Pourquoi je m'inquiète de l'objectivité de la Visite Apostolique? (suite)
Par Xavier le samedi 12 décembre 2009, - Lien permanent
Mais après tout, sommes-nous en train de
nous inquiéter, en vain, devant ce qui pourrait être réellement l’œuvre de
Dieu, conçue mystérieusement, par un grand pêcheur ? Ne dit-on pas que
l’Esprit-Saint souffle où il veut ? La Légion du Christ a-t-elle vraiment
été « contaminée » d’une façon ou d’une autre par les déviances
morales du fondateur ? Et si oui, la Légion ne peut-elle pas renaître de
ses cendres, en adaptant quelques normes et quelques aspects de sa pastorale
vocationnelle ?
Nous arrivons ici à la question de fond : quel est le problème fondamental
dans la Légion du Christ ?
Pour répondre à cette question, qui fait l’objet de mes réflexions depuis
quelques années, je voudrais m’appuyer sur quelques textes de l’Ecriture
Sainte, et particulièrement sur le livre de la Genèse. Ce que je désire exposer
ici n’est que le fruit de mes pensées. Il se peut que je me trompe, et si c’est
le cas, j’espère qu’on saura m’en pardonner.
Les bons et les mauvais fruits: sainteté et fausses apparences de sainteté.
Après avoir créé le cosmos et formé le premier homme à partir d’un peu de
terre, le Seigneur plante un jardin en Éden. Il fait pousser différents arbres
« séduisants à voir et bons à manger »… et installe l’arbre de la
vie au milieu de ce jardin, ainsi que l’arbre de la connaissance du bien et du
mal (Gn 2, 8-9).
L’arbre de la vie symbolise le fait que l’homme avait accès, d’une certaine
façon, à une vie immortelle, ou plus exactement, qu’en mangeant des fruits de
cet arbre, il pouvait « ne pas mourir ».
L’arbre de la connaissance du bien et du mal symbolise quant à lui le fait
que l’homme pouvait se soustraire de sa dépendance de Dieu, en devenant ainsi
lui-même le décideur de ce qui est bien et de ce qui est mal.
Le texte précise ensuite que Dieu recommande à l’homme de manger les fruits
de tous les arbres, « sauf de l'arbre qui donne la connaissance de ce
qui est bon ou mauvais », car, ajoute le texte : « Le jour
où tu en mangeras, tu mourras. »
Mais il y a une chose étonnante, qui arrive un peu plus
loin :
En effet, après avoir créé une compagne pour l’homme, le serpent s’approche
de celle-ci, et lui demande : « Est-ce vrai que Dieu vous a dit:
Vous ne devez manger aucun fruit du jardin?». La femme répondit au
serpent: « Nous pouvons manger les fruits du jardin. Mais quant aux
fruits de l'arbre qui est au centre du jardin, Dieu nous a dit: Vous ne devez
pas en manger, pas même y toucher, de peur d'en mourir. » (Gn 3, 1-3) La
chose étonnante, c’est la réponse de la femme qui mentionne « l’arbre
qui est au centre du jardin »… Il y avait pourtant deux arbres au centre
du jardin, et le premier, l’arbre de vie, n’était pas interdit ! Alors,
pourquoi ne parle-t-elle que d’un seul arbre, lequel se trouve au centre du
jardin ?
La seule explication que l’on peut avancer, c’est que ces deux arbres, à ses
yeux, n’en faisaient qu’un seul. Nous avons tous déjà vu en forêt des arbres
tellement torsadés et collés l’un à l’autre, qu’on ne sait plus s’il y en a un
ou deux… La femme, avant de succomber à la tentation, n’avait apparemment
jamais regardé ces arbres de près. A ses yeux, il n’y avait plus qu’un seul
arbre, auquel il ne fallait pas toucher.
Mais quand elle succombe à la tentation du serpent, elle découvre soudain
que « l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était,
cet arbre, désirable pour acquérir le discernement » (Gn 3,6)
Ce qu’il faut bien comprendre ici, c’est que le mal ne se présente jamais
comme un mal. Le mal imite le bien : il en a l’apparence, la beauté,
l’éclat… et cependant, il nous égare, nous blesse, et, à plus ou moins long
terme, nous éloigne de Dieu.
