Je profite de cette introduction pour répondre à un certain nombre de messages, me disant: "Mais pourquoi n'avez-vous pas confiance dans le jugement de l'Eglise? C'est le Pape qui va décider du sort, et il est infaillible! Pourquoi ne devenez vous pas protestant, puisque vous critiquez l'Eglise? etc.

L'expérience a montré, comme vous pourrez le voir dans cet article, que la Légion du Christ est une congrégation extrêmement bien construite qui donne toute les apparences extérieures de la sainteté. Les plus hautes instances de l'Église se sont faites séduire par cette Congrégation, car de l'extérieur, il est vrai que c'est fascinant. A notre époque, où l'Eglise montre des signes d'épuisement dans un certain nombre de pays de tradition chrétienne, la tentation de la raison d'État peut infléchir les décisions. Or, certaines autorités de l'Église, nous le savons, ont décidé avant même le début de l'enquête, des conclusions de la Visite Apostolique... ce qui nous laisse sans voix

Quant au mythe de l'Église omnisciente qui ne se trompe jamais, j'espère que la lecture de l'article fera tomber l'écaille des yeux à de nombreuses personnes.

La première visite apostolique a permis de blanchir le père Maciel. La seconde permettra-t-elle de blanchir la congrégation?

Nous remercions l'aimable personne qui a traduit cet article de bonté de cœur.

La vérité sur « la Grande Bénédiction » apparaît finalement.

La décision du Vatican de mener une seconde enquête officielle, baptisée visite apostolique, sur la congrégation religieuse catholique des Légionnaires du Christ, a été rendue publique le 31 mars, peu de temps après le 50ème anniversaire du 6 février 1959, jour où le Rev. Père Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires a été rétabli dans ses fonctions après la conclusion de la première visite. Peu de gens connaissent vraiment l’histoire de la première enquête. Les conclusions n’ont pas été claires et le Père Maciel et les Légionnaires ont pu en donner une fausse interprétation pendant les 50 ans qui ont suivi. Mais cette visite a bien eu lieu et avait de fait établi que le P. Maciel devait être démis de ses fonctions et que la congrégation des Légionnaires devait être réformée. Les Légionnaires, aidés par des amis à la Curie, utilisèrent le mensonge et présentèrent les choses de façon séduisante, pour faire échouer cette première visite apostolique.

(Le résumé, que vous pouvez lire ci-dessous, au sujet de la première visite, provient principalement de Fernando M. Gonzalez : Los Legionaros de Cristo: testimonios y documentos ineditos (Mexico City : Tusquets Editores 2006). F. M. Gonzalez publie des documents originaux (certains en fac simile) à partir de deux sources: l’une provenant du Père Luis Ferreira Correa, Vicaire Général des Légionnaires à l’époque (documents fournis par José Barba), et la seconde d’une source privée. Ce résumé s'appuie également sur le reportage fait par Jason Berry et Gerald Renner : Vows of Silence (New York : Free Press 2004)

Le Cardinal Valerio Valeri, préfet de la Congrégation des Affaires Religieuses au Vatican, a ordonné la première visite apostolique des Légionnaires en 1956. Il a été préfet de 1953 jusqu’à sa mort en 1963, à 79 ans. Il avait été le nonce apostolique en France accrédité pendant la guerre auprès du gouvernement de Vichy, et forcé, après la libération de la France par Charles de Gaulle, de laisser la place à Angelo Roncalli, le futur pape Jean XXIII.

En 1954, Maciel espérait que son Institut puisse être définitivement approuvé par le Vatican, et Valeri, en février 1956, était plutôt favorable au nouveau nom de la congrégation: « les Légionnaires du Christ ». Maciel, âgé de 36 ans en 1956, était devenu dépendant de drogues antalgiques Dolantin et Demerol (médicaments dérivés de la morphine).

