire remarquer que la
sagesse exprimée par notre Seigneur ne concerne pas le fait qu’il y ait ou non
des fruits, mais le fait que les fruits peuvent être bons… ou
mauvais.
Vous citez le grand nombre d’ordinations qui ont eu lieu récemment à Rome,
en vous exclamant «alleluia»… mais savez vous vraiment ce qu’il y a
derrière ? Ces jeunes, qui se sont avancés pour recevoir les ordres
sacrés, ont-ils vraiment cheminé librement ? Avaient-ils tous vraiment la
vocation… ou se sont-ils conformés, sous la pression d’années de
culpabilisation, à ce qu’ils ont cru être une vocation?
Il y a quelques années, à l’occasion des soixante ans de la congrégation
(c’était en janvier 2001), la Légion du Christ a décrété qu’il fallait ordonner
symboliquement soixante séminaristes. Est-ce vraiment un critère sérieux ?
Pour la petite histoire, il se trouve que l’un d’entre eux, un jeune diacre
mexicain, souffrait depuis de nombreuses années de difficultés dans sa
vocation… Effrayé par les contraintes de sa situation et du peu de cas que l’on
faisait de son cheminement personnel, il a fait une très grave dépression, de
laquelle il ne s’est d’ailleurs toujours pas complètement remis.
Résultat : il a quitté la Congrégation, après y avoir passé une quinzaine
d’années, en morceaux… et finalement, au grand désespoir de la Légion, il n’y a
eu que 59 ordinations.
Ne vous leurrez pas : le démon ne séduit pas avec des fruits avariés…
mais bien avec des fruits appétissants. Or les fruits que vous voyez dans la
Légion, sont-ils si bons que cela ? Passé l’enthousiasme et l’excitation
des belles cérémonies : cela vous a-t-il vraiment aidé à grandir dans
votre vie de prière et d’intimité avec le Seigneur ?
Peut-être. Je ne sais pas. En ce qui me concerne, la réponse est
non.
Et puis, que faut-il penser des mauvais fruits ? Ceux qu’on ne voit
pas : les vies brisées de ces anciens légionnaires et consacrées qui
mettent des années à se reconstruire ? Dont la vie entière ressemble à un
montage impressionnant d’auto-justification, pour cacher une détresse
intérieure sans fond : ce sentiment insupportable d’avoir échoué, d’avoir
renoncé à l’appel de Dieu, de ne pas avoir réalisé LA raison pour laquelle ils
avaient été créés?
Vous savez, je ne parle pas ici de trois ou quatre personnes. Mais bien de
plusieurs milliers.
Certes, les mauvais fruits ne sont pas toujours visibles, car c’est une
guerre subtile, et les cadavres sont bien en vie, mais trop
silencieux.
J’ai été un peu prolixe et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je
vous remercie de vos commentaires, car finalement, ils m’ont permis de me
replonger dans la Parole de Dieu et de préciser mes pensées quant aux
intentions de ce blog.
Union de prières,
Xavier Léger, pp
(pp : pécheur pardonné)
PS. Rapidement, quelques réponses à quelques petites accusations et autres
insinuations :
- Concernant l’auteur de l’article qui n’a pas décliné son identité, sachez, contrairement à ce que vous pensez, qu’il ne s’agit absolument pas d’une question de courage. Je ne peux vous en dire plus.
- Concernant votre allusion à l’éloquence apprise à la Légion. Je ne sais pas si ce demi-compliment m’est adressé, mais sachez qu’en ce qui me concerne, j’ai eu la chance de faire des études littéraires avant d’entrer à dans la congrégation.
- Concernant la méthode Teen Star : je me réjouie de cette nouvelle. Mais, encore une fois, ne vous leurrez pas : comment voulez vous qu’un jeune adolescent, en pleine puberté, apprenne à gérer sa sexualité et son affectivité, dans un univers où toute figure féminine est proscrite, où les jeunes n’ont aucune intimité et où les rapports interpersonnels sont aseptisés ? De grâce, ne filtrez pas le moustique, quand vous engloutissez le chameau (Mt 23, 24) !
Commentaires
"mes obligations professionnelles, très prenantes ces derniers temps."
Pas tant que ça, vu que tu trouves le temps d'écrire 3635 mots, en réponse à quelqu'un qui n'a rien fait d'autre que donner suite à ces mots écris de ta main :
"Il se veut être un lieu d'expression, où chacun peut donner son avis, pour ou contre"
Et bien, monsieur Trublion, au moins, à défaut de savoir lire, une chose est sûre, vous savez compter!
Remarquez, c'est déjà ça...
C'est drole comme les paroles de l'Evangile prennent vie, aujourd'hui, dans ce blog.
