Une vision érotisée du sacerdoce
Par Xavier le samedi 9 janvier 2010, - La Légion du Christ dévoilée - Lien permanent
La théologie naturelle repose sur un axiome de base : il y a toujours
quelques similitudes entre la cause et son effet. On ne peut en effet dire que
« Dieu est bon » que parce que nous faisons l’expérience, au cours de
notre vie, de ce qui est bon.
En ce qui concerne la Légion du Christ, on entend parmi les membres de la
Congrégation ou du mouvement, un raisonnement complètement inverse : la
vie dépravée du fondateur de la Congrégation n’aurait eu pratiquement aucune
conséquence sur la Légion elle-même. L’Esprit-Saint, qui est toujours à
l’œuvre, aurait réussi à utiliser le père Maciel, « malgré lui » pour
créer, sans faute, la congrégation des Légionnaires du Christ.
Je ne crois pas à cette interprétation… et j’aimerais aujourd’hui expliquer pourquoi. L’article que je propose, encore une fois, n’est que le fruit de mes réflexions personnelles, et je comprends qu’il puisse choquer certaines personnes. J’espère qu’on saura me pardonner si je me trompe.
Après avoir désobéit à Dieu, et mangé du fruit défendu, Adam et Eve
« découvrent qu’ils sont nus » (Gn 3,7). Ils se fabriquent donc
quelques vêtements de fortune avec des feuilles de vignes, pour cacher leur
nudité. Puis, entendant les pas de Dieu qui se promène dans le jardin, ils
prennent peur et vont se cacher. (Gn 3, 8-10)
Le texte sacré nous présente ici les deux conséquences immédiates du péché
d’Adam et Eve :
- Conséquence horizontale : la relation de confiance mutuelle entre Adam et Eve est brisée.
- Conséquence verticale : la relation de confiance en Dieu est également brisée.
Le texte hautement symbolique de la Genèse, nous indique que le péché, d’une
façon générale, désorganise nos relations humaines (Peur de l’autre, volonté de
possession…) et notre vision de la miséricorde de Dieu (Peur d’un Dieu
fouettard et vengeur).
Pourquoi cela ? Parce qu’on juge les autres comme on
est.
Quand nos intentions sont mauvaises, nous avons tendance à penser que les
intentions de notre prochain le sont aussi. La honte de la nudité symbolise le
besoin de se protéger de l’autre. Entre Adam et Eve apparaît une relation
conflictuelle et possessive.
Pour la même raison, la relation d’avec Dieu est brisée : Adam et Eve,
conscient d’avoir désobéit à Dieu, imaginent que Dieu va les punir, comme ils
auraient fait sans doute eux-mêmes s’ils étaient à sa place : en d’autres
termes, ils mesurent la miséricorde de Dieu à leur propre capacité de
pardonner. Et c’est sans doute cela leur véritable péché.
Or voilà : je crois que la Légion du Christ véhicule des valeurs
antiévangéliques héritées de son fondateur, à travers sa spiritualité, sa façon
de vivre les préceptes de la vie religieuse et sa méthodologie apostolique. Ces
valeurs, conséquences d’un homme dont les péchés sont incalculables, se sont
incrustées dans tous les recoins de la vie des Légionnaires, mais sont
malheureusement souvent imperceptibles, à cause du brillant et de l’éclat que
donne, de l’extérieur, l’apparence de la Légion…
Les légionnaires ont trois missions principales : trouver des
vocations, trouver de l’argent et impressionner les autorités ecclésiales. Pour
ces trois finalités, une seule méthode : la séduction.
Quand ils rendent visite à une famille, ils ont deux ou trois heures pour
gagner l’estime de tous ses membres. Il faut faire de l’humour, s’intéresser à
la collection de madame, au travail de monsieur, donner l’impression d’être un
jeune religieux « hyper sympathique » et « super bien dans sa
peau », jouer avec les enfants, raconter quelques histoires drôles et faire un
tour de magie…
Lorsque les Légionnaires du Christ reçoivent la visite d’un évêque ou d’un
important bienfaiteur, c’est le branle-bas de combat : tout doit être
nickel, les séminaristes, avec leur belle soutane toute propre et leur sourire
dents-blanches, jouent quelques morceaux de musique pour l’invité. Il est
également de mise qu’un séminariste fasse un petit discours d’accueil. Chose
étonnante : durant toutes les années que j’ai passé au sein de la
congrégation, cette tâche a toujours incombé aux religieux « les plus
beaux ».
