A 5h15, le supérieur passait dans les cellules ou les chambres, en criant « Christ, notre Roi ! ». A ces mots, nous devions sauter du lit, d’un bond, sans nous délasser dans notre lit et courir à la douche. Jusqu’au soir, c’était la course : nous enchainions les prières du matin, la méditation, la messe, les repas en silence avec lecture, les services, les cours, le sport, les formations spirituelles, le chapelet, la direction spirituelle… Jusqu’aux prières du soir, nous n’avions pas un instant pour nous… et nous nous couchions vers 22h. Cela peut sembler fou, mais j’insiste sur ce point : le temps personnel n’existe plus dans la Légion : on n’a jamais un instant pour soi, jamais un moment pour penser « hors du cadre » !

Tout cela nous laissait environ 7h de sommeil, enfin, en théorie. Parce qu’on avait toujours un service à finir, ou un travail à faire… Il nous était parfois demandé de nous lever au « premier tour », à 4h45, pour préparer la chapelle ou le petit déjeuner. C’est un point important sur lequel j’aimerais insister : en plus de n’avoir jamais un seul moment de libre, nous avions très peu de temps pour nous reposer. Pendant toutes mes années à la Légion, j’ai souffert de ce manque de sommeil… A la fin, je ne dormais guère plus de 5h par nuit, ce qui me provoquait régulièrement des migraines et des douleurs au dos.

Les exercices spirituels suivaient également une dynamique intense (les légionnaires font une semaine d’exercice de Saint Ignace par an, en silence) : quatre méditations prêchées par jour, une conférence spirituelle, un examen de conscience par écrit (que l’on remet au supérieur), le ménage, le chemin de croix (quotidien également, et en rang !), les services, le chapelet… Pour vous dire la vérité, je n’ai jamais vraiment réussi à prier dans ce contexte tellement oppressant. Enfin, j’accorde qu’il s’agit peut-être là d’une opinion subjective.

On dit que l’on vit comme on pense, mais l’inverse est également vrai. Le rythme de vie dans la Légion du Christ était tellement intense qu’il finissait par créer en nous un sentiment oppressant d’urgence… comme si tout le salut du monde ne dépendait que de nous, de notre fidélité et de nos sacrifices.

Au petit séminaire, le rythme de vie est également intense, surtout chez les pré-candidats (les 15 – 18 ans). Même lors des temps de divertissement dans la salle de jeux, il leur est interdit de ne rien faire. Un ancien petit séminariste me confiait récemment combien ce contrôle absolu jusque dans les moindres moments de détente l’avait profondément terrorisé.