Le 3 janvier, le Légionnaire espagnol Père Rafaël Arumi, 29 ans, maître des novices au Collège des Légionnaires à Rome, découvre le père Maciel complètement inconscient, à cause de la drogue, qu’il appelle immédiatement le Père Luis Ferreira Correa, 41 ans, recteur de l’école apostolique des Légionnaires (petit séminaire) à Tlaipan à Mexico City et vicaire général des Légionnaires. La crise dure quelques jours. Arumi, Ferreira, et le Père Antonio Lagoa, 36 ans, recteur du Collège des Légionnaires à Rome, se demandent comment gérer le scandale, et envisagent même de nommer un nouveau Directeur Général. Valeri est informé par des sources à Rome et au Mexique, et lui-même rencontre Maciel dans un triste état en détoxication à l’Hôpital Salvator Mundi à Rome au printemps 1956.

Deux Légionnaires décident alors d'alerter les autorités (une "trahison", selon Maciel): Ferreira Correa et le Frère espagnol Federico Dominguez, préfet des études à Tlalpan, qui, en tant que secrétaire particulier de Maciel, l’avait observé de près.

Dans une lettre datée du 24 août 1954, Dominguez, alors âgé de 27 ans, avait rapporté les défaillances de Maciel au vicaire général de l’archidiocèse de Mexico City: Il ne suit pas la règle religieuse, ni ne récite le Bréviaire, ni ne médite. Il ne respecte pas la confidentialité dans les questions de conscience. Il utilise « le mensonge, la désinformation, l’exagération » et agit comme si « la fin justifiait les moyens ». Il n’a pas l’esprit de pauvreté religieux, voyage en première classe, mange de la nourriture raffinée plutôt que celle préparée pour la communauté, passe plus de temps dans les maisons de ses donatrices que dans ses propres maisons religieuses. Il considère que son désir de plaisir sexuel est un problème urologique. Il se fait lui-même des injections de drogue et le cache soigneusement. « Sous l’effet de la drogue, il fait de magnifiques plans d’apostolat et (violant la confidentialité) parle ouvertement des défaillances privées de ses compagnons.

Les religieux qui ne savaient pas ce qui se passait y voyaient un signe de la « clairvoyance spirituelle » du Père Maciel! Cependant, Maciel avait eu connaissance de la lettre de Dominguez, et, pour arriver à discréditer Dominguez, il cherche l’aide du bénédictin belge Gregoire Lemercier, prieur d'un monastère bénédictin à côté de Cuernavaca. Lemercier était un allié potentiel douteux, un pionnier dans l’usage de la psychanalyse pour le discernement des vocations à la vie religieuse et un chef de file reconnu du renouveau liturgique ; dix ans plus tard il attirerait lui-même le mécontentement des autorités du Vatican. Maciel avait mal calculé : Lemercier comprends vite que le problème vient de Maciel lui-même et il conseille à Dominguez, et ensuite à Ferreira, de dénoncer la toxicomanie et les abus sexuels dont ils avaient connaissance, avant de quitter la Légion, comme ils avaient l’intention de le faire.

En été 1956, quatre évêques mexicains avaient au moins entendu parler du problème Maciel : les archevêques de Mexico City, Morelia, et Yucatan, et l’évêque de Cuernavaca. L’évêque de Cuernavaca, Sergio Mendez Arceo, a écrit avec circonspection le 14 août à Arcadio Larraona, secrétaire de la Congrégation des Affaires Religieuses du Vatican, demandant la révocation de Maciel et une enquête concernant trois accusations : « comportement déviant et faux, usage de drogues, actes de sodomie sur des garçons de la Congrégation ». Le 31 août l’archevêque de Mexico City, Miguel Dario Miranda a aussi écrit à Larraona pour confirmer que « une intervention immédiate était nécessaire » dans le cas Maciel et il répétait ces trois accusations : «péchés contre le sixième commandement commis avec des membres de la congrégation », dépendance à la drogue et mensonge pour parvenir à ses fins. »

Ferreira, le 23 août, avait écrit en détail au vicaire général de Mexico City au sujet de nombreux cas de « attouchements impurs » sur des garçons de l’école apostolique, et, après que les garçons se soient plaints à Ferreira, il donnait l’explication fournie par Maciel : il avait beaucoup souffert et avait du perdre le contrôle de ses actes. Ferreira racontait l’histoire de la crise de drogue de Maciel à Rome début janvier, et il racontait les mensonges et faux-fuyants de Maciel et sa théorie suivant laquelle il avait un problème urologique qui provoquait l’émission de sperme.