Le démon vous en veut, parce que vos paroles mettent trop de lumière sur ses projets. Courage! On est avec vous, Xavier!
Trublion, je suis vraiment étonné de votre mauvaise foi. Est-ce un péché de répondre à des critiques, quand elles sont fausses?
Je connais personnellement Xavier, et je peux vous assurer qu'il ne ment pas.
Pourquoi autant de haine? Qu'avez-vous dans votre coeur?
Je connais aussi Xavier et je le remercie de cette réponse soignée, et méditée...Quelle hauteur de vue et quelle charité dans cette réflexion . Quand on travaille intensément comme vous, qu'on a des journées harassantes, prendre une semaine pour répondre à des propos hâtifs est une marque de respect et de sérieux.
Oui Xavier, vous élevez le débat et votre attitude est celle d'un chrétien accompli ...
MERCI, ça ne court pas les rues !
Très à propos, l'image de autruche, la tête dans le sable ! c'est tout à fait cela !
J'ajouterai que la Vérité a une spécificité, celle de guérir les blessures qu'elle fait . C'est crétin et pas chrétien d'en avoir peur car elle sauve en même temps !
Le scandale, de toute façon, finira bien par éclater. Et ce n'est pas ce blog qui l'empêchera. Aux USA, au Mexique, en Espagne... déjà, les révélations ont commencé à faire les choux gras de la presse.
Alors, finalement, je crois que plus les légionnaires chercheront à cacher, plus le scandale éclaboussera l'Eglise.
Heureusement qu'il y a des chrétiens qui, comme vous, prennent la parole. Votre action, contrairement à ce que craignent quelques excités comme M. le trublion, permettra de circonscrire le scandale... de voir qu'il y a quand même quelques croyants qui ont osé parler et dénoncer, PARCE QU'ILS SONT CHRETIENS.
C'est un grand service que vous rendez là à l'Eglise, avec ce blog.
Merci. Vous êtes dans mes prières.
Le mensonge lessive, rend agressif, suspicieux, compliqué, accusateur, le mensonge enferme soi et les autres, la vérité elle, libère et cultive l'espérance, elle rend transparent et engage à la charité et à la patience ! On l'aime de plus en plus !
Merci Xavier! ça fait plaisir de te lire d'autant plus avec l'Ecriture Sainte! Nous, on continue de prier pour toi chaque jour et pour la légion du Christ!! Que Dieu fasse triompher sa vérité dans la charité comme tu le montres par ton article!! courage!!
merci Xavier pour cette lettre lumineuse et libératrice. Vous expliquez clairement ce que je sentais confusément sans pouvoir l'exprimer et vous le faite avec vérité et charité.
L'amour de la vérité se fait rare car celle-ci fait peur aux douillets, est opaque aux sots et est trop humiliante pour les orgueilleux. Il en reste donc peu qui soient capables de la dire et encore moins de l'entendre.
Crise de la Vérité, crise de l'intelligence, crise du courage, crise de convictions !
Voilà nos maux .
J'aime à me rappeller les paroles de Mgr Saliège sur la place publique à Toulouse en 1944 :
"Ne soyez pas des cimetières de cerveaux" !
Ah la Vérité, la Vérité par rapport au Dieu LC qui réclame vénération, respect, jusqu'à l'idolâtrie !
Mais nous, nous croyons par ce que l'Eglise nous l'a appris, que la Vérité existe en dehors de nous mais qu'elle est quelque part et qu'elle est accessible ...
Comment s'expliquer qu' autant de gens soient prêts à donner leur tête à couper d'un côté comme de l'autre,c'est que nous croyons que c'est le système-même qui le veut ainsi, qu'il a été conçu pour que cette identité double ait "sa place naturelle"....
Là est la perversion !
le système étant ainsi, il engendre de fait cette opposition cohabitante entre deux points de vue opposés, point de vue qui, s'inhibant l'un l'autre vont jusqu'à provoquer des bégaiements de l'esprit, des schyzophrénies, des dépressions, des paralysies diverses, des crises de larmes sans que pendant des années la raison en soit détectée .
Enfin tout ceci reste soigneusement caché, peu identifiable par les victimes et leur propre entourage !
C'est du velours pour le dit système : ces deux points de vue inscrits au plus profond des personnes, barrent par leur coexistence même la sortie, voire la route de la Liberté !.
Système au point ...mensonge congénital....Tout ceci pourrait avoir une fin au bout de 69 ans !
A la Légion on s'aperçoit à la longue que le langage est souvent truqué, c'est infiniment pénible, ainsi :
L'apparence tient lieu de Vérité
la fausse humilité a des airs d'humilité
Quant à la charité, c'est un mot très employé.
Comme c'est triste ...