Le volontarisme fait en effet partie des choses les plus contradictoires, car la spiritualité légionnaire le dénonce mais y conduit en fait irrémédiablement. Il suffit pour s’en convaincre de lire quelques paragraphes du recueil de texte « Je l’ai toujours rêvé ainsi », une curieuse compilation, réalisée avec soin par des légionnaires, assez symptomatique de cette terrible contradiction et dont voici quelques extraits :

« Je l’ai toujours rêvée ainsi : comme un instrument fort, invincible devant les ennemis de Dieu. Au fond de mon âme, je n’accepterai jamais pour elle l’idée de médiocrité où se cache le manque d’abnégation et de lutte en face des ennemis du Christ sous l’apparence d’une fausse humilité et d’une piété romantique et facile. » (LNP 24 décembre 1957)

« Je dirai qu’au fond, on a oublié (ou qu’on oublie, ou que s’efface) la véritable stature du légionnaire. Ce seul concept et cette réalité mériteraient d’être le sujet d’une lettre : la véritable physionomie du légionnaire et, en contrepoint, d’autres figures, d’autres « modèles » de vie religieuse, sacerdotale ou humaine, qui ne sont pas le véritable légionnaire. Avec cela nous abordons le cœur même de l'illumination que Dieu offre à une congrégation ; là se trouve l’originalité et l’apport de la Légion à la spiritualité religieuse et sacerdotale et donc aussi, à la simple pédagogie humaine : UN NOUVEAU TYPE d’homme, de religieux, de prêtre et d’apôtre. Le légionnaire, tel que je l’ai toujours conçu, homme qui s’oppose à l’orgueil, à l’avarice et à la luxure, homme qui vit polarisé par la mission que le Père céleste lui a confiée : établir le Règne du Christ dans le monde ; polarisation qui découle de l’exemple du Christ, entièrement absorbé par l’accomplissement de sa mission et de la conscience qu’acquiert le légionnaire d’y être définitivement et intimement associé. (LNP 3 janvier 1976).

L’apôtre légionnaire tel que je l’ai toujours rêvé est, pardonnez-moi l’expression, à l’opposé de la figure du religieux que certaine littérature a esquissé comme un sujet picaresque, qui vit agrippé à sa propre communauté, qui ne cherche pas à apporter, mais seulement à végéter, centré sur lui-même, paresseux et sans rayonnement spirituel. Peut-être garde-t-il encore, pour sauver les apparences, la chasteté externe mais, par contre, il se donne corps et âme aux plaisirs capitaux de la paresse, de l’avarice, ou reste victime de son envie, de son orgueil ou de sa colère sournoise. N’espérez pas trouver en de tels sujets quelque vibration apostolique, transparence d’éternité, car ils n’arrivent même pas à avoir de qualités humaines ; ce sont des êtres plats dans leur dimension spirituelle, frustrés, mutilés, monstrueux qui n’atteignent pas même un niveau élémentaire d’honnêteté humaine. (LNP 3 janvier 1976).

Je vois, Frère, que le Légionnaire ne peut être conçu autrement qu’en lutte constante, d’abord contre lui-même et ensuite en face de toutes les forces infernales qui veulent détruire le Règne de Jésus-Christ. Nous ne sommes pas là pour dormir et nous reposer maintenant et dans les temps à venir, où se joue et se jouera, de manière évidente et décisive, la lutte contre la sainte Église. Le monde ne nous comprend pas, ne soupçonne pas la mission que nous portons en nos mains et nous-mêmes nous n’arrivons pas à le voir en sa totalité, mais pourtant, le jour de triomphe arrivera ; nous devons toujours nous rappeler que ce triomphe est lié à notre réponse et à notre charité. (LNP 24 juin 1949).

Prions, en cette année sacerdotale, où le pauvre curé d'Ars, le plus "raté" des prêtres aux yeux du monde et du clergé de son époque, a été déclaré "patron de tous les prêtres de l'univers", pour que les Légionnaires du Christ s'émancipent de cette spiritualité aux antipodes de l'Evangile!