Les trois lettres d’août 1956 – celles de Mendez Arceo, Dario Miranda, et Ferreira Correa – prouvent un point important : l’accusation d’abus sexuel faisait partie de ce qui a provoqué la première enquête sur Maciel. Maciel ne l’a jamais admis, déclarant, comme dans sa longue interview autobiographique avec Jesus Colina, Christ in my life, (Manchester, New Hampshire : Sophia Institute press 2003 (version anglaise), que ce qu’il appelait les « calomnies » contre lui ne concernaient que la drogue et les mensonges. C’est ce qu’on trouve, par exemple, dans l’article de Wikipedia « le scandale des abus sexuels dans la Légion du Christ » : « En 1956, le Vatican l’a destitué comme supérieur et a mené une enquête après des accusations d’addiction à la drogue…il n’y a pas trace de plainte d’abus sexuel à cette époque. »

Les choses sont allées vite. Le 20 septembre Larraona a fait envoyer la documentation à Domenico Tardini, Secrétaire de la Curie Romaine, suggérant d’informer le Pape, et de destituer Maciel et de le faire soigner. La destitution de Maciel, signée par Valeri et datée du lendemain, a été transmise par la Délégation Apostolique de Mexico, comme Larraona l’avait demandé, sans passer par le cardinal Giuseppe Pizzardo, Secrétaire du Saint Office, un ami de Maciel.

Maciel est arrivé à Rome le 1er octobre, et le 3 octobre il a écrit à Valeri, acceptant respectueusement sa suspension par la Congrégation «avec une soumission absolue et obéissance inconditionnelle» et acceptant «d’aller dans une clinique, suspendu pour ce temps de l’exercice de ma responsabilité de supérieur général de l’Institut». En même temps, il se disait en bonne santé, en joignant comme preuve un certificat du médecin du pape Ricardo Galeazzi Lisi ( qui devait être démis du service papal quelque temps plus tard en 1956, avec des rumeurs de dettes de jeu, et qui souleva l’indignation en 1958 en vendant des photos et des histoires des derniers jours de Pie XII) et il se déclarait victime de calomnies. Maciel fut exilé en Espagne, limité à Rome. L’administration des Légionnaires fut reprise par Lagoa, comme recteur du Collège ; Arumi, comme maître des novices ; et Ferreira, comme vicaire général, assisté par Dominguez.

Le 13 octobre Valeri a nommé comme visiteur apostolique Anastasio (du Saint Rosaire) Ballestrero, supérieur général des Carmes déchaux. Anastasio avait 43 ans, né à Gênes en 1913, prêtre carme déchaux depuis 1936. Il a été supérieur général de 1955 à 1967, nommé archevêque de Bari en 1973 et de Turin en 1977, et fait cardinal par le pape Jean-Paul II en 1979.

La Légion s’est préparée pour faire obstruction à la visite. En août ou septembre, Maciel a demandé au Légionnaire José Dominguez, frère de Federico, de participer à la rédaction d’un vœu religieux obligatoire pour les légionnaires : ne jamais critiquer un supérieur et de dénoncer ceux qui le feraient. Maciel expliquait ce « deuxième vœu privé » dans une longue lettre datée du 15 septembre 1956, adressée à tous les légionnaires du Front de Mexico. Il écrivait :

« Le vœu en question est un engagement explicite devant Dieu qui consiste en : premièrement, ne pas exprimer extérieurement, d’aucune façon, que ce soit par oral, par écrit, ou par signes, quoi que ce soit qui puisse être au détriment de la personne ou de l’AUTORITE du Supérieur. Deuxièmement, prévenir votre Supérieur immédiatement si vous voyez qu’un membre de l’Institut a péché contre ce vœu …

Ce Vœu Privé a comme but spécifique la sauvegarde du critère et principe d’autorité à la Légion et la création d’un gouvernement plus efficace par l’ADHESION absolue au Supérieur, comme autorité et comme personne, avec comme but ultime de parvenir à une union étroite et intense, comme le Christ le désirait ardemment au cours du dernier repas : « Que tous soient un…( Jean 17.21)

