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Par Xavier le jeudi 3 décembre 2009, - Témoignages - Lien permanent
En 2002,
alors que j’étais à Salamanque, le père Maciel est venu nous rendre visite.
Nous étions 220 environ, très à l’étroit dans un centre trop petit. Nous
vivions une discipline très sévère, souffrant du froid, du manque de sommeil,
de l’enchainement intensif des activités… Nous l’attendions dans l’auditorium,
les novices devant, et les humanistes derrière.
Les novices, à Salamanque, étaient pour la plupart des religieux mexicains, tous très jeunes (16-17 ans). J’éprouvais une certaine admiration à leur égard, en même temps qu’un sentiment de pitié. Ces jeunes, qui étaient entrés à 10 ou 11 ans dans les petits séminaires de la Légion du Christ… quelle liberté leur restait-il ? Quel jeune de leur âge accepterait de vivre une telle vie d’abnégation et de sacrifice ?
Le père Maciel est arrivé, et avant de commencer sa conférence, a voulu nous
faire écouter une chanson. C’était une chanson à paroles mexicaine, très
mélancolique, qui racontait l’histoire d’un clown triste, qui derrière son
masque, dissimulait une âme brisée : « Je suis un triste clown qui
cache mon échec avec des rires de joie qui me remplissent de frayeur… je ne
peux supporter mon visage, et devant le monde je rigole, alors que mon cœur
souffre » disait le refrain.
Après avoir passé cette chanson, le père Maciel a commencé sa conférence. Il
s’est mis à parler de ces religieux incohérents et inconsistants, qui menaient
une double vie, qui se mentaient à eux-mêmes et aux autres… en refusant de
vivre pleinement leur vocation légionnaire et en cherchant l’occasion de
justifier leur fuite. Petit à petit, le père Maciel s’énervait, en nous parlant
du péché, de notre vocation légionnaire, du salut éternel de notre âme, de
l’irresponsabilité devant Dieu de certains religieux…
Le soir, nous nous sommes couchés avec un sentiment terrible de culpabilité.
Car qui pouvait dire qu’il n’avait pas au fond de lui quelques
difficultés ? Nous avons tous une double vie, quelques péchés secrets…
mais c’est bien le but de la vie, et spécialement de la vie religieuse, de
purifier cela ! Pourquoi le père Maciel s’en était pris avec une telle
violence ?
Je n’avais aucun moyen d’interpréter cela et il était impensable de
critiquer les paroles du fondateur. Alors, il fallait postuler que le
fondateur, qui était plus proche de Dieu que moi, devait avoir reçu quelques
inspirations de là haut… J’étais loin d’imaginer alors que le père Maciel avait
lui-même vécu une double vie !
Mais le drame du péché, c’est qu’il nous conduit à juger les autres comme on
est, et à douter de la miséricorde de Dieu. L’origine de cette spiritualité
tellement culpabilisante vient de là, je crois. En proie à ses propres péchés,
le père Maciel a sans doute reporté sa peur du péché sur les autres. Peut-être
que le sentiment tellement oppressif d’urgence apostolique provenait d’un
conflit personnel, d’un profond dégoût de la propre misère qui
l’habitait ? Peut-être a-t-il cherché à se justifier devant Dieu à travers
l’œuvre de la Légion ? Je ne sais pas et je ne vais pas plus loin, car
c’est là le mystère du cœur de l’homme, qui n’appartient qu’à Dieu de
juger.
En tout cas, j’ose affirmer que l’interprétation que le père Maciel fait dans de nombreuses lettres sur le jeune homme riche est erronée. Une lecture de ce texte pourrait nous faire croire en effet que le jeune homme riche s’en va, triste de ne pouvoir répondre à l’appel du Christ. Ce n’est pas tout à fait exact : l’Evangile précise qu’il était triste parce qu’il avait de grands biens. Ce n’est pas le fait de ne pas répondre à l’appel qui rend l’homme malheureux, mais l’attachement aux richesses et aux biens de ce monde, comme le prouve la suite du texte de l’Evangile. Jésus laisse l’homme libre de le suivre quand il l’appelle à une vocation particulière. Son appel n’est jamais une contrainte morale, ce qui serait une contradiction avec la nature même de l’amour. Jésus respecte infiniment la liberté de l’homme, car il l’aime. Et il l’aime sans condition. C’est aussi simple que cela !
Commentaires
Merci pour cette méditation en finesse sur le jeune homme riche . Vos propos sont nuancés et nourris, ils montrent votre capacité d'analyse et votre pondération par rapport à l'enfer que vous avez traversé . Cela ne vous a pas empêché de voir que le gourou maciel avait ravi de façon insidieuse la place du Christ, que la fameuse "oeuvre" était une idole devant laquelle il faudrait encore s'incliner . Eh! bien NON, ça suffit ! aujourd'hui il ne s'agit pas de sauver la Légion mais bien ceux qui ont fait fausse route à leur insu, par abus de pouvoir !