Comment se fait le discernement dans la Légion ? C'est simple, il n'y en a pas!
Par Xavier le jeudi 3 décembre 2009, - La Légion du Christ dévoilée - Lien permanent
Il y a une idée omniprésente dans les prédications, les homélies, les retraites, les lectures à table : une idée diffusée en permanence, parfois de façon très subtile, et qui contraint la volonté, plus qu’elle ne l’attire. Cette idée pourrait se résumer de cette façon :
« L’avenir de l’Eglise dépend de toi, de ta générosité, de la réponse que tu donneras à l’appel de Dieu. Si tu renonces, tu seras triste comme le jeune homme riche, car tu n’auras pas pu accomplir ce que Dieu attend de toi. Alors, il ne te restera que tes yeux pour pleurer et pour invoquer la miséricorde de Dieu au soir de ta vie.
De même que le Christ n’avait pas prévu de plan de secours au cas où Pierre et les autres disciples échoueraient, de même le Christ a absolument besoin de toi pour réaliser son plan à travers la Légion du Christ. Mais si tu es persévérant, fidèle jusqu’au bout, prêt à mourir dans les tranchées pour le Christ, alors ta récompense sera grande au ciel.»
On nous apprenait que « la vocation n’est pas une matière négociable ». Afin de s’identifier tout de suite à notre mission, nous recevions notre soutane dès notre entrée au séminaire, à peine dix jours après notre arrivée au noviciat. Il n’était jamais question de « discernement », mais de « persévérance finale »… A Légion, vous êtes libre de dire « oui » !
Voici un extrait des actes du Second Chapitre général de la Légion du Christ (traduction personnelle de l’anglais) :
476. Dans nos réflexions dans la salle du Chapitre, à propos de ce que Nuestro Padre nous a enseigné à maintes reprises sur la persévérance dans la vocation, nous croyons utile de noter les choses suivantes : Avant tout, nous devons garder dans l’esprit que la persévérance est un don de Dieu quotidien, que nous avons à lui demander. C’est Lui qui commence son travail en nous et c’est Lui qui porte d’abord cette charge. La persévérance dans la vocation requiert aussi la coopération de l’homme libre qui est appelé. Cette coopération a le soutien de supérieurs et celui de la communauté, qui sans la remplacer l’accompagne dans sa fidélité à Dieu. C’est donc le légionnaire qui a l’inébranlable responsabilité de répondre à l’appel de Dieu. Il répond à Dieu, en faisant raisonner son invitation dans le sanctuaire inviolable de sa propre conscience. Il peut l’accepter ou la refuser, mais ne peut pas faire que Dieu ne l’ait pas appelé ou demander d’être remplacé en réponse. (…) La persévérance est le résultat d’avoir développé un plan de vie et un choix personnel par Jésus Christ et se garder avec décision de se permettre de contempler la possibilité de regarder en arrière. C’est ce que nous avons entendu de nombreuses fois de la bouche de Nuestro Padre : « La vocation n’est pas une matière négociable ».
Parmi les examens pratiques (des examens de conscience que nous devions faire par écrit et remettre à notre supérieur), il y en avait un sur la vocation, où l’on pouvait lire ce genre de questions :
- Est-ce que je demande à Dieu, avec humilité et confiance, qu’il m’accorde la grâce de persévérer jusqu’à ma mort à cette vocation ?
- Ai-je eu des moments de crise dans ma vocation ? Sont-elles fréquentes ?
- En suis-je venu à dire que je n’avais pas la vocation ? Ai-je consentis à ces pensées ?
Le discernement est déjà un péché à la Légion!!
Il y avait également les « moyens de persévérance » qui devaient nous aider à rester fidèles aux exigences de notre engagement religieux : ainsi, par exemple, nous ne pouvions jamais sortir seuls, même pour faire une petite course : il fallait toujours être accompagné par un autre légionnaire. Nous ne devions jamais regarder la télévision, lire les journaux ou écouter la radio, bien entendu… même lorsque nous rendions visite à des gens ou à notre famille.