Le Vœu Privé préserve de toute critique extérieure, non seulement les actes de gouvernement et d’autorité du Supérieur, mais aussi sa personne toute entière : tempérament, caractère, défauts physiques, intellectuels et moraux, et sa façon de faire en tout domaine indépendant de l’exercice de son autorité. En conséquence le Supérieur, DOIT SIMPLEMENT ETRE RESPECTE, indépendamment de tout aspect négatif… »

Les fruits du vœu devaient être « l’UNION INTENSE entre Supérieurs et sujets », « L’EXERCICE DE LA CHARITE », et « LE CONTROLE DE SOI ». Il écrivait :

« Je suis bien conscient que, à cause des fortes oppositions de notre nature, ce n’est pas un vœu facile à remplir. Mais c’est le Christ qui a voulu inspirer ce moyen providentiel dans sa Légion et qui en donnera la force à tous ceux qui la rejoignent et en font partie, afin que ce vœu puisse être tenu en estime et respecté comme quelque chose qui constitue le cœur de la Légion… »

Bien qu’on ait la preuve de son existence dès 1950, le « vœu de charité » spécifique de la Légion est apparu exactement entre les lettres des évêques mexicains qui demandaient une enquête et le rendez-vous d’une visite apostolique moins de deux mois plus tard. Le vœu privé était fait par les Légionnaires jusqu’à ce que le pape Benoît XVI y mette fin en 2007.

Le langage de la persécution et du martyr venait facilement à Maciel, qui a grandi pendant la guerre mexicaine des christeros. En août il dit à Juan Vaca, séminariste de la Légion à Mexico, 19 ans, et futur accusateur : « Vous savez que ce sont des ennemis. Satan a réussi à les faire entrer au Vatican pour détruire la Légion. S’ils la détruisent, ils détruisent l’œuvre de Dieu et votre vocation. » En octobre, il dit au séminariste Alejandro Espinosa, futur auteur de El Legionario (2003) « Souvenez-vous : vous n’avez rien vu, vous ne savez rien, vous n’avez rien entendu ! » Avant de partir en Espagne Maciel a envoyé des instructions depuis la clinique où il était en dehors de Rome : « Ne leur dites pas ce qu’ils ne peuvent comprendre, et qu’ils interpréteront de travers comme prétexte pour détruire la Légion ».

José Barba, un autre séminariste mexicain et futur accusateur, se souvient du discours d’adieu de Maciel, tout éploré, le 10 octobre : « Je suis attaqué et soumis à une lourde épreuve par mes ennemis…On dit que la Légion est une oeuvre bonne, mais comment la Légion, l’arbre, les branches, et les fruits , sont bons, si moi, le tronc, suis mauvais ? Quel sens tout cela a-t-il ?

Après le départ de Maciel, longtemps avant l’arrivée des visiteurs, les Légionnaires de l’époque se souviennent de Lagoa les réunissant pour leur dire d’être prudents, calmes et fidèles. Des documents disparurent. Les Légionnaires suspectés de vouloir coopérer était éloignés de Rome. José Dominguez, le rédacteur du quatrième vœu, fut envoyé à Naples.

Ferreira et Federico Dominguez, qui avait dénoncé Maciel aux autorités, ont été marginalisés. Dominguez dit : « Aucun de mes anciens amis ne voulait me parler. Nous étions encerclés… Le Carme ne pouvait obtenir aucune information. » Vaca a admis que, à la suggestion de Maciel lui-même, il a accepté de mettre un laxatif dans le café du matin de Ferreira. Ferreira a eu une diarrhée sévère, et, incapable de savoir pourquoi, et malade pendant des mois, est retourné à Mexico en décembre.

Même en exil, Maciel a réussi à avoir une « présence malfaisante » dans son institut, suivant l’expression de Alejandro Espinosa. Il rencontrait secrètement les légionnaires une fois par mois aux alentours de Rome ou dans un bus et il plaisantait « je suis dans un bus, pas sur le sol romain. Je ne désobéis pas ! » Maciel pouvait se servir de l’administration de Lagoa et d’Arumi comme combine pour continuer à diriger la congrégation.

