L’hagiographie du fondateur a été faite de son vivant. Les différents décrets des pères capitulaires insistaient lourdement sur la nécessité d’encourager, dans tous les centres légionnaires, une culture d’affection envers le père fondateur. Plusieurs films ont été réalisés sur la vie du père Maciel, des livres, des CD audios… on commençait déjà à raconter ses « fioretti ». On parlait de plusieurs miracles, de choses extraordinaires qui ne seraient révélées qu’après sa mort… il aurait eu des révélations privées, aurait lutté, comme le curé d’Ars, contre le démon, connaissait le jour de sa mort, etc.

Dès le début de la formation, on organisait des « académies », dans lesquelles on faisait des déclamations de textes du fondateur, on regardait quelques unes des vidéos sur sa vie (« La Cotija de Nuestro Padre »), on racontait des anecdotes sur sa mère dont le procès de béatification avait été ouvert… C’était un saint vivant, que l’on apprenait à vénérer. Nous ne célébrions pas nos anniversaires personnels, par contre, dans tous les centres légionnaires, on célébrait l’anniversaire du père Maciel, ainsi que l’anniversaire de son baptême, l’anniversaire de son ordination sacerdotale, etc. Il fallait en outre prier pour lui, de façon spéciale après la communion. On lui envoyait régulièrement un « ramillete espiritual », c'est-à-dire un bouquet spirituel qui se présentait sous la forme d’un très beau livret, dans lesquels étaient indiquées les promesses de prières, de communion, de chapelets, de visites eucharistiques… que les légionnaires s’engageaient à lui offrir.

On devait lui écrire régulièrement, généralement lors de la retraite mensuelle. Lorsqu’on avait la chance de recevoir une réponse, la tradition voulait qu’on lise sa lettre dans la chapelle, à genou devant le tabernacle.

Voici quelques extraits du premier chapitre général de la Légion du Christ, assez éclairant sur cette canonisation vivante du fondateur :

Actes du premier chapitre général de la Légion du Christ

469. Puisqu’il a été voulu par Dieu que la personne et la vie de Notre Père Fondateur ne peut pas être séparé de la vie et de la spiritualité de la Légion, nous, les père capitulaires, reconnaissons la nécessité de réunir avec précaution et de conserver tout matériel traitant de la personne, la vie, le travail et les paroles de Notre Fondateur. En vue de cette fin, nous décidons les choses suivantes :

470. Réunir dans les Archives Historiques Générales de la Légion du Christ ces documents et le matériel historique qui appartient à Nuestro Padre : lettres, documents signés, conférences, photographies, films et matériel audiovisuel, en procurant des fac-similés aux propriétaires actuels – centres ou personnes individuelles.

472. Réunir le matériel historique appartenant à la famille de Notre Fondateur, spécialement Mama Maurita (la mère de Marcial Maciel Degollado), l’instrument choisi par Dieu pour donner naissance à Nuestro Padre et pour préparer la terre dans laquelle sa vocation de chrétien, de prêtre et de Fondateur de la Légion du Christ pourrait germer.

473. Nous considérons que le temps est venu de vous informer que la Commission pour la Cause de la Béatification de Mama Maurita a été mise en place et que les informations sur les étapes du procès seront données en son temps. En attendant, les Père Capitulaires invitent nos frères légionnaires à intensifier leurs prières de façon à ce que Dieu puisse nous apporter la grâce de voir dans un futur pas trop éloigné Mama Mauria placée sur les autels, pour le bien de l’Eglise, de la Légion et du Mouvement.

Quand, à la fin de sa vie, le père Maciel a reçu l’indication du Vatican de se retirer et de mener une vie de prière et de pénitence – j’étais encore dans la Congrégation – on nous a bien fait comprendre que le père Maciel était absolument innocent des accusations qui avaient été portées contre lui. On nous disait que c’était un signe supplémentaire de sa sainteté : comme de nombreux saints, Dieu lui demandait en effet de porter sa croix jusqu’au bout. Il avait été un témoin du Christ toute sa vie, il était donc logique qu’il le soit jusqu’à son terme. Mais bien sûr, comme la vérité triomphe toujours, la vérité serait un jour dévoilée : à sa mort, il y aurait nécessairement de nombreux miracles ; les accusateurs seraient confondus, etc. A la fin, je finissais par sentir que le père Maciel – qui disait pourtant n’être qu’un simple instrument dans les mains de Dieu, mais ne dédaignait pas le culte qu’on lui vouait – prenait tellement d’importance, que l’Evangile devenait pratiquement secondaire par rapport à ses écrits. Ce qui était d’ailleurs déjà communément accepté, puisque les Constitutions de la Légion du Christ devenaient, pour le légionnaire, la voie actuelle de sa sanctification : en d’autres termes, sa façon originale de vivre l’Evangile. Pour illustrer la vénération des écrits du fondateur, je me permets de citer un extrait de la spiritualité, détaillant le rituel de vénération des Constitutions, le jour de la fête de l’Approbation Canonique de celles-ci (traduction personnelle d’après le texte anglais):

Principes et Normes de la Légion du Christ ; quatrième partie : les Traditions spécifiques légionnaires :

Fête de l’Approbation Canonique des Constitutions

692. Ce jour là, l’adoration eucharistique prendra place dans un esprit spécial d’action de grâce à Dieu notre Père pour le don des Constitutions. Nous demandons particulièrement la grâce de les connaître, les aimer et les vivre avec une fidélité incessante jusqu’à la mort comme un sentier de réparation et de fertilité apostolique pour le légionnaire.

693. Ce jour là : 1) L’ambon est placé à la droite du sanctuaire. Le cierge pascal allumé se trouve à droite de l’ambon et un bouquet de fleurs fraiches à sa gauche. 2) Avant l’exposition du Saint Sacrement, le livre des Constitutions est placé sur l’autel. 3) Le prêtre, qui expose le Saint Sacrement, fait une génuflexion, puis prend le livre des Constitutions depuis l’autel et le place sur l’ambon. Ensuite, il présente l’Eucharistie et l’encense, selon le rite prescrit. Après avoir encensé l’Eucharistie, il se relève et va encenser les Constitutions avec trois simples coups. Après avoir donné l’encensoir au servant, il embrasse les Constitutions, ainsi que les acolytes, puis se déplace au centre, fait une génuflexion et se retire. 4) De façon similaire, chaque légionnaire en achevant son adoration, fait une génuflexion devant l’Eucharistie, embrasse les constitutions et se retire.