Le jour où je suis sorti de la Légion
Par Xavier le mercredi 3 février 2010, - Témoignages - Lien permanent
La personne qui a écrit ce témoignage, et qui, pour des raisons qui lui
sont propres, désire garder l'anonymat, m'a demandé de lui transmettre les
messages que les internautes voudraient éventuellement lui envoyer, de façon
privée. Merci, donc, d'écrire à xleger@gmail.com
Ce jour là, bien que préparé à l’événement par des mois de crise
spirituelle, tout va très vite. Un saut discret au centre ville une après-midi
pour quelques courses vestimentaires avec l’un d’entre eux. Puis tout se passe
dans la discrétion la plus totale, pour que, comme la tradition l’a établi dans
ces cas là à la Légion, mon petit drame personnel ne vienne pas perturber la
fidélité des autres.
Pour le moment, je prends garde de ne pas être vu ‘en civil’ et je descends
furtivement les escaliers de service, direction l’aéroport. Mes deux supérieurs
m’attendent au garage. Après un passage furtif au Macdonald histoire de
décrisper l’atmosphère, c’est le départ, une nouvelle vie commence.
Le moment viendra bien où mes frères de communauté s’en rendront compte et je sais déjà que les formules toutes faites colmateront la brèche: « ¡se fue! » (il est parti!) ou « ¡ya no esta! ») « il n’est plus là! » ou encore (« ¡no era su camino! ») « ce n’était pas son chemin! ». Ces phrases pratiques permettront de ne pas aller plus loin sur la question si des interrogations surgissent à mon sujet.
Pourquoi suis-je resté fidèle aux consignes de silence après être sorti?
Comme le prescrivent les normes légionnaires, j’éviterai bien sûr toute
correspondance avec mes anciens camarades légionnaires (de qui je n’ai pas de
nouvelles bien entendu). Les relations sont ainsi coupées, sauf avec mes
supérieurs. Des courriers me parviennent avec des recommandations et des
explications sur mon avenir à destination de mes parents…
Il est intéressant de noter combien, dans mon cas comme pour la plus
part des ex-légionnaires, j’ai respecté les consignes de silence, de discrétion
et de non-critique vis-à-vis de la Légion pendant des années après ma sortie.
Par exemple, je n’osais pas parler du vœux de ne pas critiquer, aujourd’hui
supprimé par le Vatican.
Par ailleurs, les familles et l’entourage n’étaient alors pas du tout
prêts à entendre une critique de l’institution.
Pourquoi ai-je eu du mal à prendre du recul ?
Et bien parce que tout est fait pour consolider la Légion. Il me faudra des
années pour oser rompre le discours tout fait, ces phrases qui hantent toujours
un peu mon cerveau :
- « Mon expérience à la Légion a été très enrichissante ».
- « La formation à la Légion est complète ».
- « Que serai-je devenu si je n’étais pas rentré ?
- « Comment ne pas remercier Dieu de m’avoir donné cette
expérience » ?
Un ancien légionnaire est un homme heureux.
Il faut aussi noter que les premiers mois après ma sortie se sont bien
passés. Heureux de sortir, de découvrir le monde, souriant, content de cette
fabuleuse expérience… aucun problème à l’horizon. Mentalement on veut donner
une continuité à cette expérience de séminariste légionnaire : conquérir
le monde pour le Christ, influencer la société, trouver le plan de Dieu pour sa
vie et la vie des autres…. Dès lors, travailler dans un métier
« simple » peut apparaître comme un véritable échec, en opposition
avec les plans mirobolants et des voyages toujours à la portée de la vie
légionnaire.
La volonté de Dieu, martèlement intérieur.
Quelle est la volonté de Dieu pour moi? Que dois-je faire?... Alors qu’au
séminaire, un suivi personnalisé m’assurait une sorte de sécurité, de clarté
pour chaque seconde à vivre (je n’exagère pas)… Je me retrouve seul face à
moi-même, mes choix d’homme… Il faudra là aussi des années pour prendre
conscience des difficultés qu’occasionne cette sortie pour moi sur le plan
psychologique, spirituel, humain tout simplement. La difficulté réside
sans doute dans l’exercice de sa liberté, dans la perte d’identité, plus qu’à
la sortie d’un autre séminaire, bien plus, merci de le
croire.
La dite gratitude pour la Légion que je vois dans certains témoignages me
fait froid dans le dos. C’est la même gratitude que le père Alvaro ne cesse de
répéter à propos du fondateur. Elle empêche de parler des problèmes et de
trouver des solutions, de guérir les blessures.
Pourquoi ai-je eu du mal à sortir ?
J’avais déjà essayé à deux reprises de sortir, sans réunir d’arguments assez
convaincants aux yeux de mes supérieurs, ou plutôt assez de forces pour imposer
ce qui m’apparaissait de plus en plus évident au fil du temps à propos de cette
« vocation ».
