Comment la Légion détruit la personnalité propre de ses membres? "l'intégration"
Par Xavier le mercredi 2 décembre 2009, - La Légion du Christ dévoilée - Lien permanent
Une fois
entré dans la Congrégation, tout le système de formation est basé sur
« l’intégration » : il faut apprendre à renoncer à nos désirs et nos
critères pour embrasser, dans la foi, ceux de la Congrégation. Cette idée
d’intégration était d’ailleurs exaltée comme l’acte suprême de la vie
religieuse : le plus beau don que nous pouvions faire à Dieu, c’était de
mourir à nous-mêmes, de renoncer par amour à l’usage de notre liberté.
Concrètement, l’intégration se faisait essentiellement pendant les deux années de noviciat : là, nous recevions à haute dose des formations sur les principes légionnaires. Tout était codifié : depuis la façon de manger des spaghettis (on n’avait pas le droit de les enrouler autour de sa fourchette) ou les frites (qu’on n’avait pas le droit de piquer avec sa fourchette !), de monter des marches d’escalier (une par une), de se coiffer ou de s’asseoir à table (par la gauche ; on se lève par la droite ; et quand on est assis, on n’a pas le droit de croiser les jambes !).
Dans le livre des Normes d’urbanité, que l’on étudiait régulièrement et auquel on nous demandait de conformer notre vie de façon inconditionnelle, se trouve 333 paragraphes : chaque paragraphe règlementant jusque dans les détails les plus infimes les bonnes manières légionnaires. On y trouve des règles détaillant la façon de se tenir pendant la prière, la façon de rire, de converser avec des frères légionnaires ou avec des étrangers, des indications sur la façon de manger des fruits (même pour manger des clémentines, il nous était interdit d’utiliser les mains !), le poisson, la viande, le pain, les légumes, le poulet, la soupe, etc.
Pendant le noviciat, on avait, parmi les distributions de la journée, la « prière vespertine », qui consistait à lire les lettres du fondateur (une douzaine de gros volumes), l’étude des Constitutions (que nous devions apprendre par cœur) et le cours d’ « explication des normes » par le supérieur. Il y avait également une fois par semaine un cours de savoir-vivre. Afin de nous aider à prendre au sérieux notre intégration, nous devions établir un « Programme de Réforme de Vie », au cours de nos exercices spirituels : sur ce programme, nous devions inscrire un idéal, une devise, nos défauts les plus importants et les résolutions concrètes que nous prenions pour l’année. Ce programme était complété par un autre : celui de « formation humaine », où de nouveau nous prenions des résolutions, etc. A cela, il faut ajouter encore un programme, avec d’autres résolutions : le programme d’équipe.
Je précise que tous ces moyens étaient sans doute bons en soi, mais tellement idéologisés, mécaniques et obligatoires… qu’ils devenaient vraiment étouffants.
Notre « intégration » était l’objet des entretiens hebdomadaires que nous avions avec notre directeur spirituel. Notre « assistant », qui était notre supérieur immédiat, s’occupait de notre « formation humaine ». Nous avions un entretien avec lui toutes les deux semaines.
Pour nous aider à nous intégrer, nous avions également les examens de conscience. Il y en avait quatre par jour et chacun durait entre 5 et 10 mn :
- le matin, juste avant le début de la méditation : il s’agissait de réviser nos engagements
- à la fin de la méditation, pour « examiner » notre méditation
- avant l’angélus de midi, pour examiner notre conduite au cours de la matinée
- pendant les prières du soir, pour examiner notre conduite au cours de l’après-midi et, éventuellement, nous confesser (une fois par semaine)
Le dimanche, ainsi que pendant les Exercices Spirituels, nous faisions également un « examen pratique », qui durait une demi-heure et que nous devions remettre ensuite à notre supérieur : il s’agissait d’une série de questions, relatives à des thèmes différents, afin de nous aider à progresser dans notre vie spirituelle ainsi que dans notre intégration à l’idéal de vie légionnaire.
