Comment fonctionne le recrutement à la Légion du Christ? la "captation"
Par Xavier le vendredi 4 décembre 2009, - La Légion du Christ dévoilée - Lien permanent
Un article écrit par un ancien membre de la
congrégation des légionnaires du Christ, qui décrit par le menu la méthodologie
utilisée pour obtenir de nouveaux membres.
Afin de stimuler davantage le zèle des recruteurs, la Légion du Christ utilise des techniques empruntées au monde de l’entreprise : ainsi, nous recevions au début de l’année des fichiers Excel, dans lesquels nous devions mettre nos objectifs pour l’année : nos objectifs vocationnels (majeurs et mineurs) et nos objectifs de recherche de fonds. Ces fichiers devaient être révisés tous les mois et envoyés à la Direction Générale. Lors des réunions d’apostolat, les recruteurs vocationnels devaient annoncer au Directeur Territorial (devant les autres) le nombre de vocations qu’ils espéraient faire entrer au petit séminaire et au noviciat. Je n’ai jamais été très à l’aise avec ces méthodes, notamment parce que la spiritualité légionnaire nous conduisait assez fortement à considérer que le succès de nos apostolats dépendait avant tout de notre fidélité, de notre prière et de nos sacrifices… bref, de notre sainteté personnelle.
Bien que l’intention soit bonne – je pense qu’il est bon de se soucier de la pastorale vocationnelle – les dérives étaient hélas donc assez fréquentes. Car le fait d’envoyer des religieux chercher des vocations, avec de tels moyens, les conduisaient à avoir une influence excessive dans la décision des jeunes dont ils s’occupaient.
Pour trouver des vocations, nous avions besoin de former des « sources » : la technique, en France, consistait à tirer profit du grand nombre de vacances scolaires pour organiser des camps. Nous en organisions à chaque période de vacances : camps d’été, camps d’anglais, pèlerinage à Rome, etc. Ces camps étaient d’abord des lieux d’évangélisation : Prière du matin, temps spi, messe, partage d’Evangile, chapelet, adoration… Généralement, les enfants semblaient assez heureux, grâce aux charismes des pères et des frères et aux activités sportives et ludiques que nous organisions.
La plupart des jeunes qui avaient participé aux camps devenait membre de l’ECYD, le mouvement des légionnaires pour les jeunes : ils prenaient des engagements spirituels et apostoliques. On les invitait ensuite à participer à des camps un peu plus particuliers : des « convivences » à l’Ecole Apostolique de Méry-sur-Marne. Quel bonheur, pour un jeune, de découvrir une école où l’on n’avait pas à rougir de sa foi, où les élèves étaient gentils… et où, surtout, on faisait du foot tous les jours !
Quelques jours avant ces « convivences », les élèves de l’Ecole Apostolique recevaient la consigne d’éviter de parler des normes disciplinaires (notamment concernant le rythme des visites aux familles) aux jeunes participants, « qui n’étaient pas en mesure de tout comprendre ». Là aussi, il me semble que c’est une faute morale assez grave : non seulement parce qu’on cachait la vérité aux nouveaux venus, mais parce qu’en plus, on justifiait le mensonge aux yeux des élèves.
Pendant ces séjours, nous devions repérer ceux qui avaient des « inquiétudes vocationnelles » et les suivre de façon plus intense en direction spirituelle.
Il est assez normal qu’un enfant, d’une famille catholique pratiquante, ressente le désir du sacerdoce. Ce désir peut venir de Dieu et être le premier signe d’un appel, mais il me semble qu’il s’agit le plus souvent d’une marque de générosité spirituelle, propre à l’enfance. C’est pourquoi je crois qu’il faut être très prudent et éviter d’aller trop vite. Le désir de devenir prêtre n’est pas toujours le signe d’une vocation sacerdotale.
J’ajouterais que la pastorale vocationnelle avait un caractère souvent culpabilisant. Ainsi, dans les homélies et les formations, on mettait en avant le fait que la réponse à l’appel de Dieu était une question de générosité. La question de la liberté dans le choix intervenait très peu.