De même, on nous demandait de ne pas parler de ceux qui quittaient la Légion. « C’est le mystère de la vocation ». Il fallait « admirer leur décision » et « prier pour eux ». Généralement, on découvrait que l’un d’entre nous avait quitté la Congrégation au retour d’une journée de promenade. On trouvait alors son bureau et sa cellule vide… Personne, ni même le supérieur, n’annonçait ce départ.
Tout cela conduisait naturellement à culpabiliser celui qui se posait encore des questions, ou qui, sentant l’appel de Dieu – comme je l’étais – se sentait toujours très mal à l’aise avec une telle discipline de vie et de tels moyens d’apostolat. Encore une fois, tout cela était accentué par le fait que nous ne devions pas parler de cela entre nous, mais seulement avec notre supérieur… qui, bien sûr, tout en voulant notre bien, devait nous aider à rester fidèle à notre vocation légionnaire.
Ainsi, ceux qui auraient aimé réfléchir ou souffler un peu étaient subtilement culpabilisés. Je me souviens particulièrement d’une conférence du père Maciel, au cours de laquelle ce dernier s’en était pris avec des paroles très dures contre un frère qui lui avait fait part, dans un billet, de ses doutes vocationnels. Devant plus de deux cents religieux, dont la moitié de novices, le père Maciel avait lu le mot de ce frère (sans le nommer), puis poussant un soupir, avait dénoncé l’incohérence de ce malheureux frère. Je me souviens qu’à un certain moment, il s’était même exclamé, en fureur : « Mais qu’il parte, ce frère ! Moi, je l’ai toujours dit : les portes de la Légion sont toujours ouvertes ! ». Ces paroles raisonnent encore en moi avec effroi… Qui aurait eu le courage, après une telle malédiction, de quitter le navire ?
Mais pouvions-nous seulement le quitter ce navire ? Après avoir donné notre témoignage vocationnel un peu partout et après avoir demandé à nos parents et à tous nos proches de l’argent pour aider la congrégation… Comment oserions-nous renoncer ? Notre photo n’était-elle pas parue sur le site internet de la Légion du Christ avec un témoignage émouvant : « Dieu m’a saisi ! », « J’ai compris que Dieu m’appelait ! »… ? En fait, je crois que le fait de donner trop vite notre témoignage n’était pas une bonne chose, car cela nous obligeait à étaler en plein jour des éléments très personnels. Voulant faire le bien, nous en disions plus que nous ne pensions réellement, mais ce faisant, on s’engageait envers tous ceux qui nous connaissaient, admiraient notre choix et priaient pour nous.
Et puis, plus le temps passait, plus il était difficile de penser à quitter la Légion… après cinq, dix ou quinze ans passés dans la congrégation, souvent à l’étranger, les relations avec notre famille étaient devenues tellement faibles… qu’il était pratiquement impossible de rentrer chez nous. J’ai trouvé ce témoignage très dur chez de nombreux ex-légionnaires : « Quand je me suis retrouvé dans ma famille, que je n’avais pas vu depuis tant d’années, je me suis senti comme un étranger parmi les miens ».
Le jour où j’ai quitté la Légion, j’ai dû moi-même porter l’opprobre de la trahison. Il n’y a pas de mot pour décrire le sentiment d’angoisse que l’on ressent quand on quitte le centre, emmené par un supérieur qui nous offre un sourire compatissant et forcé. Je tremble encore quand je pense à ce souvenir atroce… Lorsque je suis monté dans l’avion, je tremblais, prenant ma tête dans les mains en me répétant « Qu’est-ce que j’ai fait ? Mon Dieu ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je vous ai trahi ? Vais-je me damner ?». Ce sentiment de trahison, je l’ai également retrouvé dans de nombreux témoignages d’anciens légionnaires.
Mon supérieur de l’époque avait tout fait pour m’empêcher de prendre la décision de sortir, mais le jour où j’ai pris fermement cette décision, il m’a affirmé, comme si c’était une évidence, qu’en fait, je n’avais pas la vocation du tout, qu’il fallait que je refasse ma vie, que je me marie et que je continue quelques apostolats avec le mouvement (sic).