Le cas le plus choquant, c’est celui des religieux qui sont envoyés pour
chercher de l’argent. Il s’agit très souvent de religieux jeunes, beaux et
séduisants… généralement d’ailleurs, j’ose le dire, de race blanche. J’ai eu
l’occasion d’accompagner un jour un prêtre légionnaire (qui, depuis, a quitté
le sacerdoce) pour rendre visite à une multimilliardaire américaine très âgée,
vivant en France. J’ai encore la nausée quand je pense aux numéros de séduction
auxquels j’ai dû assister, médusé. La femme, veuve, était tellement heureuse de
voir ce prêtre si dévoué, venant lui rendre visite plusieurs fois par semaine…
qu’elle a fini par signer le chèque!
Ce que je veux dire, c’est que l’ambiance générale dans laquelle évoluent
les Légionnaires du Christ n’est profondément pas « chaste ». Car la
chasteté ne consiste pas seulement dans la maîtrise de ses pulsions sexuelles,
mais également dans le fait d’entretenir des relations saines avec son
entourage. En ce sens, tout rapport « possessif » de l’autre,
n’est pas « chaste ».
Les religieux doivent être beaux, élégants, bien coiffés (avec du gel) et
bien rasés… si ce n’est pas le cas, ils se font très vite rappeler à l’ordre
par leur supérieur ! Curieuse vidéo que celle-ci, réalisée par
quelques séminaristes de la Congrégation pour promouvoir la vocation
sacerdotale : on y voit un jeune, qui ressemble à un acteur de cinéma,
cheminant vers le séminaire, alors qu’un petit groupe de musique, composé de
jeunes légionnaires du Christ, joue, au dessus de la place St Pierre, un chant
mièvre et sentimental à souhait… Qui aurait cru qu’il s’agissait d’une vidéo
faite pour promouvoir la vocation sacerdotale ???
Si la séduction est un point tellement important dans l’apostolat des
Légionnaires du Christ, il est cependant bien curieux de voir combien l’univers
de vie des Légionnaires est complètement aseptisé. Curieuse
contradiction : d’un côté, un travail impressionnant de séduction, qui
conduit les religieux à avoir des relations ambigües avec le monde, et d’un
autre, un univers où l’on prône, par amour pour le Christ, le renoncement
extrême à tous ses sentiments personnels. Un exemple parmi tant d’autres :
à la Légion, toutes les informations sont contrôlées et filtrées… Comme il est
étonnant de voir des journaux (Le Figaro, Famille Chrétienne, la Croix) où l’on
a pris soin de découper certaines photos, jugées trop
sensuelles !
Autour de la sexualité se développe très vite un véritable halo de
culpabilité, grâce notamment aux nombreux examens de conscience trop
culpabilisants et à de nombreux autres aspects de la spiritualité.
Après avoir écouté un très grand nombre de témoignages d’anciens
légionnaires, il m’est apparu que cette contradiction était très mal vécue par
beaucoup… et finalement, devenait une source de frustration
permanente.
Commentaires
Jean-Baptiste était vetu de peaux de betes et mangeait des sauterelles, et tout le monde le trouvait fou. Le Christ était habillé comme tout le monde, mangeait et buvait comme tout le monde, et on l´a traité de fetard et d´ivrogne. Les LC sont propres, bien rasés et bien coiffés. Le Pere Gilbert a de longs cheveux gras et des bagues a tous les doigts. Qui a raison?
Pathétique... et hélas, tellement vrai.
E. de Lobkowicz: il ne s'agit pas d'avoir raison ou pas. La différence, c'est que les premiers ne se sont pas préoccupés de leur style, sans forcément le négliger.