Parallèlement à ce travail, il fallait « cultiver » les familles, afin de les préparer et les aider à être généreuses en donnant leur enfant à Dieu. Là aussi, je crois qu’il y avait souvent un discours culpabilisant, qui faussait la liberté du choix des parents.
Bien entendu, il y avait aussi de très belles choses dans l’apostolat des vocations. Il m’est arrivé plusieurs fois de voir naître des vocations et d’être le témoin du miracle de l’appel de Dieu.
Mais néanmoins, je me suis rendu compte qu’à long terme, le travail que nous faisions conduisait à des impasses : nos imprudences provoquaient tellement de dégâts que les portes des familles et des diocèses se fermaient les unes après les autres. Le travail vocationnel était souvent contreproductif. A force de forcer la main à tout le monde, nous finissions par nous faire une quantité impressionnante d’ennemis… J’ai reçu personnellement de nombreux témoignages de jeunes et de familles qui ont été très choqués, voire blessés, par ces procédés.
Commentaires
Remarquer le vocabulaire typique : générosité, captation, prudence (dès que le LC ressent un danger de contestation), formation (en clair lavage de cerveau raffiné avec l'adhésion du sujet-victime durant 12 à 14 années...) ..
A compléter
Quand on entend le témoignage de prêtres unifiés, authentiquement engagés dans une voie spirituelle de sainteté comme celle de Jésus, on remarque par ex. qu'adolescents ils furent parfois en contact avec une personnalité rayonnante dont toute perversion, tout dédoublement était absent qui leur fit découvrir dans une gratuité totale la profondeur de l'amour divin; ils désirèrent alors d'eux-mêmes s'engager.
Quand on entend le témoignage de prêtres unifiés, authentiquement engagés dans une voie spirituelle de sainteté comme celle de Jésus, on remarque par ex. qu'adolescents ils furent parfois en contact avec une personnalité rayonnante dont toute perversion, tout dédoublement était absent qui leur fit découvrir dans une gratuité totale la profondeur de l'amour divin; ils désirèrent alors d'eux-mêmes s'engager.
j'ai été proche (je le suis toujours) de la cté des béatitudes.
il y a tjs eu des choses qui me gênaient dans cette cté, et j'ai tjs estimé avoir le droit de poser & me poser des questions, de garder une réserve par rapport à certaines choses.
j'observe qu'avec les fondateurs, le 'pères', les gourous, etc., le problème... ce sont les disciples.
pourquoi aliènent-ils leur bon sens, leur jugement, à quel besoin ce comportement infantile correspond-il?
des problèmes, il y en a partout, dans les familles, dans les entreprises, dans toute la vie sociale: on les voit, on les règle.
au lieu de quoi, dans la sphère religieuse, je vois des disciples nier les problèmes, ne rien régler, puis brûler des idoles (qui ne demandaient peut-être pas à l'être?)
et au pire même, repartir en quête d'un autre lieu où il seraient pris en charge (et qui ne peut exister.)
bien des fois, je l'ai constaté, les victimes ne sont pas seulement consentantes! elles sont demandeuses!
se victimiser et parler de 'manipulation', c'est encore et tjs la même démarche... irresponsable de a à z.
Chère "têtedelinotte", je vous remercie pour ce commentaire, et je me permets de vous répondre, car il me semble important. Pour dire la vérité, je partage tout à fait votre analyse, mais je n'arrive pas aux mêmes conclusions.
Certes, et je l'ai souvent remarqué, les esclaves aiment leurs chaînes. Ce que nous voyons dans la congrégation aujourd'hui (et qui apparait dans bien d'autres contextes, au cours de l'histoire) manifeste combien l'esprit humain est complexe, et qu'il est capable, en s'appuyant sur des ressorts psychologiques enfouis très profondément dans son inconscient, de mouvements d'auto-conviction, contraires à sa volonté propre. Autrement dit, qu'il lui arrive de trouver appréciable, ce que sa raison devrait naturellement réprouver.