Il est important de souligner que le discernement est difficile à faire à la
Légion, à cause de la soi-disante « vocation légionnaire »: vocation
de co-fondateur, vocation à la fidélité et au salut des âmes. Si je ne donne
pas ma vie…. Pendant des années, les éventuelles raisons d’une sortie sont
balayées, ridiculisées au cours de retraites, de conférences… Cela produit
inévitablement une difficulté majeure pour en parler en direction spirituelle,
surtout lorsqu’on est jeune et que l’on vient du petit séminaire.
Sans vouloir rentrer dans des détails trop personnels, je dirais que la
première fois, j’ai explosé en sanglot dans le parloir en présence de mes
supérieurs et de mes parents. Dans le deuxième cas, quand j’ai osé en parler,
mon supérieur m’a dit: « je sors mes gants de boxe… » … et je n’ai
pas été très loin. Il a fallu que l’eau coule sous les ponts pour qu’enfin, des
années après, un légionnaire un peu plus ouvert comprenne ma
situation.
Seuls les légionnaires ayant un caractère fort, de la trempe, arrivent à
discerner et à faire discerner ceux dont ils ont la charge spirituelle. A mon
avis, peu sont les supérieurs à avoir un vrai sens du discernement, surtout au
noviciat malheureusement. J’espère que ce témoignage bien incomplet éclairera
les familles qui recueillent leurs enfants après des années de vie
légionnaire.
Commentaires
"Heureux les doux ils auront la terre en partage"
"Quand j’ai osé en parler, mon supérieur m’a dit: « Je sors mes gants de boxe…"
Si ce n'est pas de la violence, ce genre de menace !
Mais oui, c'en est !
Ou alors ce pourrait être une camisole de force ?
N'ayons pas peur de le dire et d'aller chercher d'abord dans le dico ce que veut dire "camisole" !
Les maisons de redressement ne faisaient pas mieux . Aujourd'hui elles n'ont pas disparu : la preuve !
Alors cette fameuse ""formation", c'était cela ???
Y a-t-il des gens de cet avis dans les lecteurs de ce blog, alors qu'ils le disent et que ça se sache !
Les balcons que sont les écrans d'ordinateurs sont des planques, les salons et les diners mondains des repaires d'hypocrisie .
Le courage c'est toujours pour demain !
Ca peut changer !
Ca va changer !
Mon Dieu quel mal vous faites à l'Eglise entière en écrivant des chose pareilles ! C'est le corps du Christ que vous déchirez. Si vous avez des rancœurs (et quand on quitte un mouvement c'est souvent parce qu'on y a été blessé) parlez-en à un prêtre, faites une retraite de guérison mais par pitié, n'en parlez pas sur la place publique. Et gardez-vous de généraliser ! Et gardez-vous d'assimiler les gens à leurs actes (c'est le Christ qui nous a mis en garde) mais aussi d'assimiler les œuvres avec les personnes. Et oui il faut la Foi pour penser que l'œuvre du Père Maciel peut être fructueuse mais c'est le mystère du sacerdoce qui fait de si belles choses par la main de pêcheurs comme vous et moi. Partout dans l'Eglise, l'Esprit Saint fait des merveilles sous des formes si différentes....seul l'amour du Christ peut remplir nos coeurs de Charité.
Lire tout haut :
Non mais attends, Mr, Maa'm ou Mam'zelle "laveritevousrendralibres" ou encore "Mr, Maa'm, Mam'zelle Frazetoutefète", est-ce que tou sé, toué, si j'souis, moué, dans c'te mouvement ou pas. Si j'y souis ou si je l'on quitté, t'en sais rien . Alors tout-doux Mr, Mme, Mam'zelle alias "jépaltemdréfléchirmoué" .
Faut pas juger si vite, faut pas critiquer : Duju, c'est un brave homme qu'a p'tête ben queq'chose à dire, jel'connais moué, pas toué . Faudrait pas critiquer : n'oublie pas ce qu'on t'a appris au mouvement RC . Alors applique la leçon à l'égard de Dujus !
Alors, c'est bien de critiquer ? - ça dépend ! oui, ça dépend si on est des p'tits soldats ou pas ...ça dépend si on comprend l ce que veut dire dénoncer le mal ! si on comprend on y va, pas toué ???
Avant tout, p'tit frère fautqu' t' essaie de comprendre que derrière la soi-disant "formation" ya "le lavage de cerveau" et qu'il vaut mieux ne pas bâillonner celui qui l'dit !
Le système est - pervers -, c'est tout ce qu'il y a à comprendre. On a ben le droit de l'accuser, le système puisque c'est lui qui rend les personnes mauvaises quand elles l'actionnent . En l'actionnant en effet, elles se déforment elles ont des doutes et des problèmes de conscience : alors dans de grandes douleurs elles essaient de quitter le piège, mais ça fait très très mal. Quand elles y arrivent, elles laissent des plumes, beaucoup de plumes !
Viva Padre Thomas Berg
Viva Padre Richard Gill !
Ils ont quitté tous ls deux, si vous ne le saviez pas !
Ca c'est de l'héroïsme ou un pur miracle ..