Le cas du père Guy Gilbert est très différent: il a choisi de se donner le style qu'on lui connait pour "casser" l'image du prêtre pré-concilaire en soutane, et pouvoir se rendre plus accessible à des "loubards" en marge de la société.
Le problème dans la Légion, c'est qu'il y a un culte patent de l'apparence. Quand on connait les déviances pédophiles et homosexuelles du fondateur, il est difficile de ne pas faire un rapprochement.
Je viens de voir la vidéo de www.whynotpriest.org (lien dans l'article), et j'en ai eu la chaire de poule.
Pourquoi je m'inquiète de l'issue de la VA ???
- Parce que le Père Richard Gill ne pense pas que la LC pourra se réformer, parce que connaissant parfaitement la LC, il pense qu'elle ne le veut pas parce qu'elle en est incapable, malgré ce que la DG espère nous faire croire .
Le Père Richard Gill sort au bout de 29 ans en donnant son point de vue, quel poids considérable ...
Le Père Richard Gill était un pillier aux USA, directeur de la section de New York du mouvement RC,son départ est une grosse perte !
Mais lui il montre ce qu'est la LIBERTE, et que la LIBERTE est sans prix ! même si la gagner fait souffrir ...il ouvre un chemin . On admire et on mesure son courage. Le Père Richard Gill est un héros !
La mission des Légionnaires est de faire connaitre et aimer Jésus Christ :
-Quand on est l'ambassadeur d'un roi, c'est normal de faire attention à sa présentation.
-Les prêtres Légionnaires sont des modèles plus attirants pour les jeunes que de vieux prêtres de paroisse, ils sont sympathiques, font des tours de magie et sont sportifs en effet, et grâce à eux mes enfants continuent à pratiquer, sont solides dans leur foi, tout en étant bien dans leur peau et dans le monde qui les entoure.
-l'argent est le nerf de la guerre : il permet aux légionnaires d'organiser de super activités pour les jeunes, de se déplacer pour annoncer l'Evangile, d'avoir des ordinateurs, de financer leurs séminaristes, etc., mais eux-mêmes vivent avec le strict minimum.
@ Joëlle
Chère madame,
je me permets de vous répondre, un peu abasourdi par votre commentaire.
Comme la plupart des anciens légionnaires, j'ai mis beaucoup de temps à oser regarder la vérité en face. Quand je suis sorti, il y a déjà un certain nombre d'années, j'avais un besoin compulsif de défendre la Légion. Et puis, les années passants, j'ai ouvert les yeux.
J'échange souvent avec d'autres anciens légionnaires. Quand nous évoquons le souvenir de nos années religieuses, nous en arrivons toujours aux mêmes conclusions: la Légion du Christ nous a conditionné à tel point, que nous étions amené à nous convaincre que nous étions heureux alors que nous ne l'étions pas.
La séduction était une obsession, à tel point que nous finissions, non seulement à justifier le mensonge, mais, bien pire, à nous mentir à nous-même.
Sachez que parmi les religieux si attirants dont vous parlez, il est probable qu'une bonne partie "disparaisse" un jour, parce qu'ils auront craqué. Hélas, vous ne saurez certainement pas ce qu'ils deviennent, car la Légion prend soin de faire disparaitre les témoins gênants. Sauf, bien sûr, si ces anciens légionnaires restent sous l'emprise de la Légion, comme il arrive parfois.
C'est toujours très troublant de retrouver, des années plus tard, un ancien religieux que nous avons connu "si rayonnant", avouant avoir porté un masque pendant de nombreuses années.
Ne vous laissez pas séduire par les apparences. Elles sont trompeuses.
Je pense que la meilleure réponse se trouve dans Molière et plus précisément dans la pièce "Tartuffe".
TARTUFFE
Je puis vous dissiper ces craintes ridicules,
Madame, et je sais l'art de lever les scrupules.
Le Ciel défend, de vrai, certains contentements,
(C'est un scélérat qui parle.)
Mais on trouve avec lui des accommodements.