Nous croyons parfois ainsi faire le bien, car tout ce que nous faisons et
tout ce qui est autour de nous, semble en accord avec la volonté divine… et
pourtant, nous nous éloignons de Dieu car nous nous attachons non pas à Dieu,
mais à une apparence de sainteté.
Le démon n’a pas besoin de grand-chose pour écarter une congrégation de sa vocation : simplement l’écarter « un tout petit peu » de la bonne direction. Avec le temps, cela suffira à enfermer des âmes avides de sainteté dans un système, apparemment bon, mais qui est en fait suffisamment narcissique ou oppressif pour les écarter de sa miséricorde, en leur faisant croire, par exemple, que pour plaire à Dieu, il suffit de suivre le plus parfaitement possible les règles et les principes de cette vie religieuse… et qu'il n'y a d'ailleurs que de cette façon qu'ils pourront devenir saints. Et ce faisant, disparait de leur cœur la vérité la plus importante : celle que Dieu les aime tels qu'ils sont et que sa miséricorde ne dépend pas de leurs œuvres. Oh, certes, on continuera à parler de la miséricorde divine, à écrire de belles homélies sur le sujet... Mais, dans le fond, ces idées se confronteront toujours avec la réalité crucifiante de leur vie, tellement contradictoire... et la miséricorde de Dieu finira par n'être qu'une idée, un concept...
Mais il y a tellement de gens saints et brillants dans la Légion du
Christ ! Comment puis-je remettre en cause toute une spiritualité qui
forme des hommes aussi bons et généreux ? Leur témoignage de vie
entièrement donnée, leur fidélité, n’est-il pas un signe de la sainteté de
l’œuvre ?
Non. En fait, et d’une façon étonnante, je crois, la sainteté de ces hommes
- qui est sans doute réelle – ne se fait pas « grâce à » la Légion,
mais « malgré » la Légion… (Même si, je crois, qu’arrivée à un
certain point, à cause d’une conscience déformée et surtout mal informée, la
victime devient presque toujours bourreau. Sans doute, en croyant faire le
bien, en pensant que ce que demande la Légion du Christ est réellement inspiré
par Dieu… on accepte et justifie le mensonge. Oh pas de graves mensonges, mais
un petit mensonge, pour la bonne cause… comme par exemple cacher à des familles
les règles du petit séminaire dans lequel entre leur enfant; indiquer sur une
demande de fond pour un petit séminaire que tous les résultats de l’école au
bac sont excellents, que tous les élèves obtiennent une mention ; que pour
entrer au noviciat, il est nécessaire d’avoir le bac ; que la liberté des
élèves est au cœur de la pédagogie de l’école, etc. ).
Je vais même aller plus loin : je dirais que la nocivité de la Légion
est amplifiée par la sainteté de certains de ces membres.
Mais c’est tellement beau, la Légion ! Quand on va à Rome, et que l’on
voit tous ces frères tellement souriants, tellement gentils… qui vivent en
harmonie, font du sport, des études, de la musique. Tout cela n’est-il pas
magnifique ? N’est-ce pas un signe apparent de la beauté du royaume de
Dieu déjà présent sur la Terre ?
Fruits séduisants, tellement séduisants, mais tellement faux. Combien de
témoignages ai-je entendu de ces anciens légionnaires, cassés, après trop
d’années à devoir ressembler à quelque chose qu’ils n’étaient pas… jusqu’à en
perdre leur propre personnalité.
Mais pourquoi est-ce que ce projet de vie religieuse est-il faux et
illusoire ?
Parce que nous ne sommes pas encore au ciel, et qu’en essayant de créer, sur
terre, un « monde parfait », on doit nécessairement éradiquer les
imperfections humaines. Mais comme l’être humain est un être complexe, et qu’il
ne possède pas encore la pleine vision béatifique, il doit, pour y arriver,
renier ses passions et ses sentiments naturels à coup de terrorisme spirituel…
Or, l’homme étant l’homme, cela ne se fait pas sans créer des frustrations. Et
si le Légionnaire n’arrive pas à trouver le bonheur en suivant le rythme de vie
démentiel qu’exige de lui sa congrégation, il ne peut que se sentir blessé en
se croyant incapable de plaire à Dieu. Et de là apparaît un sentiment de
culpabilité qui grignote son cœur, et – ruse finale du démon – finit par lui
faire croire… qu’il n’est plus digne de Dieu. Alors, il essaye de correspondre,
au moins de l’extérieur, à l’image d’un homme de Dieu. Il sourit, ment aux
autres… et parfois se ment à lui-même.