Au début, je pensais que mon dégoût pour ces examens pratiques signifiait que j’étais trop orgueilleux pour me remettre en cause. Alors je finissais par l’accepter, comme tous les autres. Aujourd’hui, j’ai compris que mon dégoût provenait surtout de l’aspect culpabilisant et intrusif de ces derniers.
Parmi les multitudes de questions que l’on trouve dans les examens pratiques, en voici quelques unes qui me semblent assez symptomatiques :
- Est-ce que j'aime la Légion comme la Mère qui m'a tout donné?
- Suis-je enthousiaste des méthodes de formation et d'apostolat de la Légion? Est-ce que je pense qu'ils me vont bien? Est-ce que je pense qu'ils répondent aux besoins des âmes et aux critères et aux besoins de l'Église?
- Me suis-je identifié avec cet esprit? Ai-je assimilé sa mystique? Puis-je dire que je pense comme la Légion, que j'aime comme elle, que je sens comme elle? Est-ce que je sens responsable des plans de Dieu pour elle?
- Est-ce que je réalise qu’une seule grâce, acceptée ou rejetée, peut déterminer mon salut ou ma damnation ?
- Ai-je fait une résolution de ne jamais refuser Dieu dans aucune chose ?
- Suis-je résolu de toujours Lui plaire en tout ?
- Est-ce que la devise « La vie d’un Légionnaire est une vie de douleur » a des conséquences pratiques dans ma vie?
- Est-ce qu’elle me donne un idéal, mais seulement dans les mots, et rien de plus ?
- Est-ce qu’elle me fait reculer et douter ma vocation ?
- Est-ce que je pense que la mortification est seulement une partie négative de ma vocation sacerdotale, ou comme l’un des plus effectifs moyens pour montrer mon amour pour le Christ, pour la Légion et pour les hommes ?
Enfin, il y avait aussi les bilans d’équipe, où l’on se faisait, les uns aux autres, des corrections fraternelles. Une ou deux fois par mois, nous nous retrouvions par équipe, et, en s’appuyant sur des textes officiels de la congrégation (Constitutions, Principes et Normes, Normes d’urbanité), on se faisait des « apportations mutuelles » afin de s’entraider à corriger nos défauts. En théorie, je crois que cela pouvait être effectivement un bon moyen pour se remettre en cause et pour progresser, mais la vérité, c’est que le fait d’institutionnaliser une telle chose ne faisait qu’accentuer le contrôle que nous avions les uns sur les autres. Cela avait parfois tendance à créer des tensions entre certains frères. Et puis, il faut bien avouer que c’est très humiliant d’être corrigé en public, sans avoir le droit de réagir (il fallait sourire et remercier calmement le frère pour son apportation, même si celle-ci était fausse…). J’ajoute, bien sûr, que nous n’avions pas le droit de faire des apportations aux supérieurs.
Commentaires
Personnellement, je ne suis pas convaincu par l'article car toute personne, nouvelle venue dans un groupe, communauté mais aussi entreprise etc....doit nécessairement embrasser de nouvelles manières d'être, de se comporter, d'agir et renoncer donc à ce qui constituaient ses anciennes habitudes. Le renoncement au moi constitue le passage obligé de la vie de l'enfance à la vie adulte avant même de parler de chemin de sainteté. Le renoncement à soi même est une qualité spirituelle et une condition de progrès dans la vie spirituelle. Chaque jour le chrétien est appelé à se détacher de son propre ego (à ne pas confondre avec la personnalité) et c'est nécessaire pour être saint et à fortiori pour être heureux. Ce renoncement à soi est évoqué par jésus lui même "qu'il renonce à lui même, prenne sa croix et me suive"
L'engagement que ce soit dans le sacerdoce ou le mariage ne peut être assimilé à une satisfaction de soi mais un don, ou un sacrifice si l'on veut, pour plus grand que soi. Je me doute que vous savez tout cela mais je crois que c'est important de le rappeler
Ensuite vous énoncez de nombreux préceptes qui certes peuvent paraître artificiels et très lourd à supporter. Pourtant la manière de se vêtir, de manger, de se coiffer, de discuter, bref le comportement est le reflet de l'intériorité et ne peut être réduit à une pure extériorité. J'ai toujours trouvé que le légionnaire avait un style, de l'élégance pour ne pas dire une certaine classe et pour moi ce n'est pas superficiel ou mondain mais le résultat d'une recherche de l'excellence qui se manifeste dans tous les domaines. Je trouve cela très bien. "Soyez parfait" nous dit le christ ce qui ne nous empêche pas de se reconnaitre misérable pécheur. Ensuite ce n'est pas parce que chaque légionnaire est formé sur le même moule : manière de manger, de se vêtir, de se coiffer, de se présenter, que cela altère sa personnalité.