Bien que dans une moindre mesure, il me semble important de préciser que les élèves du petit séminaire étaient – et sont encore – l’objet de pressions morales similaires. J’ai relu récemment la prière de consécration des élèves de l’Ecole Apostolique de Méry-sur-Marne. Dedans, on pouvait lire cela :
« Accorde-nous la grâce de la persévérance finale à notre vocation légionnaire de cofondateur, pour collaborer avec tous les légionnaires dans cet œuvre providentiel et à être ainsi de plus en plus conscientes que la Légion est dans nos mains ». (Je laisse les fautes d’orthographe volontairement).
Personnellement, je pense que faire dire à des gamins une telle chose est une faute grave. C’est de la manipulation, ni plus ni moins. Et cette manipulation est d’autant plus grave que les enfants sont jeunes, malléables à merci et n’ont pas de recul ni de discernement. Parfois je me demande même si cette prière était vraiment adressée à Marie, ou n’était pas plutôt un moyen de faire adhérer les jeunes qui la prononçaient à leur vocation.
Quelques mois après avoir quitté la Légion du Christ, j’ai voulu rencontrer un jeune de 15 ans que j’avais fait entrer à l’école apostolique. D’après sa mère, il était devenu anorexique. Il me fallait donc me rendre au petit séminaire. Par précaution, j’ai fait la demande au supérieur, qui m’a évidemment expliqué qu’il était trop tôt, que ma visite risquait de semer le trouble chez les élèves qui m’avaient connu en religieux…
Commentaires
"C'est simple, il n'y a pas de discernement de vocation à la LC", OUI, c'est stupéfiant mais beaucoup de signes le confirment : les enfants ou les LC qui sortent le disent, ils sortent après 7, 8, 10 ans et beaucoup plus .
Et quand ils sont déjà prêtres on ose s'autoriser la question : certains ont-ils été conditionnés, manipulés, forcés jusqu'au bout ? quand on lit que Glenn Favreau, par exemple, devenu depuis un brillant avocat aux USA a quitté après le diaconat à la veille de son ordination ... Tous ces cas qui semblent en fait exceptionnels finissent par s'accumuler et interroger le bon sens ...
Eleazar
Cher Xavier,
Un peu exagéré non? Je t'avais croisé à un retraite de Noël à Rome (je l'ai faite 6 années de suite), tu étais donc postulant depuis plus de dix jours, et sans soutane. Rétablissons la VERITE qui nous rendra libre. Le scandale n'amène pas la paix du cœur.
Guillaume
Moi, je suis bien d'accord avec vous, Guillaume. Les scandales... oh la la, il faut toujours les éviter! C'est ma règle de vie: toujours s'en laver les mains!
Je suis tout à fait disposé, cher ami, à rétablir la vérité. Commençons peut-être par l'imprecision de votre commentaire: j'ai fait mon postulat au mois d'août 1999, à Lourdes... ce qui rend notre rencontre "de Noël" au cours de mon postulat assez peu probable.
Je me suis cependant rendu effectivement à Rome, à Noël 1999. J'étais à ce moment "novice", et en tant que novice, je portais la soutane à l'intérieur des centres légionnaires. Quand nous sortions à l'extérieur, si ce n'était pas pour nous rendre au Vatican, nous étions en costume-cravatte noir.
Donc???
"Si le scandale vient de la vérité, il faut supporter le scandale plutôt qu'abandonner la vérité"
Saint Grégoire le Grand (Sermon VII sur Ezéchias)
Xavier, (et tous les autres),
En tant qu'ancien légionnaire, je me permets de réagir. L'histoire de chacun est, par définition, unique. Je ne minimise pas ce que toi ou d'autres ont pu vivre au sein de la Légion ou du RC. Je ne minimise pas non plus les écarts de conduite. Mais la Légion n'est pas une personne (le p Maciel ou un autre supérieur), mais un ensemble de personnes, comme n'importe quelle entreprise. Si un responsable de service dans une entreprise est irresponsable, caractériel, irrespectueux, etc., cela ne veut pas dire que toute l'entreprise doit déposer le bilan!