Selon divers besoins, il est une science
D'étendre les liens de notre conscience,
Et de rectifier le mal de l'action
Avec la pureté de notre intention.
De ces secrets, Madame, on saura vous instruire;
Vous n'avez seulement qu'à vous laisser conduire.
Contentez mon désir, et n'ayez point d'effroi.
Je vous réponds de tout, et prends le mal sur moi.
(...)
Enfin votre scrupule est facile à détruire:
Vous êtes assurée ici d'un plein secret,
Et le mal n'est jamais que dans l'éclat qu'on fait;
Le scandale du monde est ce qui fait l'offense,
Et ce n'est pas pécher que pécher en silence.
Vision de Molière sur les faux dévots ... toujours dans Tartuffe.
Et comme je ne vois nul genre de héros
Qui soient plus à priser que les parfaits dévots,
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle
Que la sainte ferveur d'un véritable zèle,
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux,
Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,
De qui la sacrilége et trompeuse grimace
Abuse impunément et se joue à leur gré
De ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré,
Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise,
Et veulent acheter crédit et dignités
À prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés,
Ces gens, dis-je, qu'on voit d'une ardeur non commune
Par le chemin du Ciel courir à leur fortune,
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour,
Et prêchent la retraite au milieu de la cour,
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,
Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices,
Et pour perdre quelqu'un couvrent insolemment
De l'intérêt du Ciel leur fier ressentiment,
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère,
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère,
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré,
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paraître;
Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître.
(...)
Ce titre par aucun ne leur est débattu;
Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu;
On ne voit point en eux ce faste insupportable,
Et leur dévotion est humaine, est traitable;
Ils ne censurent point toutes nos actions:
Ils trouvent trop d'orgueil dans ces corrections;
Et laissant la fierté des paroles aux autres,
C'est par leurs actions qu'ils reprennent les nôtres.
L'apparence du mal a chez eux peu d'appui,
Et leur âme est portée à juger bien d'autrui.
Point de cabale en eux, point d'intrigues à suivre;
On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre;
Jamais contre un pécheur ils n'ont d'acharnement;
Ils attachent leur haine au péché seulement,
Et ne veulent point prendre, avec un zèle extrême,
Les intérêts du Ciel plus qu'il ne veut lui-même.
Je pense que c'est encore d'actualité et que au final ce message est très évangélique.
Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.
Mathieu Chapitre 7 Verset 21
L'article est édifiant. J'ai peur que le lien vidéo ne soit plus à jour, je suis tombé sur une vidéo intitulée "Réponses sur la vocation" et rien à voir avec la description donnée. Des jeunes séminaristes témoignent de leur vocation de manière assez sincère. Rien de scandaleux en soi et au premier abord, bien au contraire. Mais c'est l'eau tranquille qui cache un effroyable torrent : la séduction telle que dénoncée plus haut. C'est une vie lisse qui nous est présentée et stéréotypée. Pour être un vrai séminariste LC il y a des incontournables : être entrer à 10 ans dans un petit séminaire de la Congrégation et/ou avoir tout sacrifier pour Dieu (idée : le sacrifice ça vaut plus, c'est la preuve que Dieu nous appelle et ça fait des "points Ciel"), sa famille, ses amis et surtout une fiancée (question : j'aimerais bien savoir le nombre de fiancées qui ont été inventées pour l'occasion... et évidemment pas question de fiancÉ sacrifié... non, ça c'est carrément exclu !!) , il faut aussi être certain de sa vocation (les doutes sont évoqués mais tout ça c'est du passé) et convaincre que le bonheur est dans le pré (sourire "ultra-bright", répétition à tout va de l'adjectif "heureux", etc.)... Total, tout ça est plus que charmant en effet, on devrait tous entrer dans la Légion ! Engagez-vous qu'il disait !! ^^ A la Légion, il semblerait que "la vida es un sueño" pour reprendre un titre d'une célèbre pièce de Calderón de la Barca. Courage, à tous ceux qui se sont réveillés avec une sacrée "gueule de bois" !!
Merci Thomas,
j'ai corrigé le lien.