Je voudrai terminer par une remarque sur le mot "légionnaire." Quelqu'un qui s'engage comme légionnaire ne peut ignorer l'aspect combatif, radical, volontaire, quasi militaire avec ce que cela signifie comme courage, abnégation, soumission à l'autorité, efforts....de la spiritualité. Je comprends aisément que cela attire de nombreux garçons qui cherche à s'affirmer et combattre pour un idéal. Les légionnaires par leur ardeur m'ont toujours fait pensé aux jésuites et à leur fondateur St ignace de Loyola. St ignace est réputé pour être un maitre spirituel; fondateur de méthodes et de retraites de discernement. Les examens de consciences sont des éléments fondamentaux de sa spiritualité et ressemble aux exercices pratiques que vous évoquez. Ce sont des moyens de progrès spirituels avérés et je vois pas en quoi ils sont culpabilisant. Qui culpabilise qui ? Je ne vois pas en quoi répondre non à la question est ce que j'aime la légion comme ma mère ? ou est ce que je pense comme la légion ? serait culpabilisant. Non serait certainement la réponse d'une personne lucide, qui se sait pécheresse, imparfaite, en cheminement, et il n'y a pas de quoi se culpabiliser. Si la personne se culpabilise, cela vient d'elle, elle se juge et condamne elle même. Je ne vois pas en quoi stimuler un jeune à éprouver certaine sentiments, désirs, aspirations et reconnaitre ses manques dans un discernement est culpabilisant. A contrario cela peut être libérateur.
Evidement si le directeur spirituel culpabilise l'enfant en lui disant "tu es nul", tu es paresseux, tu es orgueilleux alors c'est autre chose mais est ce vraiment cela ? N'est-ce pas plutôt dans la tête du jeune que cela se passe ?
En plus ces exercices constituent quand même un discernement, il me parait donc excessif de dire qu'il n'y a pas de discernement comme je l'ai lu dans un autre article
Peut-être ce que je dis ne sera pas bien perçu par une personne qui a mal vécu son intégration mais ne faut il pas relativiser surtout dans cette période de débat passionné. Attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Si il est bon que la vérité émerge souvenons-nous bien que personne ne peut faire de son expérience personnelle un jugement absolu sur la légion et que c'est à la charité que l'on nous reconnaitra pour les disciples de Jésus.
Merci Ludo pour ces remarques très justes.
C'est vrai que, au premier abord, tous les prêtres légionnaires ont l'air d'être des "clones", mais quand on les connait un peu plus, on découvre des personnalités très différentes et originales, très riches et équilibrées (en tout cas pour ceux que je connais). Leur formation, loin de les avoir détruits, leur a permis, par ce travail exigeant sur eux-mêmes, de donner le meilleur d'eux-mêmes.
Notre fils vient de terminer son noviciat. C'est en effet une période très exigente, comme dans toute congrégation religieuse. Mais ce qui m'a toujours touchée c'est la souplesse, le respect de la liberté intérieure de chaque novice et la charité qui entoure toutes ces normes.