Cependant, dans le cas précis de la congrégation, il y a des éléments que vous oubliez. Je vous en citerez deux:
- le premier, c'est qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème lié à un "gourou", mais à une institution dont le champ d'action s'est implanté au coeur de l'Eglise Catholique. C'est une congrégation de Droit Pontifical, qui a reçu toutes les approbations des autorités ecclésiastiques (y compris des derniers Papes), et qui a même été mise en avant comme un modèle à suivre. Ce que je veux dire, c'est que la congrégation des Légionnaires du Christ bénéficie de toute les bénédictions de l'Eglise, et que c'est précisément là que se trouve le problème, car les Légionnaires ne se privent pas de ce soutien d'autorité pour leur recrutement. En ce sens, beaucoup d'anciens légionnaires, comme moi, avons le sentiment que l'Eglise nous a, d'une certaine façon, "trahi". La plupart des témoignages se rejoignent: nous avons vécu 2, 5 ou 10 ans dans la congrégation... et nous avons vu et exercé une méthodologie étrange, qui nous mettait mal à l'aise, qui semblait confondre l'apostolat avec la séduction, qui nous poussait à justifier certains moyens à cause de la fin, etc. Et tous, nous ressentions dans notre for intérieur des doutes... que nous ne pouvions pas formuler sans faire l'objet de réprimandes, parfois violentes, de nous entendre dire que nos insinuations venaient de notre orgueil et même du diable, que si nous remettions en cause la méthodologie légionnaire, cela voulait dire que nous n'aimions pas le Christ et l'Eglise, etc. Ou pire, que nous osions remettre en cause le jugement de l'Eglise... que nous nous opposions au Pape. Notre foi catholique comporte, vous le savez, une adhésion à l'Eglise et au Pape. Il n'a pas toujours été facile de nous situer, entre notre fidélité au Pape, que nous maintenons, et ce que notre raison réprimandait.
- Le deuxième point qui, je crois, mérite réflexion, c'est le fait que la Légion associe deux choses que la prudence aurait tendance à séparer: la promotion vocationnelle intensive (et exercée en particulier sur des mineurs) et une discipline religieuse extrêmement dure. Rien n'interdit à une congrégation de faire de la promotion vocationnelle. C'est même, dans une certaine mesure, un signe de santé et de vitalité. Rien n'interdit à une congrégation religieuse d'avoir des engagements de vie austère et exigent. LE PROBLEME, C'EST QUAND LES DEUX VONT ENSEMBLE. Car entre les deux, il y a la liberté humaine. Vous ne pouvez pas juger les "victimes" aussi facilement quand vous parler de personnes qui sont entrées à 11 ou 12 ans, et n'ont eu, comme point de repère dans leur formation intellectuelle et spirituelle, que l'expérience d'une vie légionnaire, sans lien avec le monde, etc. Leur liberté a été tronquée, en même temps que leur conscience.
Merci beaucoup pour ces réflexions bienveillantes et néanmoins sans concessions. Mon fils de 13 ans a été ravi d'un camp d'été, mais j'ai refusé qu'il prenne un quelconque engagement dans l'enthousiasme d'une fin de camp... Ensuite il a bien voulu continuer à aller à des week-ends pendant l'année à la condition expresse qu'on n'exige pas de lui d'engagements, et j'ai accepté. Mon mari trouvait qu'il ne fallait pas le laisser faire les choses à moitié... Votre témoignage vient mettre fin à nos discussions familiales : la réticence de notre fils vis-à-vis du système pouvait être légitime, même s'il aime beaucoup les Pères !
Je post ici mon com indépendament de l'article
Aujourd'hui je reçois famille chrétienne, j'y découvre un article sur la légion et ce blog.
Lors de la lecture de cet article je me suis mis à pleuré, aprés 5 ans dans le même univers et le voir séfondrer devant la réalité sa fait mal !!
Mais tout ceci est vraie j'en témoigne
comme toi Xavier en quittant la légion (ce qui m'a pris 2 ans a cause des doutes et incertitudes ) j'ai eu l'impréssionde trahir mais le fait que d'autres élèves partent m'a aidé.
Raconter ces 5 années me serai impossible j'ai beaucoup trop de bon souvenir de moments de bonheur qui viennent d'être noirci.
Un des biens qui me reste et qui j'espère va durer sont les amitiés vraies et sincères qui se sont crées.
Merci pour ce blog