Anastasio a dirigé l’enquête sur le Collège de la Légion à Rome d’octobre 1956 à février 1957, assisté par son propre vicaire général le Carme Déchaux Benjamin (de la Sainte Trinité) Lachaert. Il a interviewé chaque séminariste brièvement et a étudié les Constitutions et les lettres du fondateur. Le père carme Ippolito (de la Sainte Famille) a visité l’Ecole Apostolique de la Légion (petit séminaire) à Ontaneda (Santander) en Espagne dans la première semaine de décembre.

Les jeunes légionnaires étaient au supplice, ligotés par le vœu de charité envers la Légion et le père Maciel. Si Maciel était un saint, comme ils le croyaient, si l’Eglise avait donné son approbation à la Légion, pourquoi l’Eglise menait-elle maintenant cette enquête ? Un séminariste mexicain, 19 ans, José Antonio Pérez Olvera, se souvient que le visiteur le menaçait d’excommunication s’il ne disait pas toute la vérité, mais qu’il mentait quand même : « je me sentais fier de ma fidélité au père Maciel. Il était au dessus du droit canon, au dessus de l’Eglise, ses règles, son magistère. Il communiait tous les jours au Sacré Cœur… Et pourtant je ne me sentais pas la conscience tranquille… canoniquement, j’étais excommunié. » « J’ai menti » , dit Barba. « J’ai menti » dit Vaca.

Anastasio n’a pas trouvé de preuves, concernant la drogue et les abus sexuels, suffisantes pour rendre un jugement. Mais en quatre mois il en avait cependant suffisamment appris pour parvenir à des conclusions très dures, dans son rapport, daté du 11 février 1957. Dans ce rapport, il reconnaissait que les séminaristes étaient réticents, mal à l’aise, et sous influence, et qu’il n’avait pas obtenu toute la vérité. L’institut était « un chaos juridique » avec des structures en violation de la loi canonique, et spirituellement fragile. Ses jeunes membres avaient été « fanatisés » par le fondateur. Mais « l’institut est substantiellement sain et bien intentionné et offre de l’espoir dans la mesure où il peut se libérer du fanatisme. Ce qui semble douteux. »

Anastasio recommandait donc : de renvoyer le siège principal et les écoles de Rome et d’Espagne au Mexique ; d’admettre de nouveaux membres seulement avec l’accord du Saint Siège ; de faire assurer le contrôle par l’épiscopat mexicain ; d’interdire de nouvelles initiatives ; de nommer un nouveau supérieur extérieur à l’Institut ; de revoir de façon radicale les Constitutions, en supprimant les vœux particuliers à la Légion. « Maciel doit être destitué comme étant fondamentalement le seul responsable des nombreux et graves irrégularités juridiques et abus administratifs. Garder le silence sur le reste semble prudent pour des raisons internes et externes, au moins pour le moment. »

Anastasio avait travaillé activement, mais en prenant son temps , il avait fait son rapport, demandé à être relevé de sa charge, et devait penser que le travail était fait. Mais deux nouveaux visiteurs apostoliques, moins critiques, lui succédèrent (on ne sait trop pourquoi) et neutralisèrent ses recommandations.

Le 10 juillet 1957, pour succéder à Anastasio à Rome, Valeri a nommé Mgr Alfredo Bontempi, 62 ans, recteur du Nepomucenum, le Collège Pontifical Tchèque de Rome. Né en 1894 à Castelfidardo, une ville des Marches, Bontempi a été recteur de 1950 jusqu’à sa mort en 1963. Il fut ordonné évêque et titulaire d’un siège en 1962. Après six mois avec les Légionnaires, Bontempi dit à la Congrégation pour les Affaires Religieuses, le 24 janvier 1958, que les Légionnaires s’étaient pris de sympathie pour lui et qu’il était frappé par leur « esprit de piété » dans leur séminaire. Il a noté qu’il manquait dans la bibliothèque les œuvres de Congar, de Lubac, et Maritain ; il aimait le vœu de charité ; il avait dit à Arumi que son rapport serait favorable au fondateur parce que « on reconnaît l’arbre à ses fruits ».

