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mercredi 12 janvier 2011

George Weigel et le blanchiment de l'histoire

weigel_dec30.jpgPar Jason Berry

NDT. Voici la seconde partie de l'article de Jason Berry, dans lequel il s'attaque aux raisons qui, du côté du Vatican, ont permis à Maciel et à d'autres de prospérer en toute impunité. Cet article ne reflète pas forcément les opinions des personnes investies dans ce blog, mais a l'avantage de soulever un certain nombre de questions. Dans cette seconde partie, Jason Berry dénonce l'attitude paradoxale de George Weigel, le grand biographe de Jean-Paul II, lequel est devenu très critique vis-à-vis des évêques qu'il accuse d'avoir manqué à leur devoir, dans le traitement des affaires de pédophilie... et pourtant, apparait comme l'un des artisans de l'omerta sur ces questions pendant des années... Vous pouvez lire la version originale en langue anglaise de cet article sur le site du National Catholic Reporter

Analyse

George Weigel, biographe du pape Jean-Paul II et chef de file conservateur au Centre d'Ethique de Washington ainsi qu'au Centre de Politique Publique, est devenu récemment un critique de la Légion du Christ, après l'avoir soutenu pendant des années et avoir rejeté les plaintes et les accusations contre son fondateur, le père Marcial Maciel Degollado.

Parmi les conservateurs catholiques américains les plus célèbres qui ont défendu Maciel en dénigrant ses accusateurs, Weigel est le seul à avoir fait volte-face et à avoir demandé que des réformes urgentes soient faites dans la congrégation.

Cependant, il continue à sortir de son chemin, comme il l'a fait pendant des années, pour excuser Jean-Paul II de toute faute dans le scandale de la Légion. C'est Jean-Paul II, plus que n'importe qui d'autre, qui a soutenu Maciel et la Légion, et a donné à cette dernière la place qu'elle occupe dorénavant dans l'Eglise.

«J'ai été profondément impressionné par le travail de la Congrégation des Légionnaires du Christ aux Etats-Unis, au Mexique et à Rome,» écrivait Weigel sur l'un des sites Internet de la Légion en 2002. «Si le père Maciel et son charisme de fondateur doivent être jugés par les fruits de son travail, ces fruits sont en effet très impressionnants.» C'est en 1997 que pour la première fois des accusations contre Maciel ont été publiées. Dans l'article co-écrit par l'auteur de cet article dans le Hartford Courant, neuf hommes, interrogés aux Etats-Unis et au Mexique, ont accusé Maciel de les avoir agressé en Espagne et en Italie pendant les années 40, 50 et 60. Plusieurs d'entre eux affirmèrent que Maciel leur racontait qu'il avait reçu une permission spéciale du Pape Pie XII pour avoir des massages intimes afin de le soulager de ses douleurs physiques.

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jeudi 6 janvier 2011

L'héritage de Jean-Paul II

218.jpgJason Berry vient de signer il y a quelques jours deux nouveaux articles qui ont été publiés dans le National Catholic Reporter. Je publie ici l'édito du journal, ainsi que la première partie de l'article en question. Je publierai la seconde partie de l'article dès que j'en aurai fini la traduction.

Je sais que ces articles vont sans doute émouvoir, voire choquer, certains lecteurs de ce blog. La question que Jason Berry soulève, et qui n'est pas des moindres, c'est celle des raisons qui ont permis à Maciel – et à d'autres – de prospérer en toute impunité, voire de jouir des éloges du Vatican, pendant tant d'années.

L'article pose un doute sérieux sur le gouvernement de Jean-Paul II. Les personnes qui me connaissent savent que je reste un grand admirateur de ce pape. Mon parcours personnel dans l'Eglise a commencé par une conversion très forte qui est arrivée lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, en 1997. J'ai été profondément marqué par le témoignage et la chaleur émanant de cet homme, dont je crois personnellement à la sainteté personnelle.

Cependant, il a fait des erreurs d'appréciation par rapport à la Légion, ainsi que sur d'autres sujets d'importance. Cela est aujourd'hui indéniable. Et étant pape, ces erreurs ont eu des conséquences nombreuses, parfois très graves.

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mardi 27 avril 2010

Comment le père Maciel a construit son empire (2ème partie)

Sodano, le patron à Rome

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La pièce maîtresse du plan de Maciel pour assurer son héritage à Rome était l'Université de la Légion Regina Apostolorum, où a enseigné Mary Ann Glendon, professeur de Droit à Harvard et ancienne ambassadrice américaine au Vatican. Elle a été conseillère auprès de la Légion, qui s'est développé en Amérique avec son Université de Sacramento, en Californie.

Le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'Etat au Vatican, de 1990 à 2006, a été un personnage clé dans le développement de l'Université de Rome.

Maciel et Sodano sont devenus amis au Chili, dans les années 80, pendant la dictature de Pinochet. La Légion avait besoin de la permission du cardinal Raúl Silva Henríquez pour installer ses apostolats. Hanté par le régime de terreur de l'époque, qui pratiquait la torture et l'enlèvement de personnes, Silva avait des relations tendues avec Sodano, lequel, en tant que nonce apostolique du pape, était apparu à la télévision comme un soutien de Pinochet. Plusieurs évêques chiliens avaient imploré Silva de ne pas admettre le groupe de Maciel, qui avait déjà mauvaise presse: on les appelait les «millionnaires du Christ», à cause de leurs méthodes obsessives pour récolter des fonds. «Dans une société aussi polarisée que le Chili,» expliquent Andrea Insunza et Javier Ortega dans un livre sur la Légion du Christ au Chili, «les légionnaires ont trouvé un allié clé: le nonce apostolique, Angelo Sodano.» Silva a fini par approuver la présence des Légionnaires au Chili.