Des parents dont les enfants ont été pendant deux ans au petit séminaire de
Méry-sur-Marne m’ont confié avoir été effrayés de voir que leurs enfants, dont
la vie spirituelle était auparavant spontanée et florissante, étaient très vite
devenus formalistes et routiniers dans leurs prières. Quand ils revenaient
passer quelques jours à la maison, ils ne « priaient » plus, mais
« faisaient leurs prières ».
Savez-vous que dans le manuel de prières des légionnaires, on peut lire ceci
:
IV. Après la prière
(…) Demandez pardon pour vos distractions, vos négligences et priez pour les légionnaires qui n’ont pas été fidèles à leur prière, pour que Dieu leur accorde d’une autre manière les grâces mal utilisées.
Un ami prêtre, à qui je montrais ce document récemment, m’a dit avec
rage : « mais quelle image ont-ils de Dieu ??? ».
Moi aussi, je me le demande.
A suivre.
Commentaires
Pourquoi moi, je m'inquiète comme Monsieur Xavier Léger de la "Visite Apostolique" ? - parce qu'en France au moins elle a été pipée . 50 ans après le Concile, alors que cette congrégation s'appuie essentiellement sur les Laïcs, aucun d'entre eux n'aurait été consulté sauf un qui l'a été deux reprise: une fois en tant que LC, une fois en tant que laïc . On ne nous fera pas croire qu'il s'est présenté en France à Mgr Blasquez sans l'appui des LC car les candidats au témoignage indépendant n' ont pas eu leur chance... cela a fait scandale même chez un inconditionnel de ma connaissance !
Et ce fut une visite éclair de 2 jours ! Hum!!! tout à fait étrange, cela ! On peut sans doute appeler cela une Visite Apostolique de clercs par des clercs mais on n'est pas obligé de croire que c'est une vraie visite apostolique : en France tout au moins . On a entendu des LC répéter : "Mgr Blasquez nous aime beaucoup"... "Mgr Blasquez nous a donné le feu vert pour continuer l'Ecole Apostolique de Méry"" et encore "Mgr Blaquez reconnaît le charisme" (Ah! Bon ?) Ce Mgr aurait-il autorité pour trancher en cours de Visite ? Aurait-il débordé de sa mission, c'est bien improbable . Par contre, qu'on le fasse parler sans doute, et cela est bien une technique de manipulation ! )
A part ces fuites univoques, on est en droit de penser et de dire que la VA a été en France pour le moins ou bien dans le sens du "secret" ou bien sabotée dans les règles de l'art. Alors on se demande : La gomme est-elle mise au maximum pour qu'elle paraisse jouée d'avance et décourager les victimes ?
On espère bien sûr qu'ailleurs cela s'est passé de façon moins choquante et moins blessante pour les victimes plus nombreuses qu'on imagine !!!
Oui plus on approche de l'issue de la Visite Apostolique , plus on ressent une inquiétude, une lassitude, un découragement . L'espoir demeure quoiqu'il arrive car l'on sait par avance que la vérité triomphera, et on a confiance dans Benoit XVI.
Mais les LC sont si habiles dans le trucage, les tours de passe- passe : on sait par exemple qu'au Mexique pour recueillir le témoignage d'une des principales victimes, Mgr Watty, l'archevêque mexicain, chargé de l'enquête était assisté en personne par le secrétaire d'un évêque mexicain qui avait couvert maciel en son temps (ça c'est la "pouvoir" légionnaire, comprenez vous comme ça la puissance diabolique qu'il y a avec la LC ?
Alors réfléchissez une minute, comment cette victime ne pouvait-elle pas avoir les jambes coupées de se confier à un complice de maciel, comment ne pouvait-elle pas imaginer que ses paroles seraient tronquées, arrangées, détruites mêmes avant d'arriver au pape ... on a l'exemple de 1956 .
Oui tout se sait MM les professionnels du mensonge .