Egalement nommé ce jour là il y avait un nouveau visiteur pour les maisons de la Légion au Mexique et en Espagne, un franciscain belge missionnaire au Chili, Polidoro van Vlierberghe, 48 ans, qui dès 1961 deviendrait administrateur apostolique et prélat territorial de Illapel, au Chili. Polidoro est devenu le porte-parole de Maciel pour sa version des évènements :Anastasio aurait dû être plus nuancé ; l’ambitieux Ferreira et les jésuites avaient intrigué contre Maciel ; les accusations venaient de sources non fiables ; l’Institut avait souffert avec foi. En janvier 1958 Anastasio a critiqué le point de vue de Polidoro auprès de Larraona – les jésuites devaient pouvoir répondre à une accusation aussi grave, pour commencer – mais il na pas eu gain de cause.

Bien qu’un résumé de documents antérieurs ait noté que « les conclusions ne semblent pas correspondre à la logique des faits », le cas Maciel trouva sa conclusion dans un compromis proposé le 10 septembre 1958, par le Redemptoriste Domenico Mozzicarelli, un officiel de la Congrégation pour les Affaires Religieuses qui s’occupait des visites apostoliques. Même si le retrait de Maciel semblait souhaitable, la Légion était construite sur sa « mystérieuse » personnalité et aucun supérieur ne pouvait remplacer son « mysticisme héroïque » ou sa capacité à lever des fonds. A cause de « l’excellent mêlé au mauvais » l’Institut devait continuer. Il ne faut pas éteindre la mèche qui fume encore. D’où le compromis : laisser Valeri décider quand Maciel pourrait finalement revenir ; se réserver le droit de faire d’autres visites ; nommer le représentant au conseil général et aux finances prévu par la loi canonique; et interdire formellement à Maciel de donner une direction spirituelle - sans parler d’entendre des confessions - et de s’immiscer en quoi que ce soit dans le for interne des membres de la congrégation. (Ceci en accord avec le canon de la loi canonique 530 de 1917, qui interdit strictement à un supérieur d’exercer une contrainte sur la conscience d’un subordonné qui lui doit obéissance.) La Congrégation des Affaires Religieuses écrivit au Cardinal Clemente Micara le 13 octobre 1958, réinstallant Maciel en gros en ces termes. Le 6 février, Micara écrivit à Maciel.

Le Pape Pie XII mourut le 9 octobre et le pape Jean XXIII fut élu le 28 octobre. On ne sait pas pourquoi le rétablissement de Maciel a eu lieu pendant l’interrègne papal, ni pourquoi c’est Micara, cardinal Vicaire Général de Rome de 1951 jusqu’à sa mort à 85 ans en 1965, qui s’en est chargé, ni pourquoi il a tardé quatre mois. En tout cas, un autre résumé de la curie, de 1962, note que pour le règlement de la question Maciel, la Congrégation des Affaires Religieuses ne pouvait aller au-delà du compromis de Mozzicarelli à cause de « recommandations et interventions de personnes haut placées ». Qui étaient-elles, nous ne le savons pas, mais dans son interview autobiographique, Christ is my Life, pour l’avoir aidé à survivre à la visite, Maciel remercie les cardinaux Micara, Pizzardo , Gaetano Cicognani (Préfet de la Signature Apostolique), Giovanni Piazza (carme déchaux Secrétaire de ce qui est maintenant la Congrégation pour les Evêques) et Federico Tedeschini (………..apostolique)

Ainsi Maciel et la Legion étaient innocentés et ils ont continué. La discontinuité dans l’administration du Vatican en octobre 1958 peut expliquer pourquoi Maciel n’a jamais tenu compte des restrictions stipulées pour son ministère. Après la réinstallation de Maciel, Ferreira a quitté la Légion pour servir dans l’ archidiocèse de Morelia (Michoacan) au Mexique jusqu’à sa mort en 2001. Dominguez, envoyé au séminaire de Maynooth à Dublin, à l’automne 1957, a lui aussi quitté la Légion, s’est marié et installé à Los Angeles. Lagoa, à 80 ans en 2001, et Arumi, à 79 ans en 2006, sont tous les deux morts prêtres de la Légion. En 2003, Maciel a fait l’éloge de Lagoa comme « proche de moi dans les grandes épreuves et tribulations de la Légion : il est resté fidèle, inébranlable, et il a porté inconditionnellement témoignage de son amour pour le Christ en remplissant sa mission. »