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dimanche 25 avril 2010

Précisions intéressantes à propos de l'article de Jason Berry

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Je remercie Jean-Philippe pour son commentaire lumineux relatif au dernier article de Jason Berry.

L'article est un bon résumé de l'histoire de la Légion, cependant, il me semble qu'il manque quand même quelques informations importantes:

- d'abord, il ne cite pas le fait que Maciel avait été viré de plusieurs séminaires, dont certaines fois assez violemment. Les Légionnaires expliquaient cela en disant que Maciel était trop zélé, ou que son projet de fondation n'était pas accepté (le pauvre Maciel, jamais compris!!! Tous des ennemis de l'Eglise!!)... alors qu'en fait, ses comportements homosexuels avaient été repérés dès cette époque.

- ensuite, il oublie de dire que Maciel a commencé à abuser d'enfants très tôt. Le premier cas connu (il y en a eu certainement d'autres avant) remonte à 1944, juste après son ordination sacerdotale. Son oncle évêque, le même qui l'avait ordonné, avait été informé et avait promis à la famille de la victime qu'il suspendrait le sacerdoce de son neveu. Mais il ne l'a pas fait. Première très très grosse erreur d'un prélat de l'Eglise. Ah... ne jamais mêler famille et boulot!

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samedi 24 avril 2010

Comment le père Maciel a construit son empire (1ère partie)

Par Jason Berry, pour le National Catholic Reporter (NCR)

210.jpgRome, 1946. Alors que le pays est encore en plein chaos économique, au lendemain de la seconde guerre mondiale, un étrange jeune prêtre vient à la rencontre de quelques responsables du Vatican. Issu d'une famille de l'aristocratie provinciale mexicaine, Marcial Maciel Degollado n'est prêtre que depuis deux ans, et pourtant il dirige déjà sa propre congrégation religieuse.

Maciel est d'abord passé par Madrid, avant d'aller à Rome. Là-bas, en Espagne, il était parti à la recherche de bourses d'études, que le gouvernement de Franco offrait pour permettre aux séminaristes d'Amérique latine de venir étudier en Espagne. Le ministre espagnol des affaires étrangères, Alberto Martin Artajo, lui avait demandé une approbation officielle du Vatican pour que les «élèves apostoliques» puissent venir se former en Espagne.

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lundi 12 avril 2010

Comment Maciel a réussi, grâce à l'argent, à se construire un réseau d'influences au Vatican? (2ème partie)

sodanoconmacielenroma_thumb.jpg Le cardinal Sodano avec le père Maciel, au Centre d'Etudes Supérieures

Qu'est-ce qu'un pot de vin?

En terme juridique, en quoi «une élégante façon de donner un pot de vin» ajoute-t-elle quelque chose à la corruption? C'est au début des années 90 que Maciel a commencé à distribuer de l'argent aux responsables des différentes congrégations de la curie romaine, et les révélations dans la presse sur le cas Maciel ne sont apparues qu'en 1997, et le procès canonique, en 1998.

En outre, ce dons ne peuvent pas être considérés comme des «pots de vin», selon Nicolas Cafardi, un éminent avocat en droit canonique, doyen émérite de la Faculté de Droit de l'Université Duquesne, à Pittsburgh. Cafardi, qui a été conseiller juridique pour de nombreux évêques, répond ainsi aux questions relatives aux donations que peuvent recevoir des prêtres ou des représentants officiels de l'Eglise au Vatican.

Selon le droit de l'Eglise (canon 1302), un don financier important à une autorité ecclésiastique «peut être considéré comme une oeuvre pieuse», explique Cafardi. D'une façon générale, ces fonds doivent être simplement «déclarés» au cardinal-vicaire pour Rome. Un cadeau onéreux, comme une voiture par exemple, n'a pas à être déclaré.

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vendredi 9 avril 2010

Comment Maciel a réussi, grâce à l'argent, à se construire un réseau d'influences au Vatican? (1ère partie)

Par Jason Berry, pour le National Catholic Reporter (NCR)

Le défunt père Maciel a été, en son temps, le plus grand collecteur de fonds de l'Eglise Catholique. Il a également été une figure charismatique dans le recrutement de jeunes hommes pour la vie religieuse, à une époque de pénurie vocationnelle dans l'Eglise. Derrière cette imposante façade, cependant, Maciel était un pédophile notoire, qui a eu, en plus, plusieurs enfants, à droite et à gauche, de différentes femmes. Sa vie est sans doute le chapitre le plus sombre de la crise des abus sexuels dans le clergé, qui continue d'affecter l'Eglise.

mex-msemanal649-13.jpg La triste saga du fondateur de la Légion du Christ, une congrégation opaque et sectaire, qui fait actuellement l'objet d'une enquête du Vatican, débouche sur une histoire encore plus sombre, à savoir comment un homme, par sa trahison et ses mensonges, a réussi à aveugler les plus grandes figures de la Curie Romaine, et comment, grâce à l'argent et à ses apparentes réussites, Maciel a su obtenir la protection et le soutien du Vatican. Pendant des années, ni les responsables des différentes congrégations vaticanes, ni même le Pape, n'ont su voir les signaux d'alarmes avertissant que quelque chose était en train de pourrir dans cette communauté, dont les membres appelaient leur chef «Nuestro Padre» (Notre Père), et le considéraient comme un saint vivant.

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