Je me permets donc de réagir, car en lisant les différents "articles", on peut noter de nombreuses incohérences. Un simple commentaire ne suffirait pas à argumenter mes réponses. Je ne ferai que ceux-ci:
- le discernement dépend de chacun. J'ai passé 6 ans de ma vie chez les légionnaires (4 à Méry sur Marne et 2 au noviciat). Je n'ai jamais été aussi libre! lorsque j'ai pris la décision de sortir (1 mois avant les premiers voeux), c'était une décision libre, que j'aurai pu prendre beaucoup plus tôt. Si nous faisons le parallèle avec une vie laïque, la question du discernement précédent le mariage est exactement la même (et je parle en connaissance, étant désormais marié). la démarche est la même, et la réponse de chacun ne dépend pas de ce que peuvent dire les autres (ou pas seulement), mais surtout de la disposition de chacun à se poser les bonnes questions, y répondre objectivement et prendre les décisions qui s'en suivent.
- D'autre part, je ne crois pas que tu sois passé par Méry-sur-marne en tant qu'élève, et cela se voit. Les consécrations à Marie, par exemple, ne sont pas imposées aux élèves, mais rédigées par eux-mêmes. Il n'y a donc là aucune manipulation. Tu es libre de te consacrer avec les mots et les prières que tu fais toi-même...!
- Enfin, je me permets de te citer: "En fait, je crois que le fait de donner trop vite notre témoignage n’était pas une bonne chose, car cela nous obligeait à étaler en plein jour des éléments très personnels". N'est-ce pas ce que tu fais encore aujourd'hui, mais dans la partie adverse? Témoigner aux personnes qui ont les compétences pour analyser, guider, agir est une action noble, et un devoir d'état (à mon sens). Etaler ses idées en les généralisant, ce qui les rend donc fausses (et je suis disposé à en parler avec toi pour te démontrer cela) n'est pas la bonne façon de faire, encore moins sur Internet, outil incontrolable et mondial, ou la moindre étincelle fait exploser le baril de poudre.
En union de prière pour que l'Amour du Christ (et la charité chrétienne) nous innonde et nous permettre d'agir pour Lui et non pour nous-même!
Cher Xavier,
si à la Noël 1999 tu étais novice, tu ne portais pas ta soutane, ni à l'extérieur, ni même à l'intérieur. Je me rappelle avec précision ce moment car tu étais le premier français que je connaissais à entrer à la légion. (même si je suis mayennais comme le P Julien, je ne le connaissais pas avant) Le fait que tu ne porte donc pas la soutane m'avais justement frappé, tout comme le fait que nous ne pouvions pas passer trop de temps avec toi. Notre rencontre (toi et le groupe) s'est déroulé dans la salle à manger. Le fait que tu ne portes pas la soutane à ce moment est-il explicable? Je n'en sais rien, mais ce détail m'avait frappé je le répète, et à l'époque j'étais un jeune garçon donc loin des polémiques d'aujourd'hui.
@ Ponce Pilate: Franchement, faire un scandale ne me pose aucun problème, par contre je ne laisserai pas dire n'importe quoi. Et Dieu sait si je suis critique sur le LC. Cela n'a rien à voir: si on se veux le pourfendeur d'une cause, on doit dire la stricte vérité et non pas de l'exagération.
Guillaume,
"Un peu exagéré non?"
"Rétablissons la VERITE qui nous rendra libre."
"je ne laisserai pas dire n'importe quoi"
"si on se veux le pourfendeur d'une cause, on doit dire la stricte vérité et non pas de l'exagération"
je ne cherche pas la polémique. Très bien, lorsque vous m'avez rencontré à Rome, je ne portais pas la soutane "à ce moment là", pour une raison ou une autre.
Je me permets de vous citer les Constitutions de la Légion du Christ:
36- El Noviciado empieza con la entrega del uniforme según el Ritual de la Congregación. (Le Noviciat commence par la remise de l'uniforme, selon le Rituel de la Congrégation)
Je vous prie, par la suite, d'éviter de porter des accusations sans avoir pris le soin de vérifier vos informations (auprès de n'importe quel légionnaire ou ancien légionnaire).